Chapitre IV Le Régime Écossais Rectifié1
I Dans notre article sur l’Initiation maçonnique du F∴ Bonaparte, nous avons parlé du traité d’union conclu, en 1776, entre le Grand-Orient de France et les Directoires du Régime Écossais Rectifié (alors Rite de la Maçonnerie Réformée d’Allemagne), et nous avons cité à ce propos un passage des Acta Latomorum du F∴ Thory (Tome Ier, p. 119). Il nous a paru intéressant, comme suite à cet article, de réunir ici les divers extraits du même ouvrage se rapportant à l’histoire générale de ce Rite au cours des années qui suivirent cet événement.
1777. – SUISSE. – À cette époque, des sectaires de toutes les espèces s’étaient emparés des Grandes-Loges d’Allemagne2, et toutes, ou du moins la plupart, avaient dévié du but de la primitive institution : on n’y trouvait que scissions, haines, divisions ; le même esprit gagnait les Ateliers de leur constitution ; mais la Suisse sait se garantir de ces désordres. Les Frères de l’Helvétie romande, qui travaillaient sous la constitution anglaise, se rapprochent de ceux de l’Helvétie allemande, qui s’étaient soumis à la constitution germanique. Assemblés à Zurich, ils sentent le besoin de réunir les différentes Loges suisses qui, jusqu’alors, avaient existé isolées et indépendantes, et instituent un centre national pour les diriger.
Des conférences s’établirent cette année, et les confédérés stipulèrent, en 1778, qu’en suivant sa division naturelle en deux langues, la Suisse serait maçonniquement gouvernée par deux Directoires Écossais, savoir : le Directoire Helvétique Allemand, sous la Grande-Maîtrise de M. le Docteur Lavater3, à la résidence de Zurich, et le Directoire Helvétique Romand, sous la Grande-Maîtrise de ………4, à la résidence de Lausanne.
Ces Directoires prirent part aux Convents assemblés cette année dans l’Allemagne, et à celui qui se réunit à Lyon l’année suivante. (PP. 130-131.)
1778. – FRANCE. – Le Directoire Écossais de Strasbourg fonde une rente perpétuelle pour élever, instruire, entretenir et établir quatre orphelins, savoir : deux catholiques et deux luthériens. (P. 136.) SUISSE. – 17 mars. – Le Directoire Écossais Helvétique Romand publie ses Constitutions ; son Rite était purement philosophique et non pas hermétique. Les Loges de son aggrégation (sic) étaient gouvernées par des Maîtres instruits, dont le choix appartenait au Directoire. Ces Maîtres restaient en fonctions pendant trois années (Const. du D. E. H. R., 4 vol. in-4°, Ms., T. I.) (P. 137.)
1779. – SUISSE. – 1er avril. – Traité d’union entre les commissaires du Grand-Orient de Genève et ceux du Directoire Helvétique Romand. Ce traité fut ratifié le 29 mars 1780. (P. 142.).
1782. – SUISSE. – Les deux Directoires Helvétiques envoient des députés au Convent de Wilhelmsbad5. Le Docteur Lavater, Grand-Maître, est nommé pour présider la députation.
Novembre. – Le Conseil de Berne interdit l’exercice de la Franche-Maçonnerie (sic) dans les États de sa domination. Le Directoire Helvétique
Romand, pour se conformer à ces défenses, prononce la dissolution de toutes les Loges du canton ; lui-même donne l’exemple de la soumission en discontinuant ses assemblées ; mais il pourvoit au maintien de ses relations extérieures en érigeant un comité de trois membres investis des pouvoirs nécessaires, et qui ne devaient signer la correspondance qu’en caractères symboliques ; il prend encore d’autres mesures pour la direction des Loges de sa constitution hors du territoire de Berne, en nommant auprès d’elles des Grands-Inspecteurs revêtus de pouvoirs suffisants. (P. 154.)
1785. – SUISSE. – Janvier. – Conférence des Maçons suisses, dans la ville de Zurich, pour délibérer sur les réponses à faire aux proponenda du Convent de Paris. Ils arrêtent qu’ils ne prendront aucune part aux opérations de cette assemblée6.
Après la fermeture du Convent de Paris, la commission intermédiaire, persuadée que l’assemblée avait été peu nombreuse parce que le lieu de la convocation (Paris) n’avait point été agréable à la plupart des personnes invitées, députe M. Tassin de l’Étang, à Lausanne, pour engager les Maçons de cette ville à donner asile au Convent des Philalèthes lors de sa reprise, la Suisse ayant paru, au plus grand nombre, le lieu le plus convenable7.
16 juillet. – Le comité directorial délibère qu’il ne peut consentir à cette demande ; il persiste dans sa première résolution, en laissant cependant à ses membres la faculté de prendre part isolément aux nouvelles opérations du Convent, soit qu’il se rassemble en Prusse ou dans toute autre partie de l’Allemagne. (P. 168.)
1788. – ITALIE. – Le roi de Sardaigne donne l’ordre au Directoire Maçonnique de la Lombardie de se dissoudre ; celui-ci transfère, par acte authentique, tous ses pouvoirs à la Grande Loge Écossaise de La Sincérité, à Chambéry. (P. 181.)
1789. – SUISSE. – Cette année, le Directoire Helvétique Romand fait un traité d’alliance et d’amitié avec la Grande Loge d’Angleterre.
9 juin. – Le même Directoire perd son Grand-Chancelier, enlevé par une mort subite ; il était dépositaire des archives de l’Ordre, renfermées dans trois caisses. Le magistrat, chargé de l’apposition des scellés, en sauve deux ; mais la troisième, qui contenait les papiers les plus importants, étant tombée dans les mains d’un fonctionnaire timide, le Directoire ne peut en obtenir la remise : cette circonstance occasionne une perte irréparable à la Société. On a présumé que cette portion des archives avait été brûlée8. (P. 183.)
1790. – SAVOIE. – 11 janvier. – La Grande Loge Écossaise de Chambéry ayant été forcée de suspendre ses travaux par ordre du gouvernement, les Loges de sa juridiction se divisent et passent, les unes sous le régime du Grand-Orient de France, et les autres sous celui du Grand-Orient de Genève ; mais la majorité se range sous les bannières du Grand-Directoire Helvétique Romand. (P. 185.)
1793. – SUISSE. – Le Directoire Helvétique Romand suspend ses travaux. Les Loges de la Lombardie agrégées à ce corps ferment leurs ateliers. Le Directoire Helvétique Allemand en fait autant. Celui-ci, dont les travaux se tenaient à Zurich, les a postérieurement repris et transportés à Bâle, sous le magister (sic) de M. Burkart, ancien landamann et successeur du Docteur Lavater. Le Directoire Helvétique Allemand professe le Régime Rectifié, selon la doctrine du Convent de Wilhelmsbad. (PP. 193-194.)
1794. – SAVOIE. – 20 mai. – Victor-Amédée-Marie de Savoie, roi de Sardaigne, rend un édit par lequel il supprime la Franche-Maçonnerie (sic) dans les États soumis à sa domination. (P. 195.)
1808. – FRANCE. – Juin. – Le Directoire de Bourgogne (Régime Rectifié), dont le siège avait été précédemment transféré de Strasbourg à Besançon, nomme le prince Cambacérès à la dignité de Grand-Maître National de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. (P. 239.)
1809. – FRANCE. – Mars. – Le Directoire d’Auvergne (Régime Rectifié), séant à Lyon9, nomme le prince Cambacérès Grand-Maître National du Rite des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, en France.
Mai. – Le Directoire de Septimanie, séant à Montpellier, en fait autant ; le prince accepte la dignité, et prête serment en cette qualité.
Un conseil est établi près du Grand-Maître National ; il est composé de M. Fesquet, chancelier de l’Ordre, de M. le chevalier d’Aigrefeuille10, député de l’arrondissement de Paris, représentant le Directoire du 5e ressort (Bourgogne), de M. Lajard, représentant les Directoires des 2e et 3e ressorts (Auvergne et Septimanie), enfin de M. Monvel, secrétaire national de l’Ordre. (PP. 242-243.)
1810. – SUISSE. – 15 octobre. – Fondation, à Lausanne, du Grand-Orient Helvétique Romand11. M. le chevalier Maurice Glaise est nommé Grand-Maître National. (P. 247.)
1811. – FRANCE. – 24 juin. – Le traité signé avec le Régime Rectifié, par les commissaires respectifs du Grand-Orient de France et des Directoires Écossais, est sanctionné à la majorité de dix-huit voix contre sept. (PP. 247-248.)
Dans le Tome II (pp. 206-220), le F∴ Thory donne le texte des traités conclus, en 1776 et 1781, entre le Grand-Orient de France et les Directoires Écossais.
