Blois, 26 juillet 1924
Blois, 26 juillet 1924 74, rue de Foix
Mon cher ami,
Nous sommes tout à fait désolés de n’avoir pu vous revoir avant notre départ de Paris. Nous avions bien vivement regretté déjà le fâcheux contretemps qui vous empêchait de venir dîner et passer la soirée avec nous comme c’était convenu ; mais nous espérions du moins avoir la visite que vous nous promettiez pour un des jours suivants ; et puis… rien ! Que s’est-il donc passé ? Nous voulons croire qu’il ne vous est rien arrivé de fâcheux, et que ce sont seulement vos malades qui n’ont pas eu la gentillesse de vous laisser un peu de liberté. Enfin, ne tardez pas à nous donner de vos nouvelles pour nous rassurer tout à fait, ne serait-ce que par quelques mots hâtifs avant de quitter la capitale à votre tour, ce qui ne va sans doute guère tarder maintenant.
J’aurais eu bien des choses à vous raconter : d’abord, la visite de René Grousset ; celui-ci doit revenir s’installer à Paris en octobre, de sorte que je pense qu’il sera facile de vous faire faire sa connaissance l’hiver prochain. Il m’était envoyé… “officieusement” par Senart, qui lui avait témoigné un vif désir de me voir ; je me suis rendu à cette invitation, et j’ai été accueilli fort aimablement. Je vous dirai cela avec plus de détails quand nous nous reverrons.
Autre chose encore : une entrevue avec Ferdinand Ossendowski chez Frédéric Lefèvre ; vous pourrez en trouver le récit dans les “Nouvelles Littéraires” d’aujourd’hui. Si vous n’avez pas lu le livre d’Ossendowski, je pourrai vous le prêter à la rentrée ; il y a là-dedans des choses très curieuses.
Avez-vous lu l’“Action Française” du 15 juillet ? Elle contient un grand article de Daudet, des plus élogieux, sur “Orient et Occident”. C’est d’autant plus intéressant que je ne connais pas du tout Daudet personnellement, et que je le sais beaucoup plus prompt à critiquer qu’à complimenter.
J’ai terminé mon travail sur le Védânta ; j’espère pouvoir le remettre au net pendant les vacances. J’ai apporté aussi l’ouvrage de Vulliaud, mais arriverai-je à le lire ?
Si vos projets ne sont pas changés et si vous visitez la Corse comme vous en aviez l’intention, vous nous feriez très grand plaisir en allant voir de notre part une vieille amie à nous, Mme de Chauvigny, qui demeure à Calvi, rue de la Marine ; vous pourrez parler avec elle de mes travaux auxquels elle s’intéresse beaucoup. (C’est la personne dont vous avez vu le portrait sur notre cheminée.)
Si vous passez par Nice, tâcherez-vous de voir le Dr Lalande ? Je voudrais bien savoir ce qu’il devient ; après l’apparition de mon “Introduction”, il avait demandé mon adresse, précisément à Mme de Chauvigny qui habitait alors Nice, lui disant qu’il voulait m’écrire, et je n’ai jamais rien reçu de lui ; ce doit être l’état de sa santé qui en est la cause.
À bientôt de vos nouvelles, et croyez, je vous prie, à notre très affectueux souvenir. René Guénon
Блуа, 26 июля 1924 г.
(перевод на русский язык отсутствует)