Paris, 30 octobre 1923
Chère Madame
Que devez-vous penser de mon silence ? Je suis vraiment confus en voyant que votre carte date de deux mois déjà ! Je pense que vous devez être rentrés à Clermont ; mais, n’ayant pas votre adresse exacte, j’envoie cette lettre à Saint Germain, et je pense bien qu’ainsi elle vous parviendra.
Ma tante a été très souffrante et a dû subir d’urgence une opération au mois de juillet ; elle s’est très bien remise, fort heureusement, mais nous n’avons pu partir d’ici que le 10 août. Aussi les vacances ont elles passées bien rapidement, et c’est pourquoi il ne m’a pas été possible de vous répondre tout de suite. D’autre part, je me suis trouvé assez fatigué à la fin de l’année scolaire, mais maintenant nous sommes tous en bonne santé.
Nous avons été heureux d’avoir de vos nouvelles, et nous aimons à croire que l’état de Monsieur Boulet a continué à aller en s’améliorant. Nous espérons bien que vous n’oublierez pas votre promesse de venir nous voir cet hiver, car vous ne serez sans doute pas sans venir à Paris de temps à autre. Je serais content de pouvoir reparler avec vous des choses qui nous intéressent.
Mon volume “Orient et Occident” n’est pas encore paru, et pourtant, si tout avait marché normalement, il aurait dû être prêt en juin. Mais il faut toujours compter avec la négligence des imprimeurs : j’ai été des semaines sans recevoir la suite des épreuves, si bien que les dernières ne me sont parvenues que pendant les vacances. Cela devrait donc pouvoir enfin paraître maintenant, mais voilà que Payot me fait encore attendre, à son tour, sous prétexte de chercher quel sera le moment le plus favorable pour le lancement ; il me promet toujours une réponse qu’il ne se presse pas de me donner. Tout cela est vraiment bien ennuyeux !
J’espère entreprendre bientôt un nouveau travail, mais je ne sais trop encore ce que ce sera ; ce ne sont pas les sujets qui manquent…
Mes élèves ont été presque tous reçus en juillet, mais, malgré cela, je n’ai pas repris ma classe aux Francs-Bourgeois ; je vous raconterai cette histoire quand nous aurons le plaisir de vous voir. Pour le moment je n’ai plus qu’un cours de jeunes filles ; je voudrais bien pouvoir en avoir deux ou trois dans le même genre, c’est moins pénible qu’une classe et plus sûr que des leçons. J’en ai parlé de divers côtés, mais, jusqu’ici, je n’ai pas trouvé encore ; si par hasard vous aviez connaissance de quelque chose de ce genre, vous seriez bien aimable de m’en informer.
Veuillez, chère Madame, offrir notre meilleur souvenir à Monsieur Boulet, et croire à nos sentiments les plus sympathiques.
René Guénon
Париж, 15 января 1924 г.
(перевод на русский язык отсутствует)