Il n’est fait aucune mention, dans les Acta Latomorum, de corps du Régime Écossais Rectifié ayant existé à Malte, où aurait été initié le Général Bonaparte ; mais cela ne peut être considéré comme une preuve suffisante qu’il n’y en ait jamais eu. D’ailleurs, sur les Rites de hauts grades qui ont pu être pratiqués dans cette île vers la fin du XVIIIe siècle, nous ne trouvons dans cet ouvrage qu’une seule indication, qui est la suivante :
1771. – MALTE. – Le nommé Kolmer, marchand jutlandais, l’un des émissaires des Clercs de la Stricte-Observance, établit à Malte, dans l’intérieur d’une Loge de Francs-Maçons, un Rite fondé sur la magie, la cabale, la divination et les évocations. Le gouvernement de l’île le fait chasser. Ce Kolmer se lia depuis, dit-on, avec Weishaupt, et l’aida à composer les Rites de l’Illuminatisme (sic). (Tome Ier, pp. 99-100.) On sait que les Clercs de la Stricte-Observance étaient une scission de l’Ordre du même nom, formée dans l’intention de rivaliser avec celui-ci. Les Clerici prétendaient posséder seuls les secrets de l’association ; ils enseignaient, comme Kolmer, l’alchimie, la magie, la cabale, etc. (Ibid., pp. 300 et 329.) Comme il est peu probable que le Rite établi à Malte en 1771 y ait été encore en activité en 1798, la question de l’initiation de Bonaparte dans les hauts grades reste encore à élucider définitivement ; comme pour son initiation aux grades symboliques, il est vraiment difficile d’arriver sur ce point à quelque précision.
On remarquera d’ailleurs que le F∴ Thory ne fait aucune mention du Régime Ecossais Rectifié de 1794 à 1808, et c’est précisément dans cet intervalle que le F∴ Bonaparte dut y être admis.
II Si l’histoire de la période qui va de 1794 à 1808 est fort obscure, il faut dire, d’ailleurs, que les origines mêmes du Régime Rectifié ne le sont guère moins ; ce qui le prouve, c’est que les Directoires d’Auvergne (Lyon), d’Occitanie (Bordeaux) et de Bourgogne (Strasbourg), aussi bien que celui de Septimanie (Montpellier), sont souvent désignés comme ayant été établis sous le régime templier de la Stricte Observance. Cependant, en ce qui concerne les trois premiers, le traité d’union de 1776 spécifie nettement qu’ils avaient été établis « suivant le Rite de la Maçonnerie Réformée d’Allemagne » ; quant au quatrième, ce même traité ne lui fut appliqué qu’en 1781, et il semble que ce soit au Convent de Lyon (1778) qu’il ait adhéré à la rectification qui, après celui de Wilhelmsbad (1782), devait remplacer partout la Stricte Observance. On a peut-être identifié à tort les Provinces en lesquelles celle-ci était divisée12 avec les Directoires Écossais ayant même juridiction ; mais cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu, comme nous l’avons indiqué ailleurs, des relations plus ou moins directes entre ces divers régimes, tout au moins jusqu’au jour où les partisans de la réforme répudièrent officiellement toute attache avec les mystérieux Supérieurs Inconnus, quels qu’aient pu être les véritables motifs de cette détermination peut-être aussi grave que la suppression plus récente du G∴ A∴ de l’U∴ par le Grand-Orient de France.
D’autre part, ce qui n’est guère fait pour éclaircir la question des origines, c’est qu’il y eut en réalité plusieurs rectifications différentes, du moins avant le Convent de Wilhelmsbad. Dans la Notice historique sur le Martinésisme et le Martinisme, par « un Chevalier de la Rose Croissante » (le F∴ Abel Thomas), qui sert de préface aux Enseignements secrets de Martinès de Pasqually, et que nous avons eu déjà plusieurs occasions de citer13, nous lisons ceci (p. 74) : « Parmi les systèmes écossais rectifiés, les plus connus sont : l’Écossais rectifié de Dresde, pratiqué en Allemagne avant l’établissement de la Stricte Observance14 ; l’Écossais rectifié dit de Swedenborg15 ; l’Écossais rectifié
de De Glayre16 ; l’Écossais rectifié de Tschoudy17 ; et l’Écossais rectifié de Saint-Martin18… Dans ce dernier système, il est question d’une légende
chrétienne, celle du Chevalier Bienfaisant (le chevalier romain qui, de son épée, coupa en deux son manteau et en donna une moitié à un pauvre, et qui fut canonisé sous le nom de saint Martin) de la Cité Sainte (Rome)19, légende qui est une sorte d’adaptation des vertus charitables de l’Hospitalier de la Palestine20 et qui, dans la circonstance, présentait le grand avantage d’échapper aux soupçons des gouvernements21. »
Ceci est dit à propos du Convent que tinrent à Lyon, en 1778, les Directoires d’Occitanie, de Bourgogne et de Septimanie22, sous la présidence du F∴ J.-B. Willermoz, « en vue d’examiner les divers moyens permettant une utilisation immédiate du traité passé (en 1776) avec le Grand-Orient de France » (p. 73)23. « On y préconisa différents systèmes, entre autres l’Écossais rectifié suisse de De Glayre, et celui dont faisaient usage, depuis 1770, la Loge et le Chapitre de Saint-Théodore de Metz, sous le nom d’Écossais réformé de Saint-Martin » (p. 74), système dont il vient d’être question. Le premier était présenté « par les Loges de la Suisse française » (ou romande) et le second « par les députés de la Province de Bourgogne ». « Après examen de ces systèmes, l’assemblée élabora le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (dit aussi Chevalier de la Bienfaisance), qui participe quelque peu des deux24, en se bornant à établir la connexion avec l’Ordre des anciens Templiers par un enseignement historique25 dans le dernier des degrés qui constituaient l’Ordre intérieur, celui d’Eques Professus ou de Grand Profès26 » (p. 76).
« La Stricte Observance approchait de sa fin », que les manœuvres des Philalèthes contribuèrent à hâter, car « ce furent leurs affiliés de la Province de Bourgogne qui furent les premiers à demander la prompte réunion d’un Convent chargé de résoudre définitivement la question templière » (p. 110). Ce Convent fut ouvert à Wilhelmsbad, le 16 juillet 1782, sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick (Eques a Victoriâ), et, après avoir « renoncé à tous Supérieurs Inconnus », ainsi que nous l’avons déjà dit, il eut à étudier cette question qui était son principal objet : « L’Ordre de la Stricte Observance descend-il des Templiers ? ».
« Cette question agita l’assemblée pendant près de vingt séances. Le F∴ Ditfurth de Wetzlar déclara tout à fait insuffisantes les preuves produites dans le but d’établir que l’Ordre descendait des Templiers… Le F∴ Bode (Eques a Lilio Convallium), homme d’une intelligence très active, auquel la Stricte Observance devait la meilleure partie de ce qui y avait de bon en elle, proposait, de son côté, que l’on remaniât tous les grades autres que les trois premiers dans un sens plus libéral, et que l’on mit fin à des fables qui n’avaient aucun fondement… Presque tous les Frères furent d’avis qu’il fallait effectivement réformer les hauts grades et l’organisation générale de l’Ordre, mais ils différèrent sur le sens de cette réforme. De Beyerlé (Eques a Fasciâ) demandait que l’on annulât tous les grades supérieurs aux trois premiers degrés, y compris l’Ordre intérieur Templier, et que les Loges fussent rendues libres de s’administrer comme bon leur semblerait et de disposer de leurs deniers ; Ditfurth, que l’on ajoutât simplement aux trois premiers grades un quatrième grade où serait enseigné tout ce qui a trait à la Franc-Maçonnerie ; il demandait aussi que les Juifs fussent admis à l’avenir27. Ses propositions furent soutenues par Knigge. Willermoz était d’avis que l’on maintînt l’Ordre intérieur, mais que l’on légitimât les rectifications du Convent de Lyon en acceptant d’une façon générale le Chevalier de la Bienfaisance ; Moth et Dietholm Lavater (Eques ab Æsculapio), que l’on ménageât les diverses confessions chrétiennes, etc., etc… Comme il fallait arriver à une solution et que la discussion menaçait de s’éterniser, le F∴ Bode proposa d’abandonner le fond de la question28 et de se contenter de décider des modifications conformes à l’esprit du siècle et avantageuses à toutes les religions. Cette proposition fut le signal d’une sorte de transaction,… par laquelle on s’efforça de contenter tout le monde, sans arriver d’ailleurs à satisfaire personne. On arrêta, en faveur de Bode, de Knigge et de Beyerlé, que les Loges garderaient leur administration intérieure ; mais on décida, en faveur de Ditfurth, que les trois grades symboliques travailleraient sous la surveillance du quatrième grade, celui de Maître Écossais29, que, pour contenter Willermoz et Dietholm Lavater, l’on transforma en celui de Chevalier de la Bienfaisance, pratiqué en France et en Suisse depuis 1778, en décrétant cependant que, si des motifs particuliers le requéraient, il serait loisible à toutes les Provinces et Préfectures de ne point faire usage de ce grade. Enfin, la direction centrale (de Brunswick) et les partisans templiers reçurent satisfaction, en ce que le grade de Chevalier de la Bienfaisance comporta désormais un enseignement historique30 dans lequel était établie la connexion des trois premiers grades avec l’Ordre templier, représenté par l’Ordre intérieur et ses deux grades : le Novice et le Chevalier Templier, (ce dernier) subdivisé en quatre degrés : Eques, Armiger, Socius et Profès » (pp. 114-117).
