Chapitre IV Le Dalaï-Lama1
Depuis quelque temps, des informations de source anglaise, donc évidemment intéressées, nous représentent le Thibet comme envahi par une armée chinoise, et le Dalaï-Lama fuyant devant cette invasion et s’apprêtant à demander secours au gouvernement des Indes pour rétablir son autorité menacée. Il est très compréhensible que les Anglais prétendent rattacher le Thibet à l’Inde, dont il est pourtant séparé par des obstacles naturels difficilement franchissables, et qu’ils cherchent un prétexte pour pénétrer dans l’Asie centrale, où personne ne pense à réclamer leur intervention. La vérité est que le Thibet est une province chinoise, que depuis des siècles il dépend administrativement de la Chine, et que par conséquent celle-ci n’a pas à le conquérir. Quant au Dalaï-Lama, il n’est pas et n’a jamais été un souverain temporel, et sa puissance spirituelle est hors de l’atteinte des envahisseurs, quels qu’ils soient, qui pourraient s’introduire dans la région thibétaine. Les nouvelles alarmantes que l’on s’efforce de répandre actuellement sont donc dénuées de tout fondement ; en réalité, il y a eu simplement quelques déprédations commises par une bande de pillards, mais, comme le fait est assez fréquent dans cette contrée, personne ne songe même à s’en inquiéter.
Nous profiterons de cette occasion pour répondre à certaines questions qui nous ont été posées au sujet du Dalaï-Lama ; mais, pour qu’on ne puisse pas nous accuser d’émettre des affirmations douteuses et ne reposant sur aucune autorité, nous nous bornerons à reproduire les principaux passages d’une Correspondance d’Extrême-Orient publiée dans La Voie (nos 8 et 9). Cette correspondance parut en 1904, au moment où une expédition anglaise, commandée par le colonel Younghusband, revenait de Lhassa avec un prétendu traité au bas duquel ne figurait aucune signature thibétaine. « Les Anglais rapportaient du Plateau thibétain un traité qui n’avait été signé que par leur chef seul, et qui n’était donc pour les Thibétains, ni un engagement, ni une obligation. L’intrusion anglaise à Lhassa ne pouvait avoir aucune influence sur le gouvernement thibétain, et moins encore sur la partie de la religion thibétaine qu’il faut considérer comme l’ancêtre de tous les dogmes, et moins encore sur le vivant symbole de la Tradition. »
Voici quelques détails sur le palais du Dalaï-Lama, où aucun étranger n’a jamais pénétré : « Ce palais n’est pas dans la ville de Lhassa, mais sur le sommet d’une colline isolée au milieu de la plaine, et située à environ un quart d’heure au nord de la ville. Il est comme entouré et enfermé dans un grand nombre de temples bâtis comme des dinh (pagodes confuciennes), où habitent les Lamas qui sont du service du Dalaï-Lama ; les pèlerins ne franchissent jamais l’entrée de ces dinh. L’espace qui est au centre de ces temples rangés en cercle les uns à côté des autres, est une grande cour presque toujours déserte, au milieu de laquelle se trouvent quatre temples, de formes différentes, mais rangés régulièrement en carré ; et au centre de ce carré est la demeure personnelle du Dalaï-Lama.
« Les quatre temples sont de grandes dimensions, mais pas très élevés, et sont bâtis à peu près sur le modèle des habitations des vices-rois ou des gouverneurs des grandes provinces de l’Empire Chinois ; ils sont occupés par les douze Lamas appelés Lamas-Namshans, qui forment le conseil circulaire du Dalaï-Lama. Les appartements intérieurs sont richement décorés, mais on n’y voit que les couleurs lamaïques, le jaune et le rouge ; ils sont partagés en plusieurs pièces dont les plus grandes sont les salles de prières. Mais, sauf de très rares exceptions, les douze Lamas-Namshans ne peuvent recevoir personne dans les appartements intérieurs ; leurs serviteurs mêmes demeurent dans les appartements dits extérieurs, parce que, de ces appartements, on ne peut apercevoir le palais central. Celui-ci occupe le milieu du second carré, et il est de tous côtés isolé des appartements des douze Lamas-Namshans ; il faut un appel spécial et personnel du Dalaï-Lama pour franchir ce dernier espace intérieur.
