Janvier-février 1948
M. et A. Forlière. Qui fut Jeanne d’Arc ? (Éditions Spelt, Paris). – Les auteurs se sont proposé d’examiner, assez rapidement d’ailleurs, les nombreuses énigmes que présente la vie de Jeanne d’Arc, en les classant en deux catégories, celle des « énigmes historiques » et celle des « énigmes psychiques », Pour résoudre les premières, ils inclinent à admettre la thèse d’après laquelle Jeanne d’Arc aurait été issue de sang royal ; ils utilisent surtout à cet égard les récents ouvrages de M. Jean Jacoby, mais ils ne semblent pas avoir connaissance de certains travaux antérieurs concluant dans le même sens ; il est assez étonnant, en particulier, qu’ils ne mentionnent même pas le livre de Francis André (Mme Bessonnet-Favre), La Pucelle et les Sociétés secrètes de son temps, qui, malgré toutes les réserves qu’il appelle à certains points de vue, est sans doute un des plus curieux qui aient été écrits sur ce sujet, Quant aux « énigmes psychiques », ils veulent les expliquer par la « métapsychique moderne » ; nous ne savons s’ils sont spirites, mais, en tout cas, leur façon de voir revient à faire de Jeanne d’Arc un simple « médium » ; ils cherchent d’ailleurs à appliquer aussi la même interprétation aux faits « supranormaux » qui se rencontrent dans la vie d’autres personnages assez divers : Socrate, saint François d’Assise, sainte Catherine de Sienne, Râmakrishna ; en somme, c’est là encore un nouvel exemple de la fâcheuse confusion du psychique et du spirituel, qui est malheureusement si fréquente chez nos contemporains.
Dr A. Rattier. De l’utilité de la mort (Paul Derain, Lyon). – Cette brochure, qui porte comme sous-titre « essai de philosophie scientifique », est basée sur l’idée qu’« une interprétation logique des lois qui règlent le fonctionnement de l’énergie dans le monde peut nous fournir une explication claire du phénomène de la mort ». L’auteur y expose des considérations inspirées surtout de la physique et de la biologie modernes, pour aboutir à la conception d’une « évolution » s’effectuant par « l’alternance des périodes de vie et des périodes de mort ». Il s’agit donc en somme d’une conception « réincarnationniste », et, bien qu’il dise que « ce terme de réincarnation doit être entendu dans un sens plus large que son sens étymologique », nous ne voyons pas quelle différence cela fait que les « vies successives » aient lieu sur la terre seulement ou dans d’autres astres, puisque tout cela appartient au même monde corporel ; l’impossibilité métaphysique est la même dans tous les cas. Du reste, l’idée de l’« alternance » implique au fond la réduction de la réalité tout entière à deux mondes, celui-ci et l’« au-delà » ; que nous sommes loin, avec des théories de ce genre, de la vraie notion de la multiplicité indéfinie des états de l’être, et qu’il est donc difficile aux Occidentaux de sortir des cadres étroits auxquels leur éducation les a habitués !
Январь-февраль 1948 г.
(перевод на русский язык отсутствует)