Paris, 4 septembre 1929
Mon cher ami,
Vous devez vous demander ce que je deviens : plus d’un mois et demi déjà depuis votre départ ! Je suis tout à fait confus d’avoir tant tardé à vous donner de mes nouvelles ; j’ai bien souvent pensé à le faire, et jamais je n’y suis arrivé jusqu’ici. Il faut dire aussi que j’attendais toujours, d’un jour à l’autre, d’avoir mon livre pour vous en annoncer l’envoi en même temps, et… je l’ai eu hier seulement ; c’est quelque chose d’inimaginable ! Je vous en ai fait l’envoi cet après-midi ; j’espère que vous aurez tout de même encore le temps de le lire avant votre retour à Paris, même si, comme vous en aviez l’intention, vous rentrez un peu plus tôt que d’habitude.
Où êtes-vous en ce moment ? Peut-être sur votre bateau… J’espère bien qu’en ce cas la lettre et le paquet vous parviendront quand même.
Quant à moi, comme vous le voyez, je suis encore ici ; impossible de bouger jusqu’à maintenant ; c’est incroyable, mais c’est ainsi. Je m’étais chargé d’un travail qui a duré beaucoup plus longtemps que je ne le supposais ; heureusement, cela touche tout de même à sa fin. Je vais donc enfin pouvoir quitter Paris, et j’avoue que je n’en suis pas fâché, car je suis assez fatigué, et de plus, en ce moment, il fait une chaleur étouffante, beaucoup plus qu’en juillet et en août ; ailleurs, il y aura au moins de l’air.
Je pars donc dimanche prochain pour l’Alsace ; j’y passerai huit ou dix jours, puis j’irai de là en Haute-Savoie, où je pense rester au moins jusqu’à la fin du mois. J’ai dû renoncer à aller à Blois maintenant, car cela m’aurait entraîné trop loin ; je terminerai donc par là, mais, avant, je m’arrêterai trois ou quatre jours à Paris, et peut-être aurai alors le plaisir de vous voir, car vous y serez sûrement à cette époque. Tout cela ira bien jusqu’au 15 octobre au moins pour mon retour définitif ; mais, puisque je prends mes vacances si tard, il me semble que je pourrai bien les prolonger un peu…
Quant à l’Italie, je n’en ai plus jamais eu de nouvelles ; avouez que c’est au moins étrange !
Excusez-moi de vous écrire si hâtivement ; j’ai encore tant de choses à faire avant de partir que je ne sais pas comment je vais y arriver.
À votre tour, donnez-moi bientôt de vos nouvelles ; dites-moi où vous êtes et quand vous rentrerez. Je tâcherai de vous écrire plus tranquillement quand je serai en Savoie ; je ne parle pas de l’Alsace, où j’aurai beaucoup à circuler.
Voici mes adresses :
Jusqu’au 15 septembre :
chez M. Alfred Muller
100, Grand’Rue
Saverne (Bas-Rhin)
Après le 15 septembre :
Les Avenières par Cruseilles (Haute-Savoie)
Encore toutes mes excuses pour mon retard, et surtout ne croyez pas pour cela que je n’aie pas pensé à vous bien souvent.
À vous bien affectueusement.
René Guénon
Aucun événement intéressant à vous signaler ; il y en a bien peu en ces temps de vacances.
Париж, 4 сентября 1929 г.
(перевод на русский язык отсутствует)