Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 11 novembre 1935

Cher Monsieur,

Je reçois une lettre de Clavelle, à qui j’ai transmis le complément de votre travail comme je vous l’avais dit, et je vous communique tout de suit ce qu’il m’écrit à ce sujet :

"La difficulté sérieuse réside dans le nombre des photographies ; un cliché sur cuivre et le papier couché nécessaire pour le tirage représentent environ 100 fr, soit pour 8 clichés 800 fr ; il est impossible de demander cela à Chacornac ; je ne puis guère espérer en obtenir que 2, qui, avec la carte et les petits clichés de signes à placer dans le texte, représenteront environ 275 fr de dépense supplémentaire. Il faudrait donc que M. Lovinescu choisisse parmi les photographies les 2 qui lui semblent les plus intéressantes, à moins cependant qu’il ne veuille prendre à sa charge tous les frais de clichage, ce qui serait, à mon avis, la meilleure solution. Il pourrait en ce cas, pour rentrer dans ses frais, tirer sa brochure à 100 ou 150 exemplaires qu’il vendrait (au lieu des 30 ou 40 seulement destinés à être distribués) ; je suis persuadé, étant donné le sujet, que Chacornac et un ou 2 autres libraires à Paris trouveraient ainsi aisément à les écouler."

Je crois aussi, si c’est possible, que c’est là ce qui vaudrait le mieux, car je trouve, et Clavelle aussi, que votre travail est très intéressant et qu’il serait dommage de le diminuer d’une façon quelconque. Il me dit aussi qu’il demandera à Chacornac de lui établir le prix pour le tirage à part ; il se peut seulement que le temps nécessaire pour s’entendre au sujet de tout cela oblige à reporter le commencement de la publication à février au lieu de janvier. En tout cas, pour éviter des complications et des retards de correspondance, le mieux serait que dès maintenant vous écriviez directement à Clavelle ; je crois que vous avez déjà correspondu avec lui, mais je vous redonne son adresse pour plus de sûreté :

149, rue NationaleParis XIIIe

Je souhaite bien vivement que tout s’arrange pour le mieux, car, encore une fois, la chose en vaut vraiment la peine ; et cette idée d’un tirage à part plus important me paraît excellente.

En réfléchissant à ce que vous m’avez écrit au sujet du “Maître des Balkans”, j’en arrive à croire de plus en plus probable que le personnage qu’on devait me faire rencontrer en 1913 était bien sir Basil Zaharoff. Je ne sais plus si je vous ai dit que, en la circonstance, il s’agissait de la constitution de l’Albanie en État indépendant, et de l’intervention possible, à cet égard, de certaines organisations islamiques existant dans ce pays. Maintenant, il y a une autre chose qui est encore bien curieuse : le rendez-vous, auquel finalement le personnage n’est pas venu, était chez un des membres de l’organisation orientale dont je vous ai parlé au sujet de Bô Yin Râ ; et d’ailleurs celui-ci (qui alors n’était pas encore connu sous ce nom) s’y trouvait lui-même présent ce jour-là ! Je crois bien même que c’est la seule fois que je l’aie jamais rencontré, à moins pourtant que je ne l’aie vu encore une autre fois vers la même époque, mais je n’en suis pas très sûr, n’ayant eu alors aucune raison de faire particulièrement attention à lui… Que dites-vous encore de toute cette histoire ?

Croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.

René Guénon

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