1933
– Le numéro de janvier-février 1933 d’Atlantis est consacré en grande partie à La Lémurie ; on sait que cette question, qui semble donner lieu à presque autant de confusions que celle de l’Atlantide, est devenue d’actualité à la suite de la curieuse similitude constatée entre les hiéroglyphes de l’île de Pâques et ceux qui ont été récemment découverts dans la vallée de l’Indus. – Relevons par ailleurs l’étonnante prétention de rattacher à l’Occident les pays musulmans… et la Chine ; nous ne soupçonnions pas encore que l’« annexionnisme » occidental pouvait aller aussi loin ! Ce qui est aussi digne de remarque, c’est une tendance de plus en plus accentuée, chez M. paul le cour, à se poser en héritier du Hiéron de Paray-le-Monial, « centre d’ésotérisme chrétien fondé par un Jésuite, le P. Drevon, en celte le P. Druide ! » (sic) ; et la possession de « la bague léguée par le fondateur à la dernière survivante » établirait, paraît-il, la légitimité de cet héritage !
– Le numéro de mai-juin d’Atlantis a pour sujet principal Les Touareg et l’écriture berbère ; il ne renferme rien de bien « sensationnel », et le premier article, signé Maurice Benhazéra, est même d’esprit fort profane. Reconnaissons d’ailleurs qu’il serait assez difficile de dire des choses bien précises sur cette question plutôt obscure ; ce n’est pourtant pas une raison pour vouloir, comme le fait M. paul le cour, trouver l’ennéade dans le nom d’Athéna! – Le numéro de juillet-août est consacré, pour la plus grande partie, à une étude sur Les poèmes homériques et l’Atlantide ; pour parler plus exactement, il s’agit de la localisation d’une partie des voyages d’Ulysse hors de la Méditerranée : ce serait un beau sujet pour qui serait capable de le traiter autrement qu’avec son imagination ; mais nous devons, pour cette fois, renoncer à relever les fantaisies linguistiques et historiques de M. paul le cour, car il y en a vraiment trop ! Signalons seulement que, le nom d’Ulysse étant en grec Odusseus et non Ulysseus, il est plutôt difficile de le rattacher à ceux d’Élysée et d’Éleusis, ainsi qu’à Hélios et « à la racine nordique Hel signifiant saint, sacré » (mais, en anglais, hell signifie aussi « enfer »…) ; mais le comble, c’est qu’il paraît que « ces noms ont d’évidents rapports (!) avec le mot élu »,… lequel dérive tout simplement d’e-ligere. Il y a aussi, dans le même genre de « philologie amusante », un rapprochement entre le mot Okeanos et le nom d’Hénoch, que, dit naïvement l’auteur, « personne ne semble encore avoir remarqué »,… et pour cause ! N’oublions pas de noter, d’autre part, que le directeur d’Atlantis, en célébrant Phé Bus au dernier solstice d’été, a trouvé moyen de parler encore beaucoup du Hiéron de Paray-le-Monial…
– Une nouvelle revue trimestrielle intitulée Hermès paraît à Bruxelles ; en dépit de son titre, elle n’a rien d’hermétique, étant presque exclusivement consacrée à la mystique et à la poésie. Le premier numéro (juin) contient cependant une Note sur le Yoga, signée Jacques Masui, et qui est d’un caractère plutôt « mêlé », ce dont on ne saurait s’étonner si l’on se reporte aux références qui y sont indiquées. – M. Georges Méautis intitule Les Mystères d’Éleusis et la science moderne un petit article dans lequel il se borne à donner un aperçu des idées que quelques auteurs des XVIIIe et XIXe siècles se sont faites au sujet des Mystères ; ce n’est pas d’un intérêt bien considérable…
– La Nouvelle Revue Française (numéro du 1er août) publie un court article de M. P. Masson-Oursel intitulé Le Symbolisme eurasiatique de la porte, et inspiré des travaux d’un orientaliste allemand nommé Hertel. Il est question là-dedans des « portes du ciel » ; on devrait donc s’attendre à ce qu’il y soit parlé surtout du symbolisme des portes solsticiales, mais il n’en est pas même fait la moindre mention ! Au surplus, si habitués que nous soyons aux manifestations d’une certaine incompréhension, nous devons dire que les interprétations que nous trouvons là dépassent toutes les bornes permises, et nous ne concevons même pas comment on ose appeler cela du « symbolisme » ; il est vrai que Freud lui-même se prétend aussi « symboliste » à sa façon… À tous ceux qui seraient tentés de croire qu’il y a quelque exagération dans les appréciations que nous avons formulées maintes fois sur le compte des orientalistes, nous recommandons vivement la lecture de ces quelques pages ; ils seront pleinement édifiés !