Le Caire, 31 mai 1935
Mon cher ami,
Cette fatigue persistante que vous éprouvez est vraiment bien ennuyeuse ; mais il me semble que vous devez être maintenant sur le point de prendre vos vacances, et il faut espérer que cela va tout de même vous remettre. – Clavelle, en effet, se plaint toujours aussi d’être fatigué ; décidément, quelle mauvaise année pour la santé ! – Ce froid dont vous parlez est vraiment extraordinaire aussi pour la saison ; je vous souhaite un meilleur temps quand vous allez vous absenter de Paris...
Je ne comprends rien à l’histoire de l’Archéomètre ; Préau me dit qu’il va voir s’il n’est pas resté chez la concierge ; c’est tout de même bizarre qu’une chose si volumineuse n’arrive pas à se retrouver ! Quant à l’ouvrage de Gervais de Laprize, je sais bien que vous m’en aviez parlé autrefois, mais je n’ai aucun souvenir de l’avoir jamais vu ; enfin, s’il se trouve parmi mes livres, ce sera sans doute facile à vous renvoyer, plus facile en tout cas que l’Archéomètre...
Votre songe est curieux en effet, mais qu’y a-t-il au juste là-dedans ? J’avoue que je ne sais trop qu’en penser.
Non, je ne savais pas que Chamuel était allé demeurer bd de Clichy ; je m’étais étonné de voir cette adresse sur le prospectus de l’“Initiation”, car je croyais que c’était toujours celle de Ph. Encausse. Celui-ci a mis vraiment bien longtemps pour arriver à passer sa thèse ; quel âge peut-il bien avoir maintenant ?
Clavelle a dû vous demander de ma part l’indication des traductions anglaises de traités astrologiques hindous ; vous m’en aviez parlé autrefois ; mais je ne me souviens de rien de précis, et voilà qu’on me demande ce renseignement ; j’espère que vous pourrez me dire cela dans votre prochaine lettre ; merci d’avance.
Pour la réponse que Michelet vous a faite, il se peut qu’il ait raison “en principe”, si l’on peut dire, mais il y a tout de même des cas où, pour parler de quelque chose, on est obligé de citer des références précises ; enfin, nous n’en sommes toujours pas plus avancés...
Je ne sais plus dans quel livre le mot “Canthares” était écrit au lieu de “Cathares” ; je pensais que c’était une faute d’impression, mais Faugeron m’a assuré qu’il n’en était rien, que cela était parfaitement voulu et qu’il y avait là une intention très profonde, sur laquelle, bien entendu, il ne voulait pas s’expliquer...
Pour l’“île tournante”, c’est bien en somme ce que je pensais ; les autres questions me paraissent moins claires, surtout celle du “Chevalier rouge”.
Au sujet de la “catabase”, vous parlez de la descente de Neshamah et de son union avec Nephesh ; mais alors, à votre avis, quelle place occupe Ruah là-dedans ? S’il est bien intermédiaire entre les 2 autres principes, il ne peut pas y avoir union directe de ceux-ci ; il me semble qu’il y a là encore un point quelque peu obscur...
Bien cordialement à vous.
René Guénon