C’est ce qui est indiqué dans la Capitulation suivante, que signa le duc Ferdinand de Brunswick, prenant le titre d’Éminence en sa qualité de Grand-Maître : « Aux trois grades symboliques de la Maçonnerie, on n’ajoutera qu’un seul grade, celui-de Chevalier de la Bienfaisance. Ce grade doit être considéré comme le point de communication entre l’Ordre extérieur et l’Ordre intérieur. L’Ordre intérieur doit se composer des deux grades de Novice et de Chevalier31. Les officiers des Loges peuvent former le comité de la Loge, et y préparer les objets à traiter. On n’examinera pas s’ils sont revêtus de grades écossais. Dans chaque district, la Loge écossaise doit exercer une surveillance immédiate sur les Loges symboliques. Les décorations de l’Ordre intérieur doivent être conservées32 » (pp. 117-118).
« Ainsi, comme l’a fait remarquer Eckert, le résultat du Convent de Wilhelmsbad fut une transaction intérimaire entre les divers systèmes » ; mais « plusieurs Provinces refusèrent d’adopter les conclusions du Convent » et la rectification qu’il avait élaborée. « Les Loges de Pologne et de Prusse pratiquèrent, les premières, le Rite Écossais rectifié de De Glayre, les secondes, les systèmes de Zinnendorf (Eques a Lapide Nigro) ou de Wœllner (Johannes, Eques a Cubo). Les Loges de Hambourg et du Hanovre adoptèrent le système de Schrœder33, et celles de la Haute-Allemagne se rangèrent dans le système éclectique établi par Ditfurth34 ou contractèrent des alliances avec les Illuminés de Weishaupt » (p. 120).
En somme, le nouveau Régime Rectifié « ne fut réellement adopté à l’étranger que par la Province de Lombardie (1783-1784), par les deux Directoires Helvétiques (1783)35, par celui de Hesse-Cassel et par une Loge du Danemark (1785) ; car nous avons lieu de croire que la Loge centrale de Brunswick (Charles à la Colonne Couronnée), celle de Dresde, celle de Prague et celle de Bayreuth continuèrent à suivre l’ancien système36.
« En France, les Provinces d’Auvergne et de Bourgogne seules pratiquèrent le nouveau système. Des deux autres Provinces, l’une, celle d’Occitanie, n’existait plus ; quant à l’autre, celle de Septimanie, réduite aux huit membres de la Loge de Montpellier, qui, en 1781, avait passé un traité avec le Grand-Orient de France, il y a apparence, dans les documents qui nous restent, qu’elle ne pratiqua plus ni l’ancien ni le nouveau système » (pp. 121-122).
Quant aux causes de l’affaiblissement et de la disparition des Directoires, l’une d’elles n’était autre que « la lutte soutenue par les Philalèthes pour l’autonomie de la Maçonnerie nationale (en France) contre l’hégémonie de la Loge directoriale de Brunswick, lutte qui, en raison du peu d’importance des Directoires français, devait fatalement amener leur fusion avec le Grand-Orient ». À l’étranger, « la véritable cause de la chute des Directoires réside dans le discrédit que l’Ordre des Illuminés devait jeter sur ces territoires (sic) à la suite des scandales de 1784 et des enquêtes de 1785 » (p. 124) ; mais nous n’avons pas à entrer ici dans les détails de cette histoire, d’ailleurs assez connue, et qui nous entraînerait trop loin de notre sujet. Il nous suffira de dire que, par suite de ces événements, « les gouvernements commencèrent à s’inquiéter », et que « les Directoires, dont on avait remarqué les nombreuses affiliations dans l’Ordre des Illuminés, furent les premiers persécutés (après les Loges de Bavière et de Bade). Le Directoire Helvétique était déjà fermé, lorsqu’en 178637 une ordonnance du roi de Sardaigne provoqua la dissolution du Directoire de Lombardie et la fermeture pour toujours de toutes les Loges de son ressort dans la septième Province » (p. 131).
Pour en revenir à la France, nous voyons qu’en 1793 « le Directoire d’Auvergne était le seul qui eût encore une Loge en activité, celle de la Bienfaisance, à Lyon », qui était toujours dirigée par Willermoz38, mais qui d’ailleurs « était en proie à toutes les horreurs d’un siège sans merci » (p. 163). Il est vrai que la situation des autres Corps maçonniques était alors la même, et qu’ils étaient « obligés de suspendre leurs assemblées » ; le Grand-Orient de France lui-même « voyait ses archives dispersées », et « une seule des Loges de cette puissante association continuait ses réunions, la Loge du Centre des Amis » (p. 162). C’est précisément cette dernière Loge qui devait, « en sa qualité de Loge réorganisatrice du Grand-Orient de France, s’entremettre en 1808 pour obtenir aux Directoires français la protection du prince Cambacérès » (p. 175, en note). En effet, « ces trois Directoires (Besançon, Lyon39, et Montpellier) se réveillèrent successivement de 1805 à 180840, et se réclamèrent presque aussitôt du Grand-Orient ; mais celui-ci était peu désireux de renouveler les traités antérieurs, et il accorda une reconnaissance entière des Loges directoriales moyennant que ces dernières choisissent un Grand-Maître national… En juin 1808, le prince Cambacérès, Grand-Maître adjoint du Grand-Orient, accepta, avec le titre d’Eques Joanes (sic) Jacobus Regis a Legibus, cette charge de Grand-Maître national pour la Province de Bourgogne. En mars 1809, Willermoz obtint la même faveur pour la Province d’Auvergne (dont il était Grand-Maître)41, et, en mai 1809, ce fut le tour de la Province de Septimanie. Mais cela n’empêcha pas les Directoires de disparaître définitivement peu après, à la suite de la mort de Willermoz » (pp. 142-143). Nous les voyons encore, le 14 juin 1811, renouveler le traité d’union de 1776 avec le Grand-Orient, mais il semble bien que ce soit là le dernier acte de leur existence.
« En 1810, à la veille de s’éteindre faute de membres, le Directoire de Bourgogne transmit ses pouvoirs à une Loge de Genève, l’Union des Cœurs42, et, grâce à cet artifice, le Directoire Helvétique, qui venait de se réveiller à Bâle, mais que le Grand-Orient de France refusait de reconnaître, put rester en relations avec ce Grand-Orient par l’intermédiaire de l’Union des Cœurs.
« En 1811, le Directoire Helvétique nomma pour Grand-Maître provincial Pierre Burkhard43. En 1812, le Grand-Orient Helvétique Romand44 fit une tentative pour réunir toutes les Loges de la Suisse sous son autorité suprême ; mais cette tentative échoua parce que, d’un côté, le Directoire Helvétique fit de l’acceptation du Rite Rectifié la condition sine qua non de sa jonction, et que d’un autre côté, la Loge de l’Espérance de Berne, qui trouvait ce système aussi peu en rapport avec le pur enseignement primitif de la Maçonnerie que sa constitution elle-même l’était avec la liberté qu’on désirait, crut ne pas pouvoir entrer dans ces vues45. En 1816, il y eut une nouvelle tentative de fusion qui échoua comme la première, parce que le Directoire Helvétique refusa de déclarer sa complète indépendance à l’égard du Grand-Maître allemand, le prince de Hesse, successeur du duc de Brunswick.
Le Directoire Helvétique continua de végéter jusqu’en 183046. Il n’y avait plus alors de Directoires ni en France, ni en Allemagne, ni en Russie47 ; et, à partir de 1836, on ne nomma plus de Grand-Maître général de l’Ordre, ni de Grands-Maîtres provinciaux, ni même de Grand-Prieur Helvétique48. Aussi le mouvement unioniste suisse gagna-t-il du terrain. Cependant, ce ne fut que le 22 janvier 1844 que le Directoire Helvétique se décida à fusionner49.
« Dès lors, le Danemark fut le dernier rempart du Rite Rectifié, et de ses Chevaliers Bienfaisants réfugiés dans la Loge de l’Étoile Polaire de Copenhague ; il le fut jusqu’au 6 janvier 1855, date à laquelle le roi du Danemark abolit définitivement ce système pour le remplacer par celui de Zinnendorf » (pp. 173-175).
Ceci paraît terminer l’histoire du Régime Rectifié, tout au moins dans la pensée de notre auteur ; mais il n’en est pas ainsi dans la réalité, puisque ce système s’est conservé, sinon en Danemark, du moins en Suisse, et que le Suprême Conseil actuel de ce dernier pays s’affirme, comme le dit le F∴ de Ribaucourt, « le continuateur du Directoire Helvétique Romand ». Ce dernier n’aurait donc pas disparu en 1844, lorsque fut constituée la Grande Loge Suisse Alpina ; mais, après avoir adopté, à une époque non déterminée, « les quatre ordres de la Maçonnerie rouge du Rite Français », il serait finalement « passé au Rite Écossais Ancien et Accepté en 1873 »50.
