Avril 1937
Dr de Fontbrune. Les Prophéties de Nostradamus dévoilées : Lettre à Henri II (Éditions Adyar, Paris). – Encore un abus de langage trop fréquent à notre époque : des « prédictions » quelconques, quelle qu’en puisse être la valeur, ne sont point des « prophéties », car elles ne sauraient aucunement s’assimiler aux Écritures sacrées et traditionnelles : il y a là pour le moins une étrange inconvenance, dont nos contemporains semblent inconscients, quoiqu’ils la poussent parfois fort loin. Ainsi, nous avons vu récemment un astrologue dédier un livre à Nostradamus, « le plus grand des prophètes que le monde ait connus » ; nous voulons croire que la portée des mots qu’il emploie lui échappe, car autrement ce serait plus grave encore ; et ce qui donne à la chose une certaine saveur ironique, c’est que Nostradamus témoignait le plus complet mépris aux astrologues de son temps : « Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto » ; que dirait-il de ceux d’aujourd’hui, encore bien plus profanes et dégénérés ? C’est aussi de Nostradamus, précisément, qu’il s’agit dans l’ouvrage dont nous avons à parler ici : l’auteur pense avoir trouvé dans son Épître à Henri II l’indication de la suite des événements qui doivent se produire à l’approche de la « fin des temps », et qui, d’après son interprétation, se dérouleraient au cours même du présent siècle. Malheureusement, nous nous souvenons que M. Pierre Piobb, de son côté, a vu chez le même Nostradamus la prédiction d’événements se rapportant à un avenir beaucoup plus lointain, comme, par exemple, la destruction de Paris au XXXIVe siècle ; les interprètes ne manquent pas, mais ils feraient bien de se mettre un peu d’accord entre eux ! Il faut d’ailleurs reconnaître que les textes sont réellement fort obscurs, et d’une obscurité manifestement voulue, non seulement quant à la chronologie, mais aussi quant au langage même ; et, pour celui que reproduit et qu’étudie le Dr de Fontbrune, nous devons dire que l’exactitude de sa traduction est assez souvent contestable. Il s’y trouve même de curieuses méprises linguistiques et autres : ainsi, pour prendre quelques exemples, les « avîtes » sont les aïeux et non les augures (p. 35) ; « ligne » vient de linea et n’a aucun lien étymologique avec limen (p. 47) ; un « myrmidon » est tout à fait autre chose qu’un « mirmilion » (p. 49) ; « Gog et Magog », bizarrement transformés en « Gog, roi de Magog » n’ont rien de commun avec la race jaune (p. 51), pour la bonne raison qu’ils ne sont pas un peuple existant actuellement à la surface de la terre ; la « cité d’Achem » a bien des chances d’être une ville sainte autre que Jérusalem (pp. 62 et 65), etc. Ajoutons seulement encore, dans cet ordre d’idées, que le « trépied d’airain » dont parle Nostradamus doit avoir un rapport avec quelques opérations magiques, mais n’a certainement rien à voir avec les pratiques spirites (p. 35) ; et, disons-le à ce propos, il n’est pas douteux que Nostradamus ait eu une connaissance très réelle de certaines sciences traditionnelles, bien que, apparemment, celles-ci ne fussent pas d’un ordre très élevé ; ce point pourrait d’ailleurs être précisé par divers rapprochements sur lesquels nous reviendrons peut-être en quelque autre occasion. Pour le moment, nous devons nous borner au contenu du livre du Dr de Fontbrune : celui-ci cherche à confirmer son interprétation concernant la prochaine « fin des temps » par une concordance avec d’autres prédictions ; en dehors de quelques allusions inévitables à celles de la « Grande Pyramide », sur lesquelles nous nous sommes déjà expliqué récemment, il se réfère surtout à la « prophétie » dite de saint Malachie, dont l’authenticité est à vrai dire bien douteuse. Toutes les choses de ce genre, d’ailleurs, doivent être considérées en principe comme très suspectes : si leur source même l’est trop souvent, l’usage qui en est fait et les interprétations qui s’y ajoutent le sont encore davantage ; en présence de la façon peu rassurante dont elles sont répandues de tous côtés aujourd’hui, on ne saurait trop mettre en garde ceux qui sont tentés d’y avoir une confiance excessive ou de s’en laisser impressionner outre mesure. Même s’il se trouve parfois quelques fragments de vérité dans tout cela, la perspective spéciale des « voyants » n’a pas manqué de leur faire subir de notables déformations ; par surcroît, la plupart de ces prédictions sont si confuses et si vagues qu’on peut y découvrir à peu près tout ce qu’on veut… comme on le découvre aussi dans Nostradamus, dont l’œuvre a pourtant un caractère « scientifique » que les autres sont bien loin d’avoir, mais n’en est certes pas pour cela plus facile à comprendre !
Апрель 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)