Chapitre VIII Influence de la civilisation islamique en Occident en Occident
La plupart des Européens n’ont pas exactement évalué l’importance de l’apport qu’ils ont reçu de la civilisation islamique, ni compris la nature de leurs emprunts à cette civilisation dans le passé et certains vont jusqu’à totalement méconnaître tout ce qui s’y rapporte. Cela vient de ce que l’histoire telle qu’elle leur est enseignée travestit les faits et paraît avoir été altérée volontairement sur beaucoup de points. C’est avec outrance que cet enseignement affiche le peu de considération que lui inspire la civilisation islamique, et il a l’habitude d’en rabaisser le mérite chaque fois que l’occasion s’en présente. Il importe de remarquer que l’enseignement historique dans les Universités d’Europe ne montre pas l’influence dont il s’agit. Au contraire, les vérités qui devraient être dites à ce sujet, qu’il s’agisse de professer ou d’écrire, sont systématiquement écartées, surtout pour les évènements les plus importants.
Par exemple, s’il est généralement connu que l’Espagne est restée sous la loi islamique pendant plusieurs siècles, on ne dit jamais qu’il en fut de même d’autres pays, tels que la Sicile et la partie méridionale de la France actuelle. Certains veulent attribuer ce silence des historiens à quelques préjugés religieux. Mais que dire des historiens actuels dont la plupart sont sans religion, sinon adversaires de toute religion, quand ils viennent confirmer ce que leurs devanciers ont dit de contraire à la vérité ?
Il faut donc voir là une conséquence de l’orgueil et de la présomption des Occidentaux, travers qui les empêchent de reconnaître la vérité et l’importance de leurs dettes envers l’Orient.
Le plus étrange en cette occurrence c’est de voir les Européens se considérer comme les héritiers directs de la civilisation hellénistique, alors que la vérité des faits infirme cette prétention. La réalité tirée de l’histoire même établit péremptoirement que la science et la philosophie grecques ont été transmises aux Européens par des intermédiaires musulmans. En d’autres termes, le patrimoine intellectuel des Hellènes n’est parvenu à l’Occident qu’après avoir été sérieusement étudié par le Proche-Orient et n’étaient les savants de l’Islam et ses philosophes, les Européens seraient restés dans l’ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant est qu’ils soient jamais parvenus à les connaître.
Il convient de faire remarquer que nous parlons ici de l’influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe comme on le dit quelquefois à tort. Car la plupart de ceux qui ont exercé cette influence en Occident n’étaient pas de race arabe et si leur langue était l’arabe, c’était seulement une conséquence de leur adoption de la religion islamique.
Puisque nous sommes amenés à parler de la langue arabe nous pouvons voir une preuve certaine de l’extension de cette même influence en Occident dans l’existence de termes d’origine et de racine arabes beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit généralement, incorporés dans presque toutes les langues européennes et dont l’emploi s’est continué jusqu’à nous, encore que beaucoup parmi les Européens qui s’en servent ignorent totalement leur véritable origine. Comme les mots ne sont autre chose que le véhicule des idées et le moyen d’extériorisation de la pensée, on conçoit qu’il soit extrêmement facile de déduire de ces faits la transmission des idées et des conceptions islamiques elles-mêmes.
En fait, l’influence de la civilisation islamique s’est étendue dans une très large mesure et d’une manière sensible à tous les domaines, science, arts, philosophie, etc. L’Espagne était alors un milieu très important à cet égard et le principal centre de diffusion de cette civilisation. Notre intention n’est pas de traiter en détail chacun des aspects ni de définir l’aire d’extension de la civilisation islamique, mais seulement d’indiquer certains faits que nous considérons comme particulièrement importants, bien que peu nombreux soient à notre époque ceux qui reconnaissent cette importance.