« Quant au Grand-Prieuré Indépendant d’Helvétie, dit encore le F∴ de Ribaucourt51, il est la Puissance Templière la plus ancienne existante et dont l’existence n’ait subi aucune interruption. Réuni à la Stricte Observance pendant un temps et l’ayant précédée52, cette Puissance de Hauts Grades faisait jadis partie de la cinquième Province (Bourgogne). Ses Loges bleues furent nombreuses ; elle aussi (comme le Directoire, devenu le Suprême Conseil) dut abandonner à l’Alpina ses trois premiers grades. Elle aussi puise ses éléments dans les Loges rectifiées de l’Alpina53, qui est ainsi conservatrice de son Ordre Intérieur. Le grade d’Écossais de Saint-André fait le pont entre les Loges bleues et son Ordre Templier (soit Ordre Intérieur, ou des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte). »
C’est donc, en définitive, le Grand-Prieuré d’Helvétie qui a seul conservé le Régime Rectifié dans ses grades intérieurs, et dont quelques membres ont récemment « réveillé » ce même Régime au sein du Grand-Orient de France. En effet, « en 1910, quelques Français possesseurs des hauts grades du Régime Écossais Rectifié de Genève (et parmi lesquels était le F∴ de Ribaucourt, auquel nous empruntons encore cette citation) fondèrent à Paris une Loge bleue et une Loge d’Écossais de Saint-André, sous l’obédience du Grand-Orient de France, Grand Directoire Écossais Rectifié (sans doute en vertu du traité de 1811). Cette Loge, qui fut installée au printemps de 1911, a pris comme titre distinctif celui de Centre des Amis, en souvenir de l’ancienne Loge du même nom, qui avait conservé la « vraie lumière » pendant la Révolution, et par déférence pour la dernière Loge rectifiée de France. »
En cette circonstance, le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie et le Grand-Orient de France conclurent, le 18 avril 1911, un traité54 auquel le F∴ Bertholon, membre du Grand Collège des Rites, fit allusion en ces termes dans un discours qu’il prononça, l’an dernier, à l’International Masonic Club de Londres : « Le Grand-Orient ne vient-il pas de prouver qu’il n’est pas athée en principe, en autorisant des Maçons à reprendre, en France, l’ancien Rite Rectifié, qui est un Rite chrétien (lire protestant)55, et en contractant une alliance avec la seule Puissance existante de ce Régime en Suisse ? » On voit ici tout le parti que le Grand-Orient de France a cherché à tirer de cet événement dans ses tentatives pour se rapprocher de la Maçonnerie protestante des pays anglo-saxons ; et cela était d’autant plus logique, d’ailleurs, que le Grand-Prieuré d’Helvétie, avec lequel le Grand-Orient avait ainsi « contracté une alliance », est lui-même en relations avec les Puissances Templières de langue anglaise56 depuis le 12 mai de la même année 1911.
En effet, dans une réunion tenue à Londres à cette date57, « le Grand-Prieuré d’Angleterre et de Galles ratifia, sur le rapport du Conseil du Grand-Maître, la reconnaissance du Grand-Prieuré d’Helvétie, Corps templier siégeant à Genève et existant d’une façon ininterrompue depuis 1769, comme Corps souverain ayant le pouvoir de conférer les Ordres d’Écuyer Novice et de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, et régissant l’Ordre du Temple pour la Suisse. Le Conseil avait désigné un comité qui, après une enquête approfondie, reconnut que les prétentions de ce Corps étaient fondées, et qu’une des Loges de Genève travaillant sous son obédience avait, en 1791, initié à la Maçonnerie S. A. R. le prince Édouard, plus tard duc de Kent, qui fut ensuite admis à tous les grades et devint Grand Patron des trois grades supérieurs58. » Les Grands-Prieurés d’Irlande et d’Écosse adoptèrent peu après des motions semblables à celle du Grand-Prieuré d’Angleterre et de Galles59.
Il serait intéressant d’avoir de plus amples détails sur l’histoire du Grand-Prieuré d’Helvétie, et particulièrement sur son activité dans la période où tous les autres Corps pratiquant le Régime Rectifié avaient disparu ou étaient tombés « en sommeil »60. Ce qui nous paraît assez singulier, c’est le silence que gardent à ce sujet les écrivains maçonniques ; c’est là, à notre avis, une raison de plus pour y attacher quelque importance61.
III D’après ce que nous venons de dire, il était permis d’entrevoir, comme conséquence du « réveil » du Régime Rectifié en France, la possibilité d’un rapprochement entre le Grand-Orient de France et la Maçonnerie anglaise ; mais… le Maçon propose et le Grand Architecte dispose, et, en effet, c’est justement au sujet du « Grand Architecte » que vient d’éclater un schisme qui anéantit toutes ces combinaisons. Cet événement a été rapporté dans un article de M. Albert Monniot, paru dans la Libre Parole du 10 janvier 1914, sous le titre : Une nouvelle Obédience : Scissions dans la Franc-Maçonnerie, et que nous croyons bon de reproduire ici intégralement.
« Nous avons déjà eu à nous occuper des virulentes campagnes menées contre le Grand-Orient de France par un groupement maçonnique dénommé « Les Amis de la Vérité »62. On y dénonce les scandales du G∴ O∴, son action exclusivement politique et assiette-au-beurrière, son misérable recrutement, la tenue déplorable de ses Loges, et on va jusqu’à nier la validité des grades qu’il confère, voire son existence même au regard de la Franc-Maçonnerie universelle.
« Il semble bien que ces « Amis de la Vérité » se recrutent surtout dans la Grande Loge de France (Rite Écossais), et qu’ainsi s’accuse l’antagonisme entre les deux grandes Obédiences françaises.
« Mais voici que les dissensions s’aggravent, qu’un nouveau groupement se dresse en face de l’omnipotence trop manifeste du Conseil de l’Ordre du Grand-Orient, et le « Grand Architecte de l’Univers » – qui l’eût cru ? – est la cause initiale de ce nouveau conflit.
« On sait que la Franc-Maçonnerie fut déiste, au moins en apparence, jusque vers la fin du dernier siècle. On se bornait à appeler Dieu le Grand Architecte de l’Univers, et on prétendait travailler à sa gloire63.
« Des Francs-Maçons se sont avisés d’être traditionalistes à leur façon, et, au dernier Convent, ils soulevaient un conflit que la Libre Parole a ainsi rapporté : La seconde question est ainsi posée par le F∴ de Ribaucourt (Ferdinand-Fréderic-Édouard), docteur ès-sciences, préparateur à la Sorbonne, 33e et Vénérable de la Loge de Saint-André « Le Centre des Amis » (Rite Écossais Rectifié).
Le F∴ de Ribaucourt voudrait savoir pourquoi (le curieux !) le Conseil de l’Ordre a supprimé la formule A∴ L∴ G∴ D∴ G∴ A∴ D∴ L∴ U∴ (à la gloire du Grand Architecte de l’Univers) qu’il avait, par un engagement solennel, tolérée au Chapitre de Saint-André, dénommé « Le Centre des Amis ».
Il fait l’éloge du principe du « Grand Architecte » qui signifie Dieu et qui, seul, peut moraliser les ateliers supérieurs (Chapitres et Conseils).
Le F∴ Bouley, industriel à Paris, membre du Conseil de l’Ordre, répond au F∴ de Ribaucourt que toute tolérance a une fin et que la formule du « Grand Architecte » est choquante pour les membres du Conseil de l’Ordre. (Toujours l’omnipotence ! il n’y a que l’avis du Conseil de l’Ordre qui compte.) Le F∴ Gauthier, au milieu d’un tumulte infernal (c’est bien le cas de le dire), prend à son tour la parole en faveur de la formule du « Grand Architecte » et de la thèse spiritualiste.
Il demande à ses FF∴ de lui prouver l’inexistence de Dieu (à toi, Sébastien Faure !) et rappelle que sans Dieu la Franc-Maçonnerie n’aurait pas pu traverser les siècles.
« Vous vous prétendez des athées, leur dit-il, et vous avez peur de Dieu ! Vos formules sont vides de sens ; vous n’êtes que des hommes sans principes qui se ruent à la curée du pouvoir. »
Un tumulte effroyable accueille cette finale. Les FF∴ sont furieux. Je comprends cela. On n’aime pas entendre dire ces choses-là, surtout par un des siens. On sait bien que c’est vrai, mais il ne faut pas que le public le sache.
C’est bien ce que pense le F∴ docteur Sicard de Plauzolles, orateur du Convent, qui s’oppose à la mise aux voix de l’ordre du jour des FF∴ de Ribaucourt et Gauthier.
« Les protestataires ne se sont pas tenus pour battus, témoin le document que voici :
À la gloire du Grand Architecte de l’Univers
GRANDE LOGE NATIONALE INDÉPENDANTE ET RÉGULIÈRE POUR LA FRANCE ET LES COLONIES FRANÇAISES SAGESSE, BEAUTÉ, FORCE64.
Seule Obédience en France reconnue comme juste et régulière par la « Grande Loge d’Angleterre »
Au nom de l’Ordre ManifesteO. de Paris, le 27 décembre 1913.