« Le palais du Dalaï-Lama ne se révèle aux yeux des habitants des appartements intérieurs que par un grand péristyle qui en fait tout le tour, comme dans tous les édifices du sud de l’Asie ; ce péristyle est soutenu par quatre rangs de colonnes, qui sont, du haut en bas, recouvertes d’or. Personne n’habite le rez-de-chaussée du palais, qui se compose seulement de vestibules, de salles de prières et d’escaliers gigantesques. Au devant du quadruple péristyle, le palais s’élève sur trois étages ; le premier étage est couleur de pierre, le second est rouge, le troisième est jaune. Par dessus le troisième étage, et en guise de toiture, s’élève une coupole tout à fait ronde et recouverte de lames d’or ; on voit ce dôme depuis Lhassa, et de très loin dans la vallée ; mais les temples intérieurs et extérieurs cachent la vue des étages. Seuls les douze Lamas-Namshans savent la distribution des étages du palais central, et ce qui s’y passe ; c’est à l’étage rouge, et au centre, que se tiennent les séances du conseil circulaire. L’ensemble de ces constructions est très grandiose et majestueux ; ceux qui ont l’autorisation d’y circuler sont tenus de garder le silence ». (Nguyèn V. Cang, Le Palais du Dalaï-Lama, n° 8, 15 novembre 1904).
Voici maintenant pour ce qui concerne le Dalaï-Lama lui-même : « Quant à la personne du Dalaï-Lama, que déjà l’on croyait voir (lors de l’intrusion anglaise) contrainte et polluée par des regards étrangers, il faut dire que cette crainte est naïve, et que, ni maintenant, ni plus tard, elle ne saurait être admise. La personne du Dalaï-Lama ne se manifeste qu’à l’étage rouge du grand palais sacré, quand les douze Lamas-Namshans y sont réunis dans de certaines conditions, et sur l’ordre même de celui qui les régit. Il suffirait de la présence d’un autre homme, quel qu’il soit, pour que le Dalaï-Lama ne parût point ; et il y a plus qu’une impossibilité matérielle à profaner sa présence ; il ne peut être là où sont ses ennemis ou seulement des étrangers. Le Pape de l’Orient, comme disent (fort improprement) les fidèles du Pape de l’Occident, n’est pas de ceux que l’on dépouille ou que l’on contraint, car il n’est sous le pouvoir ni sous le contrôle humain ; et il est toujours le même, aujourd’hui comme au jour assez lointain où il se révéla à ce Lama prophétique, que les Thibétains appellent Issa, et que les Chrétiens appellent Jésus ». (Nguyèn V. Cang, Le Dalaï-Lama, n° 9, 15 décembre 1904).
Ceci montre suffisamment que le Dalaï-Lama ne peut pas être en fuite, pas plus maintenant qu’au moment où ces lignes ont été écrites, et qu’il ne peut aucunement être question de le destituer ni de lui élire un successeur ; on voit également par là ce que valent les affirmations de certains voyageurs qui, ayant plus ou moins exploré le Thibet, prétendent avoir vu le Dalaï-Lama ; il n’y a pas lieu d’attribuer la moindre importance à de semblables récits. Nous n’ajouterons rien aux paroles que nous venons de citer, paroles qui émanent d’une source très autorisée ; on comprendra d’ailleurs que cette question n’est pas de celles qu’il convient de traiter publiquement sans réserves, mais nous avons pensé qu’il n’était ni inutile ni inopportun d’en dire ici quelques mots.
- 1. La Gnose, mars 1910, signé Tau Palingénius. [N.d.É.] ↑
Глава IV Далай-ламаА
(перевод на русский язык отсутствует; см. Далай-лама в работе «Журнал «Гнозис»»)
- А. См. также публикацию в «Журнале „Гнозис“»: «Далай-лама». [Прим. ред.] ↑