Paris, 19 novembre 1921
Chère Mademoiselle
C’est à mon tour de m’excuser de ne pas vous avoir encore répondu ; moi aussi, j’ai été assez occupé depuis notre rentrée à Paris, et puis je voulais attendre, pour vous écrire, que mon livre sur le Théosophisme soit paru ce qui ne pouvait guère tarder. C’est maintenant chose faite, et j’ai préparé hier divers exemplaires, dont un pour vous, bien entendu, pour que vous puissiez l’avoir sans retard, j’ai profité des envois que Valois faisait pour le service et je l’y ai fait joindre ; le tout devant sans doute partir aujourd’hui, je pense que vous le recevrez à peu près en même temps que cette lettre.
J’ai vu Maritain et Massis, qui sont d’accord avec moi pour vous prier de vous charger du compte-rendu de l’ouvrage dans la “Revue Universelle”, et d’en profiter pour faire la mise au point que je vous avais demandée. C’est d’ailleurs ce que Maritain vous avait déjà dit, et c’est Massis lui-même qui m’avait proposé d’arranger les choses de cette façon. Votre lettre me fait craindre seulement que ce compte-rendu ne puisse paraître avant un certain temps ; je comprends bien vos raisons, mais, en m’écrivant cela, vous pensiez sans doute que le livre ne paraîtrait qu’à une date plus éloignée. En tout cas, je vous serai très obligé de préparer cela le plus tôt qu’il vous sera possible ; comme vous connaissez déjà la question par mes articles (quoique le volume soit beaucoup plus développé), il me semble que ce travail ne devra pas vous prendre beaucoup de temps.
En relisant la dernière phrase de votre article des “Lettres”, j’ai bien vu que vous aviez voulu dire en effet ce que vous m’expliquez, mais la phrase peut aussi se comprendre dans l’autre sens, celui que je vous reprochais. Il arrive assez souvent qu’on ne s’aperçoit pas soi-même de ces doubles sens, parce que, comme on sait très bien ce qu’on a eu l’intention de dire, on ne voit que cela, et on ne pense pas que le lecteur pourra y trouver autre chose.
J’aime à croire que vous ne vous ressentez plus de votre grippe et que votre fatigue a disparu. Vous n’êtes sans doute pas sans venir quelquefois à Paris ; si un de ces jours vous pouviez disposer d’une heure ou deux, vous nous ferez très grand plaisir en venant nous voir ; nous pourrions parler un peu de votre thèse et des différents projets qui ont l’air de vous préoccuper. J’avais d’abord pensé vous remettre mon livre quand je vous verrais, mais, quoique j’aie trouvé qu’il valait mieux vous le faire envoyer tout de suite, j’espère bien que cela ne vous empêchera point de venir sans trop tarder.
Veuillez croire, Chère Mademoiselle, à nos sentiments les meilleurs.
René Guénon
Париж, 3 января 1922 г.
(перевод на русский язык отсутствует)