En ce qui concerne les sciences, nous pouvons faire une distinction entre les sciences naturelles et les sciences mathématiques. Pour les premières, nous savons avec certitude que certaines d’entre elles ont été transmises par la civilisation islamique à l’Europe qui les lui emprunta d’une façon complète. La chimie, par exemple, a toujours gardé son nom arabe, nom dont l’origine remonte d’ailleurs à l’Égypte ancienne, et cela bien que le sens premier et profond de cette science soit devenu tout à fait inconnu des modernes et comme perdu pour eux.Pour prendre un autre exemple, celui de l’astronomie, les mots techniques qui y sont employés dans toutes les langues européennes sont encore pour la plupart d’origine arabe, et les noms de beaucoup des corps célestes n’ont pas cessé d’être les noms arabes employés tels quels par les astronomes de tous les pays. Ceci est dû au fait que les travaux des astronomes grecs de l’antiquité, tels que Ptolémée d’Alexandrie, avaient été connus par des traductions arabes en même temps que ceux de leurs continuateurs musulmans. Il serait d’ailleurs facile de montrer en général que la plupart des connaissances géographiques concernant les contrées les plus éloignées d’Asie ou d’Afrique ont été acquises pendant longtemps par des explorateurs arabes qui ont visité de très nombreuses régions et on pourrait citer beaucoup d’autres faits de ce genre.
Pour ce qui a trait aux inventions qui ne sont que des applications des sciences naturelles, elles ont également suivi la même voie de transmission, c’est-à-dire l’entremise musulmane, et l’histoire de l’« horloge à eau » offerte par le Khalife Haroun-el-Rachid à l’empereur Charlemagne, n’a pas encore disparu des mémoires.
En ce qui concerne les sciences mathématiques, il convient de leur accorder une attention particulière sous ce rapport. Dans ce vaste domaine, ce n’est pas seulement la science grecque qui a été transmise à l’Occident par l’intermédiaire de la civilisation islamique, mais aussi la science hindoue. Les Grecs avaient aussi développé la géométrie, et même la science des nombres, pour eux, était toujours rattachée à la considération de figures géométriques correspondantes. Cette prédominance donnée à la géométrie apparaît clairement, par exemple dans Platon. Il existe cependant une autre partie des mathématiques appartenant à la science des nombres qui n’est pas connue, comme les autres sous une dénomination grecque dans les langues européennes, pour la raison que les anciens grecs l’ont ignorés. Cette science est l’algèbre, dont la source première a été l’Inde et dont l’appellation arabe montre assez comment elle a été transmise à l’Occident.
Un autre fait qu’il est bon de signaler ici malgré sa moindre importance, vient encore corroborer ce que nous avons dit, c’est que les chiffres employés par les Européens sont partout connus comme des chiffres arabes, quoique leur origine première soit en réalité hindoue, car les signes de numération employés originairement par les Arabes n’étaient autres que les lettres de l’alphabet elles-mêmes.
Si maintenant nous quittons l’examen des sciences pour celui des arts, nous remarquons que, en ce qui concerne la littérature et la poésie, bien des idées provenant des écrivains et des poètes musulmans, ont été utilisées dans la littérature européenne et que même certains écrivains occidentaux sont allés jusqu’à l’imitation pure et simple de leurs œuvres. De même, on peut relever des traces de l’influence islamique en architecture, et cela d’une façon toute particulière au Moyen Âge ; ainsi, la croisée d’ogive dont le caractère s’est affirmée à ce point qu’elle a donné son nom à un style architectural, a incontestablement son origine dans l’architecture islamique, bien que de nombreuses théories fantaisistes aient été inventées pour dissimuler cette vérité. Ces théories sont contredites par l’existence d’une tradition chez les constructeurs eux-mêmes affirmant constamment la transmission de leurs connaissances à partir du Proche-Orient.
Ces connaissances revêtaient un caractère secret et donnaient à leur art un sens symbolique ; elles avaient des relations très étroites avec la science des nombres et leur origine première a toujours été rapportée à ceux qui bâtirent le Temple de Salomon.
Quoi qu’il en soit de l’origine lointaine de cette science, il n’est pas possible qu’elle ait été transmise à l’Europe du Moyen Âge par un intermédiaire autre que celui du monde musulman. Il convient de dire à cet égard que ces constructeurs constitués en corporations qui possédaient des rites spéciaux, se considéraient et se désignaient comme étrangers en Occident, fût-ce dans leur pays natal, et que cette dénomination a subsisté jusqu’à nos jours, bien que ces choses soient devenues obscures et ne soient plus connues que par un nombre infime de gens.
