Le Corpus minskois de René Guénon

Extraits non datés

[…] Quant à la question dont vous me parlez, on peut dire que la série des formes animales a, d’une certaine façon, préparé le milieu à l’apparition de l’homme, et on peut aussi admettre que celui-ci synthétise pour ainsi dire en lui les autres êtres vivants, au point de vue terrestre, par là même qu’il est leur principe au point de vue spirituel (en raison de sa situation « centrale » dans cet état) ; mais on ne peut en aucun cas parler de « descendance », car un changement d’espèce est une impossibilité ; le texte de la Genèse est d’ailleurs formel là-dessus. Il est douteux que l’« homme des cavernes » ait jamais existé tel qu’on se le représente ; il est vrai qu’il peut y avoir eu des cas de dégénérescence plus au moins comparables à celui des sauvages actuels, et cela surtout à la suite de certains cataclysmes ; mais les fameuses cavernes préhistoriques furent-elles des habitations… ou des sanctuaires ? En tout cas, que la perfection de l’état humain ait été au début du cycle, c’est ce qu’affirment unanimement toutes les traditions. […] […] Pour la question de l’intervention des saints, ce qu’il faut y voir surtout, c’est l’action de l’influence spirituelle … par eux ; il n’y a nul besoin que leur être véritable joue directement un rôle là-dedans ; et cela s’applique même aux cas où l’influence parait prendre le plus nettement l’apparence d’une « personnification » (le cas d’apparitions, par exemple). […] […] Pour les questions concernant l’Enfer, ce que vous envisagez me parait bien exact ; la difficulté tout au moins pour l’expression, est qu’il s’agit là d’une durée qui est autre que le temps ; on peut sans doute parler de « mémoire » par analogie, bien que le sens ordinaire de ce mot se rapporte plus proprement au temps. Mais je ne vois pas qu’il y ait nécessairement une « sortie de l’Enfer » pour le jugement puisque c’est d’un état qu’il s’agit, non d’un lieu (qui n’est qu’une représentation symbolique de cet état). Quant aux êtres passés aux états supérieurs, vous avez raison, mais il est bien entendu que cela n’implique pas un « retour » réel à l’état humain. Enfin, pour ce qui est des animaux, je crois que tout ce qu’on peut dire, c’est qu’ils ne peuvent pas être compris dans un jugement qui concerne exclusivement l’humanité, dont ils ne font pas partie. […] […]

[…] Au Thibet, on parle de Shamballa comme d’un ancien centre spirituel qui était situé vers le Nord, et qui est disparu depuis longtemps, mais qui peut être « retrouvé » par ceux qui atteignent un certain état spirituel. Quant au dernier Avatâra, ce qu’il y a de singulier, c’est qu’en réalité, il n’est dit nulle part qu’il doive « naître » au sens propre de ce mot… Enfin, l’histoire du nom d’armagaddon est complètement absurde ; ce n’a jamais été un nom de lieu, d’ailleurs syrien (la forme exacte est Al-Megiddo, mais il a été « grécisé ») et tout à fait inconnu dans l’Inde et au Thibet avec les langues desquels il n’a rien à voir. […]

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