Carlo Suarès, «Krishnamurti»
Carlo Suarès. Krishnamurti. (Éditions Adyar, Paris). – C’est un exposé des phases diverses par lesquelles est passé Krishnamurti depuis les débuts de sa « mission » ; exposé enthousiaste, mais néanmoins fidèle, car il est fait pour la plus grande partie au moyen des textes mêmes, de sorte qu’on peut s’y référer comme à un recueil de « documents », sans aucunement partager les appréciations de l’auteur. Krishnamurti a eu au moins, dans sa vie, un geste fort sympathique, lorsque pour affirmer son indépendance, il prononça la dissolution de l’« Ordre de l’Étoile » ; et, pour échapper ainsi à l’emprise de ses « éducateurs », il lui fallut assurément une assez belle force de caractère ; mais, cette considération toute « personnelle » étant mise à part, que représente-t-il au juste, et que prétend-il apporter ? Il serait bien difficile de le dire, en présence d’un « enseignement qui n’en est pas un, qui est quelque chose de tout négatif », plus vague et plus fuyant encore que l’insaisissable philosophie de M. Bergson, avec laquelle il a d’ailleurs quelque ressemblance par son exaltation de la « vie ». On pourra sans doute nous dire que Krishnamurti est incapable d’exprimer par les mots l’état auquel il est parvenu, et nous voulons bien l’admettre ; mais qu’on n’aille pas jusqu’à assurer que cet état est vraiment la « Libération », au sens hindou du mot, ce qui est excessif, et d’ailleurs inconciliable avec un semblable attachement à la « vie ». S’il en était ainsi, cela se sentirait à travers les formules les plus imparfaites et les plus inadéquates, et cela laisserait autre chose qu’une assez pénible impression d’inconsistance, de vide, et disons le mot, de néant.