Bien Aimés Frères65, Nous avons la faveur de porter à votre connaissance que, en vertu de nos pleins pouvoirs du 29 septembre 1910 qui ont repris force et vigueur, nous avons été amenés, pour sauvegarder l’intégrité de nos Rituels Rectifiés et sauver en France la vraie Maçonnerie de Tradition, seule mondiale, à nous constituer en Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises.
Notre Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière vient, de plus, d’être reconnue officiellement, le 20 novembre 1913, par la Grande Loge d’Angleterre, notre mère à tous, et l’annonce en a été faite officiellement le 3 décembre 1913 par le T. R. Gr. Maître dans son Message au centenaire de la G. L. d’Angleterre66, et par le T. R. Pro-Grand-Maître Lord Ampthill, qui en a amicalement et fraternellement développé les conséquences pour le plus grand bien des rapports maçonniques entre nos deux pays67.
Notre Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière adoptera le principe de la décentralisation administrative, en se réservant les Hauts Pouvoirs quant à l’exercice du Rite, quant aux relations de l’extérieur et de l’intérieur.
Elle pratiquera le Vieux Rite Rectifié et se maintiendra strictement dans l’axe de la Franc-Maçonnerie universelle.
Nous avons donc toute autorité :
1° Pour fonder, après enquêtes, des Grandes Loges Provinciales dans les grandes villes de France et dans les principales colonies ;
2° Pour délivrer des constitutions de Loges Régulières Rectifiées et pour régulariser tout titre maçonnique, après préavis des Grands Maîtres Provinciaux.
Veuillez agréer, Bien Aimés Frères, l’expression de nos sentiments les plus fraternels.
Au nom de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies françaises, E. de Ribaucourt, Grand-Maître,
86, Boulevard de Port-Royal, Paris.Au nom de la Grande Loge Provinciale de Neustrie (R. Loge « Le Centre des Amis » de Paris) CHARLES BARROIS, Pro-Grand-Maître.
Au nom de la Grande Loge Provinciale d’Aquitaine (R. Loge Anglaise n° 204 de Bordeaux)68, C. DUPRAT, Grand Officier Délégué.
« C’est, on le voit, un nouveau groupement maçonnique69 qui se constitue, conformément aux principes généraux de la Franc-Maçonnerie universelle, quoiqu’il se qualifie national, et en opposition avec ce Grand-Orient que les autres Maçonneries ont à peu près mis au ban.
« Nous n’avons qu’à constater ces profondes divergences.
« Mais n’est-il pas remarquable que, même dans ce milieu gangrené, et par l’initiative de scientifiques, renaisse l’idée de Dieu70 ? »
C’est là, tout au moins, la raison apparente de ce schisme ; mais il pourrait bien y avoir un autre mot d’ordre politique ou, si l’on veut, diplomatique. Le F∴ Bouley, qui avait cependant présidé à l’installation de la Loge Le Centre des Amis, et qui fut appelé depuis lors par suite du décès du F∴ Blatin, à la dignité de Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, le F∴ Bouley, disons-nous, est manifestement plus porté à entretenir de cordiales relations avec la Maçonnerie allemande qu’avec la Maçonnerie anglaise. Cela pourrait peut-être expliquer bien des choses : si le Grand-Orient, malgré ses précédents engagements, fit preuve de tant de mauvaise volonté à l’égard du Régime Rectifié, c’était peut-être tout simplement afin d’avoir un prétexte avouable pour rompre avec ce dernier.
Quoi qu’il en soit, la reconnaissance de la nouvelle Obédience française par la Grande Loge Unie d’Angleterre, après avoir rencontré, paraît-il, bien des difficultés, est maintenant un fait accompli, et cela, comme on l’a vu plus haut, depuis la réunion de la Grande Loge qui eut lieu au Freemasons’ Hall de Londres le 3 décembre 1913. Le Grand-Maître, le F∴ duc de Connaught, avait envoyé à cette occasion le Message suivant : « C’est avec une profonde satisfaction que je me trouve dans la possibilité de signaler l’heureuse occasion du Centenaire de l’Union par une annonce qui, j’en suis convaincu, causera une véritable joie dans l’Ordre tout entier. Un corps de Francs-Maçons de France se trouvant en présence d’une défense positive, de la part du Grand-Orient, de travailler au nom du Grand Architecte de l’Univers, a, pour rester fidèle à ses engagements maçonniques, résolu de maintenir les vrais principes et doctrines de l’Ordre, et a réuni plusieurs Loges sous le titre de « Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière de France et des Colonies Françaises ». Ce nouveau corps m’a adressé une requête afin d’être reconnu par la Grande Loge d’Angleterre, et, ayant reçu pleine assurance qu’il s’est engagé à adhérer à ces principes de la Franc-Maçonnerie que nous regardons comme fondamentaux et essentiels, j’ai consenti avec joie à l’établissement de relations fraternelles et à l’échange de représentants. Nous pouvons ainsi célébrer le centième anniversaire de cette Union qui fut la fondation de notre solidité et de notre influence mondiale, par l’accomplissement d’un vœu qui a été ardemment formé, pendant bien des années, par les Francs-Maçons anglais, et nous nous retrouvons dans l’heureuse circonstance de pouvoir jouir de relations maçonniques avec des hommes appartenant à la grande nation française. J’ai confiance que le lien ainsi établi fortifiera et favorisera la bonne entente qui existe déjà en dehors de la sphère de la Franc-Maçonnerie. »
Le Pro-Grand-Maître, Lord Ampthill, après avoir donné lecture de ce Message, le commenta en ces termes : « L’heureuse annonce que vous venez d’entendre vous a été faite sous la forme d’un Message du Trône, en conformité avec les précédents, et afin d’en marquer la grande importance. Vous ne trouverez pas inopportun, j’en suis sûr, que j’y ajoute quelques mots d’explication. L’accord conclu avec ce corps nouvellement constitué de Francs-Maçons français est le résultat de négociations prolongées et difficiles, dont deux FF∴ bien connus ont été les intermédiaires dévoués et habiles. Il n’est que juste de mentionner leurs noms, puisqu’ils n’occupent pas de positions officielles, et qu’ils ont accompli leur tâche, non comme un devoir, mais par dévouement désintéressé envers l’Ordre. Ce sont le F∴ Edward Rœhrich, P. D. G. D. C.71, qui joue un rôle si éminent dans le travail des Loges anglo-étrangères de Londres, et le F∴ Frederick J. W. Crowe, P. G. Org.72. C’est à leur abnégation, non moins qu’à l’initiative et à la générosité d’autres FF∴, que nous devons de posséder cette précieuse collection de documents qui est maintenant exposée dans la bibliothèque. La Loge qui, en France, a pris la tête du mouvement de résistance à la défense du Grand-Orient, est la Loge Le Centre des Amis, de Paris, dont l’inspirateur a été le F∴ Dr de Ribaucourt. Le F∴ de Ribaucourt a été élu Grand-Maître de la « Grande Loge Indépendante et Régulière de France » nouvellement constituée, et qui, nous avons de bonnes raisons d’y compter, recevra l’adhésion de nombreuses Loges répandues dans toute la France. »
Enfin, voici l’énoncé des obligations qui seront imposées à toutes les Loges françaises placées sous la nouvelle Constitution :
« 1° Pendant les travaux de la Loge, le Volume de la Loi Sacrée sera toujours ouvert73.
« 2° Les cérémonies seront réglées d’une manière strictement conforme au rituel du Régime Rectifié qui est suivi par ces Loges, rituel qui fut établi en 1778 et sanctionné en 1782, et qui servit à l’initiation du duc de Kent en 179274.
« 3° La Loge sera toujours ouverte et fermée au nom du Grand Architecte de l’Univers75. Toutes les planches émanant de l’Ordre et des Loges porteront les symboles du Grand Architecte de l’Univers.
« 4° Aucune discussion religieuse ou politique ne sera permise dans la Loge.
« 5° La Loge, comme telle, ne prendra jamais part officiellement à aucune affaire politique, mais chaque F∴, individuellement, gardera sa complète liberté d’opinion et d’action.
« 6° Seuls seront reçus en Loge les FF∴ qui sont reconnus comme vrais FF∴ par la Grande Loge d’Angleterre. »
Tels sont, dans leur texte complet, les documents les plus récents qui se rapportent à la restauration du Régime Écossais Rectifié et à son entrée dans une phase nouvelle ; son histoire, désormais, devra se continuer par celle de la « Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière de France »76.
