Juin 1937
Graham Carey. The Majority Report on Art (John Stevens, Newport, Rhode Island). – Dans cette brochure, qui reproduit une conférence faite au Fogg Museum of Art de l’Université Harvard, l’auteur reprend et développe quelques-unes des idées que nous avons déjà trouvées dans Patron and Artist. L’art, suivant la vue normale ou traditionnelle, consiste à « bien faire les choses », et non pas une sorte particulière de choses, comme les modernes le supposent, mais toute chose qui vaut d’être faite. La beauté est une qualité positive des choses (tandis que la laideur n’a qu’une existence négative, celle d’une « privation » au sens aristotélicien), et elle n’est pas « transférable » d’un objet à un autre, ce qui explique qu’elle ne puisse être réalisée par la simple copie ou l’imitation extérieure et superficielle d’un objet : mais les choses peuvent être belles uniquement parce qu’elles sont bien faites et adaptées à leur usage, même si l’artiste n’a eu aucune intention de produire la beauté ou de provoquer le « plaisir esthétique ». Pour connaître la nature interne d’une chose, et par suite le genre de perfection dont elle est susceptible, il faut l’étudier au point de vue de ses causes et des relations de celles-ci entre elles ; l’auteur expose donc ici la théorie des quatre causes finale, matérielle, efficiente et formelle, qui correspondent respectivement aux quatre éléments essentiels de la production de toute œuvre d’art : le but, la matière, les outils, et l’idée ou l’image mentale. La perfection d’un objet dépend de l’harmonie de ces différents éléments ; dès lors que cette harmonie est réalisée, la beauté en résulte nécessairement, et on est en présence d’une véritable œuvre d’art, au sens le plus légitime de ce mot.
Pierre Ayet. Notes sur le Mal (« Les Cahiers du Sud », Marseille). – Ce petit volume débute par quelques considérations qui pourraient donner à penser que l’auteur a tout au moins entrevu certains facteurs de la déviation moderne ; mais ensuite, au lieu de les préciser, il s’en prend à des « abstractions » (au sens courant de ce mot) telles que la « raison pure » et l’« esprit de la nature », ce qui ne saurait évidemment amener à des conclusions bien nettes ni bien « positives ». On ne voit pas très bien ce qu’est le « monde parfait » tel qu’il le conçoit, ni où il peut se situer, non plus d’ailleurs que la « chute » ; il manque, pour éclairer tout cela, une connaissance des « lois cycliques » à laquelle la spéculation philosophique ne supplée en aucune façon. Sur des points plus particuliers, bien des choses appelleraient des rectifications : l’affirmation d’une sorte de « pluralisme » radical, avec l’idée très occidentale que le passage de la multiplicité à l’unité constituerait une « perte » ; la confusion de l’intellect avec la raison, et les étonnantes affirmations qu’« il n’y a pas de connaissance intuitive » et que « toute intuition exige vérification », qui montrent qu’en réalité ce dont il s’agit n’est pas du tout l’intuition ; passons sur quelques interprétations de symboles vraiment trop « personnelles », comme celle qui fait de la croix le « symbole de l’absolu », et aussi sur certaines invectives contre le « dogmatisme sacerdotal »… Il y a pourtant aussi, à travers tout cela, des remarques curieuses et intéressantes, par exemple sur le rythme, sur la maladie, sur le « parasitisme » ; mais, d’une façon générale, pourquoi ne pas s’appliquer à exprimer ce qu’on pense sous une forme moins vague et moins nébuleuse ?
Июнь 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)