Sir Charles Marston : La Bible a dit vrai.
Version française de Luce Clarence. (Librairie Plon, Paris.) Ce livre contient avant tout, s’il est permis de s’exprimer ainsi, une excellente critique de la « critique » biblique, faisant parfaitement ressortir tout ce qu’il y a de partial dans ses méthodes et d’erroné dans ses conclusions. Il semble d’ailleurs que la position de cette « critique », qui se croyait si sûre d’elle-même, soit aujourd’hui sérieusement compromise aux yeux de beaucoup, car toutes les découvertes archéologiques récentes ne font que lui apporter des démentis ; peut-être est-ce la première fois que de telles découvertes servent enfin à quelque chose dont la portée dépasse celle de la simple érudition… Il va sans dire, d’ailleurs, que ceux qui savent vraiment ce qu’est la tradition n’ont jamais eu nul besoin de ce genre de preuves ; mais on doit reconnaître que, se basant sur des faits en quelque sorte « matériels » et tangibles, elles sont particulièrement propres à toucher l’esprit moderne, qui n’est sensible qu’aux choses de cet ordre. Nous noterons spécialement que les résultats acquis vont directement à l’encontre de toutes les théories « évolutionnistes », et qu’ils montrent le « monothéisme » aux origines mêmes, et non point comme l’aboutissement d’une longue élaboration à partir d’un soi-disant « animisme » primitif. Un autre point intéressant est la preuve de l’existence de l’écriture alphabétique à l’époque de Moïse et même antérieurement ; et des textes presque contemporains de celui-ci décrivent des rites semblables à ceux du Pentateuque, que les « critiques » prétendaient être d’institution « tardive » ; enfin, de nombreux faits historiques rapportés dans la Bible, et dont l’authenticité était contestée, se trouvent dès maintenant entièrement confirmés. Bien entendu, il reste encore, à côté de cela, beaucoup de points plus ou moins douteux ; et ce qui nous paraît à craindre, c’est qu’on ne veuille aller trop loin dans le sens d’un « littéralisme » étroit et exclusif qui, quoi qu’on en puisse dire n’a absolument rien de traditionnel au vrai sens de ce mot. Il est contestable qu’on puisse parler de « chronologie biblique » quand on remonte au-delà de Moïse ; l’époque d’Abraham pourrait être plus reculée qu’on ne le suppose ; et, pour ce qui est du Déluge, la date qu’on veut lui assigner obligerait à en réduire l’importance à celle d’une catastrophe locale et très secondaire, comparable aux déluges de Deucalion et d’Ogygès. Il faudrait aussi, quand il s’agit des origines de l’humanité, se méfier de l’obsession du Caucase et de la Mésopotamie, qui, elle non plus, n’a rien de traditionnel, et qui est née uniquement d’interprétations formulées lorsque certaines choses n’étaient déjà plus comprises dans leur véritable sens. Nous ne pouvons guère nous arrêter ici sur certains points plus particuliers ; signalons cependant ceci : comment, tout en reconnaissant que « Melchisédek a été tenu pour un personnage très mystérieux » dans toute la tradition, peut-on s’efforcer d’en faire tout simplement le roi d’une petite ville quelconque, qui d’ailleurs ne s’appelait pas Salem, mais Jébus ? Et encore, si l’on veut situer le pays de Madian au-delà du golfe d’Akabah, que fait-on de la tradition suivant laquelle l’emplacement du Buisson ardent se trouve dans la crypte du monastère de Sainte-Catherine, au pied même du Sinaï ? Mais, bien entendu, tout cela ne diminue en rien la valeur des découvertes réellement importantes, qui iront sans doute encore en se multipliant, d’autant plus que leur début ne remonte en somme qu’à une dizaine d’années ; et nous ne pouvons que conseiller la lecture de cet exposé clair et consciencieux à tous ceux qui souhaitent de trouver des arguments contre la « critique » destructive et antitraditionnelle. Nous sommes seulement obligé, pour terminer, de formuler une « mise en garde » à un autre point de vue : l’auteur semble compter sur la « métapsychique » moderne pour expliquer ou tout au moins pour faire admettre les miracles, le don de prophéties, et en général les rapports avec ce qu’il appelle assez malencontreusement l’« Invisible » (un mot dont les occultistes de toute catégorie n’ont que trop usé et abusé) ; il n’est d’ailleurs pas seul dans ce cas, et nous avons constaté récemment d’autres exemples d’une semblable tendance ; c’est là une fâcheuse illusion, et il y a même de ce côté un danger d’autant plus grand qu’on en a moins conscience ; il ne faudrait pas oublier que les « ruses diaboliques » prennent toutes les formes, suivant les circonstances, et témoignent de ressources presque inépuisables !