Dans ce rapide exposé, il faut mentionner spécialement un autre domaine, celui de la philosophie, où l’influence islamique atteignit au Moyen Âge une importance si considérable qu’aucun des plus acharnés adversaires de l’Orient ne saurait en méconnaître la force. On peut dire véritablement que l’Europe, à ce moment, ne disposait d’aucun autre moyen pour arriver à la connaissance de la philosophie grecque. Les traductions latines de Platon et d’Aristote, qui étaient utilisées alors, n’avaient pas été faites directement sur les originaux grecs, mais bien sur des traductions arabes antérieures, auxquelles étaient joints des commentaires des philosophes musulmans contemporains, tels qu’Averroès, Avicenne, etc.
La philosophie d’alors, connue sous le nom de scolastique, est généralement distinguée en musulmane, juive et chrétienne. Mais c’est la musulmane qui est à la source des deux autres et plus particulièrement de la philosophie juive, qui a fleuri en Espagne et dont le véhicule était la langue arabe, comme on peut le constater par des œuvres aussi importante que celles de Moussa-ibn-Maimoun qui a inspiré la philosophie juive postérieure de plusieurs siècles jusqu’à celle de Spinoza, où certaines de ses idées sont encore très reconnaissables.
Mais il n’est pas nécessaire de continuer l’énumération de faits que tous ceux qui ont quelque notion de l’histoire de la pensée connaissent. Il est préférable d’étudier pour terminer d’autres faits d’un ordre tout différent, totalement ignorés de la plupart des modernes qui, particulièrement en Europe, n’en ont pas même la plus légère idée ; alors qu’à notre point de vue ces choses présentent un intérêt beaucoup plus considérable que toutes les connaissances extérieures de la science et de la philosophie. Nous voulons parler de l’ésotérisme avec tout ce qui s’y rattache et en découle en fait de connaissance dérivée, constituant des sciences totalement différentes de celles qui sont connues des modernes.
En réalité, l’Europe n’a de nos jours rien qui puisse rappeler ces sciences, bien plus, l’Occident ignore tout des connaissances véritables telles que l’ésotérisme et ses analogues, alors qu’au Moyen Âge il en était tout autrement ; et, en ce domaine aussi, l’influence islamique à cette époque apparaît de la façon la plus lumineuse et la plus évidente. Il est d’ailleurs très facile d’en relever les traces dans des œuvres aux sens multiples et dont le but réel était tout autre que littéraire.
Certains Européens ont eux-mêmes commencé à découvrir quelque chose de ce genre notamment par l’étude qu’ils ont faites des poèmes de Dante, mais sans arriver toutefois à la compréhension parfaite de leur véritable nature. Il y a quelques années, un orientaliste espagnol, Don Miguel Asin Palacios, a écrit un ouvrage sur les influences musulmanes dans l’œuvre de Dante et a démontré que bien des symboles et des expressions employées par le poète, l’avaient été avant lui par des ésotéristes musulmans et en particulier par Sidi Mohyiddin-ibn-Arabi. Malheureusement, les remarques de cet érudit n’ont pas montré l’importance des symboles mis en œuvre. Un écrivain italien, mort récemment, Luigi Valli, a étudié un peu plus profondément l’œuvre de Dante et a conclu qu’il n’a pas été seul à employer les procédés symboliques utilisés dans la poésie ésotérique persane et arabe ; au pays de Dante et parmi ses contemporains, tous ces poètes étaient membres d’une organisation à caractère secret appelée « Fidèles d’Amour » dont Dante lui-même était l’un des chefs. Mais lorsque Luigi Valli a essayé de pénétrer le sens de leur « langage secret », il lui a été impossible à lui aussi de reconnaître le véritable caractère de cette organisation ou des autres de même nature constituées en Europe au Moyen Âge. La vérité est que certaines personnalités inconnues se trouvaient derrière ces associations et les inspiraient ; elles étaient connues sous différents noms, dont le plus important était celui de « Frères de la Rose-Croix ». Ceux-ci ne possédaient point d’ailleurs de règles écrites et ne constituaient point une société, ils n’avaient point non plus de réunions déterminées, et tout ce qu’on peut en dire est qu’ils avaient atteint un certain état spirituel qui nous autorise à les appeler « soufis » européens, ou tout au moins mutaçawwufîn parvenus à un haut degré dans cette hiérarchie. On dit aussi que ces « Frères de la Rose-Croix » qui se servaient comme « couverture » de ces corporations de constructeurs dont nous avons parlé, enseignaient l’alchimie et d’autres sciences identiques à celles qui étaient alors en pleine floraison dans le monde de l’Islam. A la vérité, ils formaient un anneau de la chaîne qui reliait l’Orient à l’Occident et établissaient un contact permanent avec les soufis musulmans, contact symbolisé par les voyages attribués à leur fondateur légendaire.