- 1. Publié dans La France Antimaçonnique, le 14 août 1913 (non signé), les 19 et 26 fév. 1914 (signé le Sphinx). [N.d.É.] ↑
- 2. Allusion aux Illuminés et organisations plus ou moins analogues et animées du même esprit. ↑
- 3. Le Dr Lavater était, d’après le F∴ Thory, le fils du théologien du même nom, Jean-Gaspard Lavater, qui refusa de participer au Convent de Paris en 1785. Ce même Dr Dietholm Lavater, de Zurich, était membre de la Stricte Observance, sous le nom caractéristique d’Eques ab Æsculapio (Ibid., Tome II, pp. 137 et 344). – D’après les fiches manuscrites remises par le F∴ Savalette de Langes à l’Eques a Capite Galeato à la veille du Convent de Wilhelmsbad (1782), le Dr Lavater serait, non pas le fils, mais le frère du théologien (voir pp. 96-97 de l’ouvrage déjà cité de M. Benjamin Fabre). Nous ne savons laquelle des deux assertions est erronée. ↑
- 4. Nous n’avons pu trouver le nom de ce personnage ; nous ignorons donc la raison pour laquelle le F∴ Thory a jugé bon de le remplacer par des points. ↑
- 5. C’est à ce Convent, où la Maçonnerie Réformée devint le Régime Rectifié, que fut institué, dit-on, son cinquième et dernier degré ou « grade de l’intérieur », celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. (Ibid., p. 299.) ↑
- 6. On sait que le Grand-Orient de France n’avait pas été invité à envoyer des représentants à ce Convent, réuni sur l’initiative des membres de la XIIe classe du Régime des Philalèthes (Loge des Amis Réunis), et présidé par le F∴ Savalette de Langes. (1784 : ibid., p. 160.) ↑
- 7. C’est peut-être là ce qui a donné naissance à une certaine légende, d’après laquelle le Régime des Philalèthes se serait conservé en Suisse jusqu’à nos jours ; mais la réponse du comité directorial enlève toute vraisemblance à une telle assertion. ↑
- 8. Il est singulier que l’on trouve des histoires de ce genre dans un bon nombre de Rites maçonniques ; celle-ci nous rappelle celle de la perte et de la découverte des archives du Rite Primitif, imaginée par l’Eques a Capite Galeato (pp. 30 et 54-56 de l’ouvrage de M. Benjamin Fabre). ↑
- 9. On sait que cette ville était la résidence du F∴ Willermoz. ↑
- 10. Nous renverrons encore au livre de M. Benjamin Fabre pour ce qui concerne ce F∴ Charles d’Aigrefeuille, cousin de l’Eques a Capite Galeato. ↑
- 11. Le Régime professé par cette organisation n’est pas indiqué ; mais il semble bien que ce soit là une suite de l’ancien Directoire Helvétique Romand. ↑
- 12. Ces Provinces étaient : 1. l’Aragon ; 2. l’Auvergne ; 3. l’Occitanie ou Languedoc ; 4. Lyon ; 5. la Bourgogne ; 6. la Grande-Bretagne ; 7. la Basse-Saxe, l’Elbe et l’Oder, la Pologne prussienne, la Livonie et la Courlande ; 8. l’Allemagne supérieure, le Pô, le Tibre, l’Italie et la Sicile ; 9. la Grèce et l’Archipel. – D’après la réforme de Wilhelmsbad, la répartition des Provinces devint la suivante : 1. la Basse-Allemagne, avec la Pologne et la Prusse (on lui donna ce rang parce qu’elle fut la première en activité) ; 2. l’Auvergne, avec Lyon ; 3. l’Occitanie ; 4. l’Italie et la Grèce ; 5. la Bourgogne et la Suisse ; 6. l’Allemagne supérieure ; 7. l’Autriche et la Lombardie ; 8. la Russie ; 9. la Suède. (Acta Latomorum, Tome II, pp. 134-135. – Cf. Notice historique sur le Martinésisme et le Martinisme, p. 43.) ↑
- 13. Voir La France Antimaçonnique, 25e année, n°40, pp. 434-435, à propos d’un article du F∴ E. de Ribaucourt sur La L∴ le Centre des Amis (reproduit pp. 435-437). – Voir également nos récents articles relatifs à la question des Supérieurs Inconnus (27e année, nos 47, 49 et 51). ↑
- 14. La réforme de Dresde date en effet de 1755, et ce n’est qu’en 1763 que le baron de Hundt fut reconnu Grand-Maître provincial de la Maçonnerie rectifiée en Allemagne (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 82). Les statuts de l’Ordre Illustre de la Stricte Observance furent publiés en 1767, époque où l’on prétend, mais sans en donner d’ailleurs la moindre preuve, que le baron de Hundt se fit catholique pour être admis dans la Late Observance (ibid., Tome Ier, p. 91, et Tome II, p. 127). C’est bien en 1754 (et non en 1743) que le baron de Hundt avait reçu les hauts grades templiers dans le Chapitre de Clermont, installé le 24 novembre de cette année par le chevalier de Bonneville ; mais, si « c’est là qu’il puisa les principes et la doctrine de la (future) Stricte Observance », ce n’est que par la suite, et certainement après 1756, qu’« il s’en fit l’apôtre en Allemagne » et tenta de réaliser, dans une organisation superposée à la Maçonnerie, le système qu’il avait imaginé (ibid., Tome Ier, pp. 68 et 71-72). – Cf. La France Antimaçonnique, 27e année, n° 25, p. 292. Cette question est particulièrement intéressante ; nous y reviendrons donc pour la traiter à part et avec plus de détails, dans une étude consacrée à la Stricte Observance, ainsi que nous l’avons déjà annoncé (27e année, n° 47, p. 560). ↑
- 15. Le F∴ Thory mentionne le Rite des Illuminé Théosophes, fondé pour la propagation du système de Swedenborg, par Bénédict Chastanier, qui l’établit à Londres en 1767, et qui composa plusieurs grades, entre autres celui de Sublime Écossais de la Jérusalem Céleste (Acta Latomorum, tome Ier, pp. 89, 308 et 318). Le Rite des Illuminés d’Avignon fut fondé par le bénédictin Dom Pernéty (et non Pernetti), qui composa le grade hermétique de Chevalier du Soleil ou Prince Adepte (devenu le 28e Écossais) ; on introduisit dans ce Rite l’enseignement de la doctrine du Martinisme (?) et du Swedenborgisme (ibid., pp. 297 et 339), de même que dans le Régime des Philalèthes, institué à Paris, en 1773, par le F∴ Savalette de Langes, et « pratiqué dans l’intérieur de la Loge des Amis Réunis » (ibid., pp. 110 et 332). – Nous nous demandons jusqu’à quel point ces divers régimes peuvent être qualifiés d’écossais, mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’ils étaient tous différents du Rite Swedenborgien « restauré » par feu le F∴ John Yarker (cf. La France Antimaçonnique, 27e année, n° 25, p. 298, et aussi pp. 292-293). Ce qui est non moins certain, c’est que Swedenborg lui-même ne fonda jamais ni Église, ni Rite maçonnique. ↑
- 16. Comme ce régime est aussi appelé Écossais rectifié suisse, et comme le nom de De Glayre n’est pas mentionné par le F∴ Thory, nous nous demandons si ce nom ne serait pas celui du Grand-Maître du Directoire Helvétique Romand (1778 : Tome Ier, p. 131) ; mais nous ne voyons pas pour quelles raisons il l’a caché plus que bien d’autres noms qu’il écrit en toutes lettres (voir La France Antimaçonnique, 27e année, n° 33, p. 386). ↑
- 17. Le baron de Tschoudy était membre du Conseil des Chevaliers d’Orient, « établissement fondé (en 1762) par le nommé Pirlet, tailleur d’habits, en rivalité du Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident » (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 80). Auteur de l’Étoile Flamboyante, il voulut fonder un Ordre de ce nom, en 1766, à Paris, où il mourut en 1769 (pp. 94-95, 312 et 360). Il fut l’un des apôtres de la doctrine de Ramsay, et composa le grade de Grand Écossais de Saint-André d’Écosse (devenu le 29e Écossais) (pp. 305-306 et 307). « En mourant, il légua plusieurs manuscrits aux archives du Conseil des Chevaliers d’Orient, dont il était membre, et entre autres l’ouvrage intitulé l’Écossais de Saint-André, à condition de ne les pas faire imprimer ; mais le Conseil n’en tint compte ; il publia (en 1780) et vendit ce dernier ouvrage », « contenant le développement total de l’Art Royal de la Franche-Maçonnerie » (pp. 95 et 367). Nous retrouverons le grade d’Écossais de Saint-André, qui « appartient à plusieurs régimes » ; c’est aussi le nom du 2e degré du Rite des Clercs de la Stricte Observance (pp. 300, 305 et 329). – Dans son ouvrage sur Le Symbolisme Hermétique (pp. 115-156), le F∴ Oswald Wirth a reproduit sous le titre Un Catéchisme hermético-maçonnique, le « Catéchisme ou Instruction pour le grade d’Adepte ou Apprentif Philosophe sublime et inconnu » qui se trouve dans l’Étoile Flamboyante du baron de Tschoudy (Tome II, pp. 234 et suivantes). – Remarquons, à propos de tous ces grades et systèmes plus ou moins hermétiques, que le Rite pratiqué par le Directoire Écossais Helvétique Romand en l778 « était purement philosophique et non pas hermétique » (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 137 ; cité dans La France Antimaçonnique, 27e année, n° 33, p. 386). ↑
