Le Corpus minskois de René Guénon

Georges Barbari, «L’Énigme du Grand Sphinx»

Georges Barbari. L’Énigme du Grand Sphinx. (Éditions Adyar. Paris). – Dans ce nouveau livre, l’auteur du Secret de la Grande Pyramide, dont nous avons parlé en son temps, revient tout d’abord sur certaines des considérations qu’il avait déjà exposées dans celui-ci ; il se montre d’ailleurs plus réservé dans ses affirmations, sans doute parce que, dans l’intervalle, rien de remarquable ne paraît s’être passé aux dates indiquées, tandis qu’il est survenu des événements importants auxquels ne correspond aucune de celles-ci. En général, quand des prédictions ne se réalisent pas, leurs auteurs ou leurs propagateurs ne sont pas très embarrassés pour trouver des explications à ce fait ; pourtant, nous devons dire que celles que donne M. Barbarin nous semblent plutôt confuses et peu satisfaisantes. Si l’on dit que c’est d’événements « intérieurs » et « non apparents » qu’il s’agit en réalité, cela rend assurément les choses plus difficiles à contrôler, mais du moins faudrait-il pouvoir trouver autour de nous quelque indice d’un changement d’orientation spirituelle ou mentale, alors qu’il n’en est rien et que, à ce point de vue, l’humanité n’a fait en somme que poursuivre de plus en plus vite sa marche descendante. D’un autre côté, il est très bien de dire que « le Sphinx n’interroge pas l’histoire d’Israël, ni celle des Anglo-Saxons, ni même celle des Européens, mais bien toute l’histoire humaine » ; mais alors pourquoi continuer à faire comme s’il en était autrement, à se placer dans une perspective très exclusivement européenne, et à parler de « l’humanité biblique » comme si tout ce qui relève des autres traditions était quantité négligeable ? Dans les parties plus nouvelles de l’ouvrage, il y a encore bien des choses plus que contestables : ainsi, au sujet de l’obélisque de Louqsor (celui qui a été transporté à Paris et élevé sur la place de la Concorde), il paraît que certains l’ont attribué à… Nemrod ; cette hypothèse extravagante semble séduire M. Barbarin, qui s’imagine même retrouver dans les traits du Sphinx ceux de ce même Nemrod, qu’il considère, par une double erreur assez inexplicable, comme « le premier Pharaon nègre » ; par surcroît, si le Sphinx était contemporain de Nemrod, on ne voit pas bien comment il pourrait remonter, ainsi qu’il est dit par ailleurs, au début même du « cycle adamique » ! Quant à l’énigme même du Sphinx, nous ne croyons pas que l’auteur puisse se vanter de l’avoir résolue, car ce qu’il en dit demeure bien vague ; nous ne lui reprocherons pas, mais nous regrettons qu’il ne l’ait pas tout au moins formulée en termes plus nets. Au fond, ce qui est le plus intéressant dans tout cela, comme signe de certaines tendances actuelles, c’est l’obstination, qui est loin d’être particulière à M. Barbarin, à annoncer l’avènement d’une « nouvelle ère spirituelle » et celui d’une « Église intérieure sans hiérarchie et sans théologiens »…

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