Mais tous ces faits ne sont pas venus à la connaissance de l’histoire ordinaire qui ne pousse pas ses investigations plus loin que l’apparence des faits, alors que c’est là, peut-on dire, que se trouve la véritable clé qui permettrait la solution de tant d’énigmes qui autrement resteraient toujours obscures et indéchiffrables.
Глава VIII Влияние исламской цивилизации на Запад
Большинство европейцев не оценили важность вклада, который они получили от исламской цивилизации, не поняли природы своих заимствований у этой цивилизации в прошлом, и некоторые доходят до тотального непризнания всего того, что с этим связано. Подобное положение дел объясняется тем, что в исторических дисциплинах, в том виде, в каком они преподаются, принято не только произвольно истолковывать факты, но и намеренно искажать их. Эта система образования кичится своим пренебрежительным отношением к исламской цивилизации и старается при каждом удобном случае умалить её заслуги. Курсы истории, читаемые в европейских университетах, ни в коей мере не отражают влияния, о котором идёт речь. Напротив, истины, которые должны быть озвучены в этой связи, когда речь идёт о преподавании или о письме, систематически отодвигаются, в особенности, относящиеся к наиболее важным событиям.
Например, если в основном известно, что Испания оставалась под исламским законодательством в течение многих веков, но никогда не говорится, что это же было и во многих других странах, таких как Сицилия и средиземноморская часть современной Франции. Некоторые предпочитают приписать это молчание историков определённым религиозным предубеждениям. Но что говорить о современных историках, большинство которых существуют вне религии (если не являются её противниками), когда они доходят до утверждения, что их предшественники утверждали противоположное истине?
Причины всего этого следует искать в гордыне и самомнении европейцев, мешающих им осознать всю важность вклада, полученного с Востока.
Самое странное в этом случае это видеть европейцев, считающих себя прямыми наследниками эллинской цивилизации, тогда как истина фактов опровергает эту претензию. Реальность, извлекаемая из самой истории, решительно доказывает, что греческие наука и философия были переданы европейцам через мусульманских посредников. Иными словами, интеллектуальное достояние эллинов достигло Запада, будучи предварительно серьёзно изучено Ближним Востоком, и если бы не ученые ислама и его философы, европейцы ещё долго пребывали бы в полном незнании этого наследия, а может быть так никогда и не познакомились бы с ним.
Следует заметить, что мы здесь говорим о влиянии исламской цивилизации в целом, а не только арабской, как иногда неправильно говорят. Поскольку большинство из тех, кто осуществлял это влияние на Западе, вовсе не принадлежали к арабской расе, и если они и употребляли арабский язык, то это было только следствием принятия исламской религии.
Поскольку мы упомянули об арабском языке, приведем ещё одно доказательство распространения мусульманского влияния на Западе: оно заключается в куда более широком, чем принято считать, заимствовании арабских терминов и корней, которые вошли почти во все европейские языки и используются вплоть до теперешнего дня, хотя большинство европейцев и не подозревают об их истинном происхождении. А так как слова есть не что иное, как транспорт для идей и средство выражения мысли, нетрудно понять, что этот факт свидетельствует о передаче самих исламских идей и понятий.
Обширное влияние исламской цивилизации явственно ощущалось во всех областях жизни, в науке, в искусствах, философии и т. д. Испания тогда была очень важным местом в этом отношении и главным центром распространения этой цивилизации. Мы не намереваемся здесь трактовать в деталях каждый из этих аспектов или определять пространство распространения исламской цивилизации, но только указать на некоторые факты, которые мы рассматриваем как особенно важные, хотя в наше время немногие признают их важность.