- 18. Le « Chevalier de la Rose Croissante » ajoute : « La plupart des auteurs qui ont parlé de ce dernier l’ont attribué faussement, à cause d’une homonymie, à Louis-Claude de Saint-Martin, et M. Papus n’a pas manqué de rééditer une erreur qui lui semblait servir sa thèse. Nous verrons d’ailleurs que Saint-Martin a pris la peine de réfuter une légende qui s’était répandue dans les divers milieux maçonniques et qui est reproduite sans examen dans les ouvrages de la plupart des historiens français et étrangers. » ↑
- 19. Ou Jérusalem ? Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte sont aussi appelés Chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem en Palestine (voir ci-dessous). ↑
- 20. Le 9e grade de la réforme de Saint-Martin portait d’abord le nom de Chevalier de la Palestine ou de l’Aurore (Acta Latomorum, Tome Ier, pp. 330-331). – Dans l’Étoile Flamboyante du baron de Tschoudy, il est question d’un certain Ordre de la Palestine, « qui aurait existé du temps de Ramsay, et dans les dogmes duquel ce novateur aurait puisé une partie de son système » (ibid., p. 331). ↑
- 21. Contre le système templier. – D’après le « Chevalier de la Rose Croissante » (p. 75), « Bode a prétendu que la police lyonnaise demanda la suppression de la fable templière (sur Pierre d’Aumont et ses compagnons) comme attentatoire à la sûreté de l’État, et qu’elle avait menacé de fermer les Loges du Directoire, si ceux-ci ne renonçaient pas au système templier, que le gouvernement regardait comme une sorte de conspiration permanente contre les successeurs de Clément V et de Philippe le Bel ». C’est ce même système que le F∴ Starck allait dénoncer, en 1780, « comme contraire aux gouvernements et comme séditieux » (La France Antimaçonnique, 27e année, n° 49, p. 287). ↑
- 22. Ces Directoires sont ici qualifiés de templiers, et le F∴ Willermoz de Grand-Maître provincial d’Auvergne ; il est possible que ce F∴, membre du Rite des Élus Cohens, ait été également affilié à la Stricte Observance, mais nous n’avons pu trouver nulle part le « nom caractéristique » qu’il aurait dû porter en cette qualité (voir le tableau, d’ailleurs très incomplet, donné par le F∴ Thory dans l’ouvrage déjà cité, Tome II, pp. 135-138). – Remarquons que, d’après l’auteur de la Notice historique lui-même, « le rôle de de Hundt était fini » dès 1775, à la suite du Convent de Brunswick (pp. 58-6l ; cf. Acta Latomorum, Tome Ier, p. 117). Il mourut d’ailleurs peu après, le 8 novembre 1776, âgé de 54 ans (ibid., pp. 122-123). ↑
- 23. « Ce Convent échoua par suite des manœuvres des Philalèthes auprès de la Grande Loge de Lyon et du Directoire même de Bourgogne » (ibid.). – Cf. Acta Latomorum, Tome Ier, pp. 135-136. ↑
- 24. L’auteur ajoute en note : « Ce grade se rapproche d’ailleurs davantage de l’Hospitalier Templier que du Chevalier Bienfaisant de l’Écossais de Saint-Martin ; mais, après le Convent de Wilhelmsbad, il inclinera vers l’Écossais de Saint-André. » – Il semble avoir fait confusion, car l’Écossais de Saint-André et le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte sont deux grades distincts dans le Régime Écossais Rectifié. Quoi qu’il en soit, le grade de Chevalier de la Bienfaisance fut, sinon institué (comme le dit le F∴ Thory), du moins transformé au Convent de Wilhelmsbad, où nous allons le retrouver (cf. La France Antimaçonnique, 27e année, n° 33, p. 387, note 1). ↑
- 25. Voir le Rituel publié par Jean Kostka (le F∴ Jules Doinel) dans Lucifer Démasqué (pp. 276-295). ↑
- 26. D’après notre auteur, « ces décisions expliquent les soupçons des historiens maçonniques qui conclurent des opérations du Convent de Lyon que le reniement du système templier avait été plus apparent que réel. Leurs soupçons sont d’autant mieux fondés que les Provinces françaises, et en particulier celle d’Auvergne, reçurent, comme par le passé, leurs instructions et leurs ordres de la Grande-Maîtrise de Brunswick » (pp. 76-77). – Cependant, le F∴ de Ribaucourt, dans son article déjà cité, dit que « la Stricte Observance n’exista plus en France à partir de 1778 », c’est-à-dire du Convent de Lyon (voir La France Antimaçonnique, 25e année, n° 40, p. 436). On peut ajouter qu’elle cessa de même d’exister en Allemagne, selon toute apparence, à partir du Convent de Wilhelmsbad (1782). ↑
- 27. Cette dernière demande est à rapprocher de ce que nous disions, au sujet des Juifs, dans notre précédent article sur La Stricte Observance et les Supérieurs Inconnus (La France Antimaçonnique, 27e année, n° 47, p, 564, et n° 49, p. 585) [article repris dans Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome 2]. ↑
- 28. Donc, en réalité, la question de l’origine de la Stricte Observance ne fut pas résolue, pas plus que celle de l’existence et des attributions des Supérieurs Inconnus ; on s’en tint prudemment à des mesures d’une portée pratique immédiate, et qui, quoi qu’on en ait dit, ne préjugeaient aucune solution définitive, mais supprimaient pour leurs adhérents toute possibilité de relations directes avec les Supérieurs Inconnus. ↑
- 29. Il semble bien qu’il s’agisse ici de l’Écossais de Saint-André, dont le nom, repris dans la suite, aurait alors disparu tout à fait pour être remplacé par celui de Chevalier de la Bienfaisance ; s’il en est ainsi, ce grade était différent, malgré la similitude des noms (et contrairement à ce que l’auteur a dit plus haut), du grade intérieur de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, le même précisément qui est désigné un peu plus loin comme le Chevalier Templier. ↑
- 30. Cet enseignement n’existait précédemment qu’au dernier degré de l’Ordre intérieur, comme nous l’avons vu plus haut. ↑
- 31. Remarquons que la désignation de Templier ne figure pas dans ce texte. ↑
- 32. L’auteur renvoie à Sindner, Widekind, Beyerlé, Paganucci, etc. – Dans une note (p. 119), il signale le fait suivant, que nous avons déjà mentionné d’après Thory : « Cette même année (1783), le Directoire Helvétique Romand fut dissous par les autorités de la République de Berne. » ↑
- 33. Voir La France Antimaçonnique, 27e année, n° 49, p. 586, note 4. ↑
- 34. L’auteur ajoute ici dans une note : « Nous n’avons pas été peu surpris de lire dans M. Papus : « C’est Willermoz qui seul, après la Révolution, continua l’œuvre de son initiateur (lisez Martinès) en amalgamant le Rite des Élus Cohens avec l’Illuminisme du baron de Hundt pour former le Rite Éclectique. » Phrase qui contient autant d’erreurs que de mots. » ↑
- 35. « Encore devons-nous dire que l’adaptation n’eut aucun effet pour l’un de ces Directoires, puisque l’Helvétique Romand venait d’être dissous. » – Cependant, il avait établi un comité chargé du maintien de ses relations extérieures ; en outre, les Loges de Lombardie agrégées à ce corps ne furent définitivement fermées qu’en 1793. ↑
- 36. Cependant, aucune raison n’est indiquée pour justifier cette assertion. – D’un autre coté, il serait intéressant de savoir quel Régime fut adopté par le Grand-Orient de Pologne et du Grand-Duché de Lithuanie, fondé le 27 février 1784 (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 161). ↑
- 37. Comme nous l’avons vu d’autre part, Thory assigne à ce fait la date de 1788 (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 181). – Rappelons que le Directoire de Lombardie transféra ses pouvoirs à la Grande Loge Écossaise de Chambéry, qui dut elle-même suspendre ses travaux en 1790 par ordre du gouvernement (ibid., p. 185). ↑
- 38. En 1790, « Saint-Martin, tout entier à ses études de mystique, avait résolu de se détacher définitivement du Régime Rectifié, dans lequel il ne figurait plus que par amitié pour Willermoz », et avait envoyé à celui-ci sa démission de l’Ordre Intérieur (pp. 156-159). ↑
- 39. « La Loge de la Bienveillance (ou de la Bienfaisance ?) fut réveillée le 24 septembre 1806. » ↑
- 40. D’après cela, le F∴ de Ribaucourt commettrait une erreur en disant, d’après Galiffe (Chaîne Symbolique), que les Directoires « prirent part, en 1804, au concordat qui réunit en un même faisceau tout les Rites pratiqués en France ». ↑
