Le Corpus minskois de René Guénon

Octobre 1938

Hélène de Callias. Magie sonore (Éditions de Moly-Sabata, Isère ; Librairie Véga, Paris). – L’auteur insiste très justement sur le fait que « l’élément vital de la musique est le rythme » et sur l’incompréhension des Occidentaux modernes à cet égard, incompréhension qui d’ailleurs, ajoutons-le, ne se limite pas au cas du seul rythme musical. Nous ne pouvons examiner ici les développements plus proprement « techniques » du sujet ; mais nous devons exprimer le regret qu’aucune distinction ne semble être faite entre les rythmes à effets bénéfiques et maléfiques (certaine musique nègre est un exemple particulièrement « actuel » de ces derniers), et aussi qu’on veuille ramener toute l’action du son à un point de vue simplement « magique », qui ne saurait répondre qu’à une des applications les plus inférieures de la « science du rythme ». Les références à différentes doctrines traditionnelles sont souvent bien confuses et empruntées à des sources peu sûres ; il y a même des assertions assez étonnantes, comme l’attribution du nombre cinq au Sphinx, ou l’affirmation que « le prêtre dit trois messes le soir de Noël » ! C’est dommage, car ce travail procède certainement d’excellentes intentions ! mais, malheureusement, le résultat est, dans l’ensemble, assez loin de ce qu’on aurait pu souhaiter.

Paul Serres. L’Homme et les Énergies astrales (De l’astrophysique à l’astrologie) (Éditions Adyar, Paris). – Le sous-titre définit assez nettement le point de vue auquel se place l’auteur : il s’agit là, une fois de plus, d’invoquer des considérations empruntées à la science moderne pour appuyer une science traditionnelle, qui, comme telle, se passe fort bien d’une semblable « justification » ; nous avons assez souvent dit notre pensée là-dessus pour ne pas nous y étendre de nouveau. Il faut reconnaître d’ailleurs que, dans le cas de l’astrologie, l’état assez lamentable dans lequel elle est parvenue jusqu’à nous explique bien des confusions et des méprises sur son véritable caractère ; ainsi, l’auteur s’imagine que les « règles traditionnelles » qu’on y observe ont été établies empiriquement ; la vérité est tout autre, mais on peut en effet s’y tromper, étant donnée la façon peu cohérente dont ces règles sont présentées, et cela parce que, en fait, ce que les astrologues appellent leur « tradition », ce ne sont tout simplement que des débris recueillis tant bien que mal à une époque où la tradition véritable était déjà perdue pour la plus grande partie. Quant à l’« astrologie scientifique » des modernes, qui, elle, n’est bien réellement qu’une science empirique, elle n’a plus guère de l’astrologie que le nom ; et la confusion des points de vue conduit parfois à de singuliers résultats, dont nous avons ici un exemple assez frappant : l’auteur voudrait constituer une astrologie « héliocentrique », qui serait en accord avec les conceptions astronomiques actuelles ; il oublie seulement en cela que l’astrologie, envisageant exclusivement les influences cosmiques dans leur spécification par rapport à la terre, doit, par là-même, être nécessairement « géocentrique » !

Robert Duportail. Enchaînements scientifiques et philosophiques (Montmartre Bibliophile, Paris). – Ce qu’il y a de mieux dans cette brochure, c’est le chapitre dans lequel l’auteur dénonce la « régression de l’intelligence » et les méfaits de l’« ère scientifique » moderne ; il fait aussi, par ailleurs, une assez bonne critique du « transformisme ». Il est donc de ceux qui se rendent compte plus ou moins complètement des défauts d’une « civilisation » toute matérielle ; mais, comme la plupart de ceux qui sont dans ce cas, il ne trouve à proposer que des remèdes assurément bien insuffisants. Nous ne voyons pas trop quels résultats pourrait donner, à cet égard, la constitution de ce qu’il appelle une « psycho-philosophie », qu’il conçoit comme basée en somme sur les sciences profanes, bien qu’il veuille y incorporer quelques données très fragmentaires tirées de l’alchimie ou d’autres « sciences anciennes », et vues d’ailleurs encore à travers des interprétations modernes. Ceux qui s’accordent sur le côté « négatif » semblent devenir toujours plus nombreux, et c’est déjà quelque chose ; mais, pour pouvoir faire œuvre réellement « constructive », il faudrait avant tout partir d’une connaissance des véritables principes, faute de laquelle on ne fera jamais guère qu’agiter des idées dans le vide, ce qui n’est certes pas le moyen de sortir du « chaos » actuel.

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