Возьмем проблему наук – как естественных, так и математических. Можно с уверенностью сказать, что некоторые из естественных отраслей знания были в полном объеме заимствованы Европой у исламской цивилизации. Химия, например, до сих пор сохранила своё арабское наименование, восходящее, как известно, к древнему Египту, несмотря на то, что первоначальный и углубленный смысл этой науки стал совершенно недоступен нашим современникам и, можно сказать, навсегда утрачен для них. Возьмем другой пример, из астрономии, технические слова, которые там используются во всех европейских современных языках тоже бы ли в своем большинстве арабского происхождения; имена многих небесных тел не перестают быть арабскими именами, используемыми как таковые астрономами все стран. Причина этого в том, что работы греческих астрономов античности, таких как Птолемей Александрийский, стали известны через арабские переводы, а также через работы их мусульманских продолжателей. Легко было бы показать в целом, что большинство географических познаний, относящихся к наиболее удаленным странам Азии или Африки, приносились в течении длительного времени арабскими путешественниками, посетившими весьма многочисленные районы, и можно привести ещё много фактов такого рода.
Относительно многих изобретений, являющихся всего-навсего прикладной стороной естественных наук, можно сказать, что и они попадали в Европу через мусульманских посредников; достаточно вспомнить хотя бы о знаменитых водяных часах, подаренных Карлу Великому халифом Харуном эль-Рашидом.
Что же касается математических наук, то надо уделить им особенное внимание в этом отношении. В этой обширной области есть не только греческая наука, переданная на Запад через посредство исламской цивилизации, но также и индийская наука. Греки развили геометрию, и даже наука чисел была для них всегда привязана к рассмотрению соответствующих геометрических фигур. Это доминирование, придаваемое геометрии, ясно обнаруживается, например, у Платона. Тем не менее, существует и другая часть математики, принадлежащая к науке чисел, которая под греческим наименованием в европейских языках не известна, по той причине, что древние греки её не знали. Эта наука есть алгебра, первый источник которой был в Индии и арабское название которой достаточно хорошо показывает, как она была передана на Запад.
Ещё один факт, который, несмотря на его меньшее значение, будет уместно здесь привести, послужит лишним подтверждением всего вышесказанного: употребляемые европейцами цифры повсюду известны под именем арабских, на самом же деле они индийского происхождения, поскольку знаки нумерации, использовавшиеся арабами, были не чем иным, как буквами их алфавита.
Если теперь мы отвлечемся от изучения наук ради искусств, мы заметим, что в том, что касается литературы и поэзии, многие идеи, исходящие от мусульманских писателей и поэтов, были использованы в европейской литературе, и что некоторые западные писатели дошли до простого подражания их работам. Можно также открыть следы исламского влияния в архитектуре и совсем особым образом в средние века; так, стрельчатый или готический свод, характер которого в этом пункте подтверждается тем, что он дал своё имя архитектурному стилю, несомненно, имеет своё происхождение в исламской архитектуре, хотя было изобретено много фантастических теорий, чтобы скрыть эту истину. Эти теории противоречат наличию традиции у самих строителей, постоянно подтверждающих передачу их познаний с Ближнего Востока.
Эти знания, носившие тайный характер, облекали их искусство символическим смыслом; они были тесно связаны с наукой чисел и неизменно возводились к тем зодчим, которые строили храм царя Соломона.
Каково бы, впрочем, ни было происхождение этих знаний, они не могли попасть в Европу иначе, чем через посредство мусульманского мира. По этому поводу уместно заметить, что члены зодческих корпораций, придерживавшихся специальных обрядов, ощущали и именовали себя «чужаками» [étrangers], даже находясь в своей родной стране, и это само их название сохранилось до наших дней, хотя происхождение его покрыто мраком и понятно лишь узкому кругу людей.