- 41. L’auteur ajoute ici en note : « Chose étrange, M. Papus, qui mentionne ce fait relaté dans une lettre de Willermoz au prince Charles de Hesse (Grand-Maître général du Régime Rectifié depuis 1792), l’attribue à l’Ordre des Élus Cohens en ajoutant que cela lui permet de suivre cet Ordre jusqu’en 1810. » – Willermoz décerna à la Loge du Centre des Amis, en échange de ses services, le titre de Préfecture. D’après le F∴ de Ribaucourt, cette Loge, qui aurait travaillé jusqu’en 1838, était « passée au Rite Rectifié » ; mais l’auteur de la Notice historique dit seulement qu’elle « continua jusqu’en 1829 à pratiquer ce Rite concurremment avec le Rite Français et le Rite Écossais Ancien et Accepté » (p. 175, en note). ↑
- 42. Cependant, ce Directoire prit part, comme les deux autres, au traité de 1811 ; il faut donc croire qu’il n’était pas encore tout à fait éteint. ↑
- 43. C’est celui-ci que Thory désigne comme « M. Burkart, ancien landamann et successeur du docteur Lavater » (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 193) ; mais c’est assurément à tort qu’il le qualifie de « Grand-Maître des Loges de la Suisse en 1793 » (ibid., Tome II, p. 297). ↑
- 44. Fondé à Lausanne le 15 octobre 1810 (Acta Latomorum, Tome Ier, p. 247), et dont la création avait été autorisée par le Grand-Orient de France. – Son Grand-Maître national était le « chevalier Maurice Glaise, littérateur, auteur de plusieurs écrits didactiques » (ibid., Tome II, p. 326). ↑
- 45. La Loge de l’Espérance devint ensuite Grande Loge Provinciale sous l’obédience de la Grande Loge d’Angleterre ; puis elle profita de la dissolution du Grand-Orient Helvétique Romand pour former, en 1822, la Grande Loge Nationale Suisse. ↑
- 46. Proclamé de nouveau en 1823 à Bâle et à Zurich, il était alors composé des membres des Loges Amitié et Constance et Modestia cum Libertate. ↑
- 47. « À la vérité, le Directoire de Brunswick disparut en juillet 1792, à la mort du duc. Le dernier Directoire de la Province de Russie disparut le 12 août 1822, à la suite de l’ukase de l’empereur Alexandre. » ↑
- 48. Il semble bien, pourtant, qu’il faille faire des réserves sur ce dernier point, le Grand-Prieuré Helvétique (ou mieux d’Helvétie) s’étant maintenu en activité jusqu’à nos jours (voir plus loin). ↑
- 49. C’est en 1844, en effet, que fut fondée la Grande Loge Suisse Alpina, qui eut pour premier Grand-Maître le F∴ J.-J. Hottinguer, précédemment Chancelier du Directoire Écossais. – Cependant, il est permit de se demander si, même à ce moment, il y eut bien fusion ou simplement union. ↑
- 50. Cette date est celle de la constitution du Suprême Conseil de Suisse ; le traité qui régit ses rapports avec la Grande Loge Suisse Alpina fut conclu en 1876. ↑
- 51. Dans l’article que nous avons déjà cité. ↑
- 52. Il serait intéressant de savoir à quel Régime il se rattachait primitivement ; mais nous ne croyons pas qu’on puisse trouver des preuves certaines de son activité ininterrompue en remontant au-delà de 1769. En tout cas, il est parfaitement admissible qu’il ait pu exister, même à cette époque, des Puissances Templières n’appartenant pas au Régime de la Stricte Observance. ↑
- 53. Le Régime Rectifié s’est donc maintenu, pour les grades symboliques, au sein même de l’Alpina, qui, comme le Grand-Orient de France, admet parfaitement la diversité des Rites pratiqués dans ses Loges. ↑
- 54. Par ce traité, les deux Puissances établirent ainsi l’équivalence de leurs grades respectifs : le 18e du G∴ O∴ (Rose-Croix) équivaut au 4e du G∴ P∴ (Écossais de Saint-André) ; le 30e du G∴ O∴ (Chevalier Kadosch) au 5e du G∴ P∴ (Écuyer Novice) ; le 33e du G∴ O∴ au 6e du G∴ P∴ (Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte). ↑
- 55. Signalons, à ce propos, que le F∴ de Ribaucourt est proche parent du F∴ Ferdinand Buisson. ↑
- 56. Ces Puissances, unies entre elles par un concordat, sont : le Grand-Prieuré d’Angleterre et de Galles, le Grand-Prieuré d’Irlande, le Grand-Prieuré d’Écosse, le Grand-Prieuré du Canada, et le Grand Campement des États-Unis. ↑
- 57. À cette réunion assistait le F∴ W. B. Melish, Grand-Maître du Grand Campement des États-Unis. ↑
- 58. The Freemason, nos des 29 avril et 3 juin 1911. – Le duc de Kent devint, en 1813, Grand-Maître de la Grande Loge d’Angleterre. ↑
- 59. The Freemason, n° du 6 janvier 1913. – Nous y voyons aussi que le F∴ Frédéric Amez-Droz, Grand-Croix du Grand-Prieuré d’Helvétie, assistait à la réunion du Grand-Prieuré d’Angleterre tenue en décembre 1911, et que l’Ordre de Malte lui fut conféré au cours de cette réunion. À ce moment, on pouvait espérer voir un jour ce même Ordre chrétien conféré à quelque membre éminent du Grand-Orient de France, Grand Directoire Écossais Rectifié et « allié » du Grand-Prieuré d’Helvétie ; mais, depuis lors, cette « alliance » a été rompue, comme on va le voir plus loin. ↑
- 60. C’est-à-dire, comme nous l’avons vu, entre 1794 et 1808 environ. ↑
- 61. Ajoutons ici qu’il s’est fondé récemment à Genval (Belgique) une Loge de Saint-Jean du Régime Écossais Rectifié, sous le titre distinctif de Pax et Concordia. Cette Loge a pour vénérable le F∴ G. Smets-Mondez ; la consécration de son Temple a eu lieu le 30 octobre 1913. Les travaux s’y feront « selon les règles suivies dans les Loges qui se réclament de la Maçonnerie régulière du Royaume-Uni ». ↑
- 62. Il est assez curieux de remarquer, bien qu’il puisse n’y avoir là qu’une simple coïncidence, que cette dénomination d’Amis de la Vérité n’est autre chose que la traduction du nom grec Philalèthes. Cependant, il est bon, pour ne rien exagérer, de dire qu’il ne s’agit ici, en réalité, ni d’un Régime, ni même d’une Loge (il y en a eu plusieurs de ce nom), mais bien d’un simple « groupement » maçonnico-profane. ↑
- 63. Ceci n’est peut-être pas tout à fait exact, car nous estimons que la notion de Dieu et la conception maçonnique du « Grand Architecte de l’Univers » sont deux choses qui peuvent être fort différentes en principe, même si elles ne le sont pas toujours en fait dans l’esprit de tous les Maçons. ↑
- 64. Les deux derniers termes de ce tertiaire sont ici intervertis par rapport à l’ordre observé habituellement. ↑
- 65. Cette appellation, au lieu de « Très Chers Frères », est particulière au Régime Rectifié. – On remarquera aussi, dans les abréviations, la suppression des trois points, qui ne sont pas usités non plus dans la Maçonnerie anglaise. ↑
- 66. Ou plutôt de l’union des deux Grandes Loges des Anciens et des Modernes, en 1813, pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre, sous la Grande-Maîtrise du duc de Sussex. ↑
- 67. Voir plus loin la traduction des documents dont il est ici question. ↑
- 68. Cette Loge, qui appartenait précédemment au Grand-Orient, est une des plus anciennes de France ; en effet, sa fondation, d’après l’annuaire officiel, remonterait au 27 avril 1732. ↑
- 69. À notre avis, un « Régime » est même quelque chose de plus qu’un « groupement » ; il faut dire aussi qu’il ne s’agit, à proprement parler, que d’une « reconstitution », quoique sous une « Obédience » nouvelle. ↑
- 70. Pour la raison que nous avons indiquée dans une note précédente, nous ne pouvons nous associer entièrement à cette conclusion ; quoi qu’il en soit, il serait intéressant, à ce point de vue, de suivre l’orientation « philosophique » de la nouvelle Obédience. ↑
- 71. Past Deputy Grand Director of Ceremonies. ↑
- 72. Past Grand Organist. ↑
- 73. Sur la question du V. S. L., voir l’article relatif à la Co-Maçonnerie (La France Antimaçonnique, 27e année, n° 46, pp. 551-552). – Ici, il est bien entendu qu’il s’agit exclusivement de la Bible (protestante). ↑
- 74. Ou 1791, suivant d’autres renseignements rapportés plus haut, au sujet du Grand-Prieuré d’Helvétie. ↑
- 75. Nous devons signaler la différence qui existe entre la formule anglaise, adoptée ici : « au nom du Grand Architecte de l’Univers », et l’ancienne formule française : « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » ; elle a peut-être, dans son ésotérisme, plus d’importance qu’on ne serait tenté de le croire au premier abord. ↑
- 76. Comme premier effet de l’établissement de relations fraternelles entre cette Obédience et la Grande Loge d’Angleterre, le F∴ de Ribaucourt, accompagné de plusieurs Grands Officiers et d’autres FF∴, a été reçu par les Loges anglo-françaises de Londres (La France et L’Entente Cordiale), à l’occasion de l’installation des officiers de la Loge La France, au Café Royal, le 19 janvier 1914. ↑
Глава IV Исправленный шотландский устав
(перевод на русский язык отсутствует)