В этой краткой статье надо ещё специально упомянуть о другой области, о философии, где исламское влияние в средние века достигло столь большого значения, силу которого не может отрицать никто из самых свирепых противников Востока. Поистине можно сказать, что Европа в это время не располагала никаким иным средством, чтобы достичь знания греческой философии. Латинские переводы Платона и Аристотеля, которые использовались тогда, не были сделаны непосредственно с греческих оригиналов, а как раз с арабских предшествующих переводов, к которым были присоединены комментарии мусульманских философов того времени, таких как Аверроэс, Авиценна и др.
Философия тогда, известная под именем схоластики, заметно присутствует у мусульман, евреев и христиан. Но именно мусульманство стоит у истока двух других направлений, и, в частности, еврейской философии, расцветшей в Испании, и средством передачи для неё был арабский язык, как можно в этом убедиться в таких значительных работах, как труды Муссы ибн-Маймуна, который вдохновил последующую еврейскую философию вплоть до философии Спинозы, где некоторые его идеи весьма различимы.
Нет необходимости продолжать перечислять факты, известные всем, кто имеет какое-то понятие об истории мысли. Чтобы закончить, предпочтительно изучить те факты, совершенно иного порядка, полностью игнорируемые большинством наших современников, которые не имеют о них ни малейшей идеи, особенно в Европе; тогда как с нашей точки зрения эти вещи представляют гораздо больший интерес, чем всевозможные внешние познания науки и философии. Мы намереваемся сказать об эзотеризме со всем тем, что с этим связано и фактически вытекает из производного отсюда познания, конституирующего науки, совершенно отличные от тех наук, которые известны современным людям.
В действительности, в Европе нашего времени нет ничего, что может напоминать эти науки, более того, Запад игнорирует любые истинные знания, такие как эзотеризм и его аналоги, тогда как в средние века все было совершенно иначе. В этой области также исламское влияние проявилось самым ясным и очевидным образом. Впрочем, весьма легко обнаружить его следы в трудах очень разных направлений, реальная цель которых была совсем иной, нежели литературная.
Некоторые из европейских исследователей, занимающиеся, в частности, изучением Данте, начинают догадываться о подлинной природе его творчества, не поднимаясь, однако, до полного его осмысления. Несколько лет тому назад испанский ориенталист Дон Мигель Азин Паласиос написал работу о мусульманском влиянии на произведение Данте и показал, что многие символы и выражения, используемые поэтом, употреблялись до него мусульманскими эзотериками, в частности Сиди Мухйиддином Ибн Араби. К несчастью, замечания этого ученого не показывают важного значения упоминаемых символов. Недавно умерший итальянский писатель, Луиджи Вали, немного глубже изучал произведение Данте и сделал вывод, что не он один использовал символические приемы, употреблявшиеся в эзотерической персидской и арабской поэзии. В стране Данте и среди его современников, все эти поэты были членами некой тайной организации, называемой Fideli d’Amore, в которой сам Данте был одним из руководителей. Но когда Луиджи Вали попытался проникнуть в смысл «тайного языка», то он также не смог постичь истинного характера этой организации или других организаций той же природы, созданных в средневековой Европе. Истина состоит в том, что некоторые неизвестные личности стояли за этими объединениями и вдохновляли их. Они были известны под разными названиями, из которых самым важным было «братья Розы и Креста». Однако они вовсе не имели писанных правил и не создавали общества; тем более они не имели определённых собраний, и все, что о них можно сказать, это то, что они достигли определённого духовного уровня, который позволяет нам назвать их европейскими «суфиями» или, по крайней мере, mutaṣawwuf, достигшими высокой ступени в этой иерархии. Говорят также, что эти «братья Розы и Креста» служили как бы «прикрытием» корпораций строителей, о которых мы говорили, изучавших алхимию и другие науки, тождественные тем, которые тогда находились в полном расцвете в мире ислама. На самом деле они образовывали кольцо той цепи, которая связывала Восток и Запад, и устанавливали постоянный контакт с мусульманскими суфиями, символизированный путешествиями, приписываемыми их легендарным основателям.
Но подобные факты находятся вне поля зрения теперешней исторической науки, чьи исследования ограничиваются внешней стороной вещей, тогда как именно эти факты могли бы послужить ключом к разрешению стольких загадок, остающихся до сих пор таинственными и неразрешенными.