Quatrième partie
La Tradition hermétique
Sous ce titre : La Tradizione Ermetica nei suoi Simboli, nella sua Dottrina e nella sua « Ars Regia », M. J. Evola vient de publier un ouvrage intéressant à bien des égards, mais qui montre une fois de plus, s’il en était besoin, l’opportunité de ce que nous avons écrit récemment sur les rapports de l’initiation sacerdotale et de l’initiation royale. Nous y retrouvons en effet cette affirmation de l’indépendance de la seconde, à laquelle l’auteur veut précisément rattacher l’hermétisme, et cette idée de deux types traditionnels distincts, voire même irréductibles, l’un contemplatif et l’autre actif, qui seraient, d’une façon générale, respectivement caractéristique de l’Orient et de l’Occident. Aussi devons-nous faire certaines réserves sur l’interprétation qui est donnée du symbolisme hermétique, dans la mesure où elle est influencée par une telle conception, quoique, par ailleurs, elle montre bien que la véritable alchimie est d’ordre spirituel et non matériel, ce qui est l’exacte vérité et une vérité trop souvent méconnue ou ignorée des modernes qui ont la prétention de traiter ces questions.
Nous profiterons de cette occasion pour préciser encore quelques notions importantes, et tout d’abord la signification qu’il convient d’attribuer au mot « hermétisme » lui-même, que certains de nos contemporains nous paraissent employer quelque peu à tort et à travers. Ce mot indique qu’il s’agit essentiellement d’une tradition d’origine égyptienne, revêtue par la suite d’une forme hellénisée, sans doute à l’époque alexandrine, et transmise sous cette forme, au moyen âge, à la fois au monde islamique et au monde chrétien, et, ajouterons-nous, au second en grande partie par l’intermédiaire du premier, comme le prouvent les nombreux termes arabes ou arabisés adoptés par les hermétistes européens, à commencer par le mot même d’« alchimie » (el-Kimia). Il serait donc tout à fait illégitime d’étendre cette désignation à d’autres formes traditionnelles, tout autant qu’il le serait par exemple, d’appeler « Kabbale » autre chose que l’ésotérisme hébraïque ; ce n’est pas, bien entendu, qu’il n’en existe pas d’équivalent ailleurs, et il en existe même si bien que cette science traditionnelle qu’est l’alchimie a son exacte correspondance dans des doctrines comme celles de l’Inde, du Thibet et de la Chine, bien qu’avec des modes d’expression et des méthodes de réalisation naturellement assez différents ; mais dès lors qu’on prononce le nom d’« hermétisme », on spécifie par là une forme nettement déterminée, dont la provenance ne peut être que gréco-égyptienne. En effet, la doctrine ainsi désignée est par là même rapportée à Hermès, en tant que celui-ci était considéré par les Grecs comme identique au Thot égyptien ; et nous ferons remarquer tout de suite que ceci va à contre la thèse de M. Evola, en présentant cette doctrine comme essentiellement dérivée d’un enseignement sacerdotal, car Thot, dans son rôle de conservateur et de transmetteur de la tradition, n’est pas autre chose que la représentation même de l’antique sacerdoce égyptien, ou plutôt, pour parler plus exactement, du principe d’inspiration dont celui-ci tenait son autorité et au nom duquel il formulait et communiquait la connaissance initiatique.
Maintenant une question se pose ; ce qui s’est maintenu sous ce nom d’« hermétisme » constitue-t-il une doctrine traditionnelle complète ? La réponse ne peut être que négative, car il ne s’agit strictement que d’une connaissance d’ordre non pas métaphysique, mais seulement cosmologique (en l’entendant d’ailleurs dans sa double application « macrocosmique » et « microcosmique »). Il n’est donc pas admissible que l’hermétisme, au sens que ce mot a pris dès l’époque alexandrine et gardé constamment depuis lors, représente l’intégralité de la tradition égyptienne ; bien que, dans celle-ci, le point de vue cosmologique semble avoir été particulièrement développé, et qu’il soit en tout cas ce qu’il y a de plus apparent dans tous les vestiges qui en subsistent, qu’il s’agisse de textes ou de monuments, il ne faut pas oublier qu’il ne peut jamais être qu’un point de vue secondaire et contingent, une application de la doctrine à la connaissance de ce que nous pouvons appeler le « monde intermédiaire ». Il serait intéressant, mais sans doute assez difficile, de rechercher comment cette partie de la tradition égyptienne a pu se trouver en quelque sorte isolée et se conserver d’une façon apparemment indépendante, puis s’incorporer à l’ésotérisme islamique et à l’ésotérisme chrétien du moyen âge (ce que n’aurait pu faire une doctrine complète), au point de devenir véritablement partie intégrante de l’un et de l’autre, et de leur fournir tout un symbolisme qui, par une transposition convenable, a pu même y servir parfois de véhicule à des vérités d’un ordre plus élevé. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans ces considérations historiques fort complexes ; mais, quoi qu’il en soit, nous devons dire que le caractère proprement cosmologique de l’hermétisme, s’il ne justifie pas la conception de M. Evola, l’explique du moins dans une certaine mesure, car les sciences de cet ordre sont effectivement celles qui, dans toutes les civilisations traditionnelles ont été surtout l’apanage des Kshatriyas ou de leurs équivalents, tandis que la métaphysique pure était celui des Brâhmanes. C’est pourquoi, par un effet de la révolte des Kshatriyas contre l’autorité spirituelle des Brâhmanes, on a pu voir se constituer parfois des courants traditionnels incomplets, réduits à ces seules sciences séparées de leur principe, et même déviés dans le sens « naturaliste », par négation de la métaphysique et méconnaissance du caractère subordonné de la science « physique », aussi bien (les deux choses se tenant étroitement) que de l’origine sacerdotale de tout enseignement initiatique, même plus particulièrement destiné à l’usage des Kshatriyas, ainsi que nous l’avons expliqué en diverses occasions. Ce n’est pas à dire, assurément, que l’hermétisme constitue en lui-même une telle déviation ou qu’il implique essentiellement quelque chose d’illégitime (ce qui aurait rendu impossible son incorporation à des formes traditionnelles orthodoxes) ; mais il faut bien reconnaître qu’il peut s’y prêter assez aisément par sa nature même, et c’est là, plus généralement, le danger de toutes les sciences traditionnelles, lorsqu’elles sont cultivées en quelque sorte pour elles-mêmes, ce qui expose à perdre de vue leur rattachement à l’ordre principal. L’alchimie, qu’on pourrait définir comme étant pour ainsi dire la « technique » de l’hermétisme, est bien réellement un « art royal », si l’on entend par là un mode d’initiation plus spécialement approprié à la nature des Kshatriyas ; mais cela même marque sa place exacte dans l’ensemble d’une tradition régulièrement constituée, et, en outre, il ne faut pas confondre les moyens de réalisation initiatique, quels qu’ils puissent être, avec son but final, qui est toujours de connaissance pure.
Un autre point qui nous paraît contestable dans la thèse de M. Evola, c’est l’assimilation qu’il tend presque constamment à établir entre l’hermétisme et la « magie » ; il est vrai qu’il semble prendre celle-ci dans un sens assez différent de celui où on l’entend d’ordinaire, mais nous craignons fort que cela même ne puisse que provoquer des confusions plutôt fâcheuses. Inévitablement, en effet, dès qu’on parle de « magie », on pense à une science destinée à produire des phénomènes plus ou moins extraordinaires notamment (mais non exclusivement) dans l’ordre sensible ; quelle qu’ait pu être l’origine du mot, cette signification lui est devenue tellement inhérente qu’il convient de la lui laisser. Ce n’est alors que la plus inférieure de toutes les applications de la connaissance traditionnelle, nous pourrions même dire la plus méprisée, dont l’exercice est abandonné à ceux que leurs limitations individuelles rendent incapables de développer d’autres possibilités ; nous ne voyons nul avantage à en évoquer l’idée quand il s’agit en réalité de choses qui, même encore contingentes, sont tout de même notablement plus hautes ; et, si ce n’est là qu’une question de terminologie, il faut convenir qu’elle a pourtant son importance. Du reste, il se peut qu’il y ait là quelque chose de plus : ce mot de « magie » exerce sur certains, à notre époque, une étrange fascination, et, comme nous l’avons déjà noté dans le précédent article auquel nous faisions allusion au début, la prépondérance accordée à tel point de vue, ne serait-ce même qu’en intention, est encore liée à l’altération des sciences traditionnelles séparées de leur principe métaphysique, c’est sans doute là l’écueil auquel se heurte toute tentative de reconstitution de telles sciences, si l’on ne commence par ce qui est véritablement le commencement sous tous les rapports, c’est-à-dire par le principe même, qui est aussi la fin en vue de quoi tout le reste doit être normalement ordonné.
Par contre, où nous sommes entièrement d’accord avec M. Evola, et où nous voyons même le plus grand mérite dans son livre, c’est quand il insiste sur la nature purement spirituelle et « intérieure » de la véritable alchimie, qui n’a absolument rien à voir avec les opérations matérielles d’une « chimie » quelconque, au sens naturel de ce mot ; presque tous les modernes se sont étrangement mépris là-dessus, aussi bien ceux qui ont voulu se poser en défenseurs de l’alchimie que ceux qui se sont faits ses détracteurs. Il est pourtant facile de voir en quels termes les anciens hermétistes parlent des « souffleurs » et « brûleurs de charbon », en lesquels il faut reconnaître les véritables précurseurs des chimistes actuels, si peu flatteur que ce soit pour ces derniers ; et, au XVIIIe siècle encore, un alchimiste comme Pernéty ne manque de souligner la différence de la « philosophie hermétique » et de la « chymie vulgaire ». Ainsi, ce qui a donné naissance à la chimie moderne, ce n’est point l’alchimie, avec laquelle elle n’a en somme aucun rapport (pas plus que n’en a d’ailleurs l’« hyperchimie » imaginée par quelques occultistes contemporains) ; c’en est seulement une déformation ou une déviation, issue de l’incompréhension de ceux qui, incapables de pénétrer le vrai sens des symboles, prirent tout à la lettre et, croyant qu’il ne s’agissait en tout cela que d’opérations matérielles, se lancèrent dans une expérimentation plus ou moins désordonnée. Dans le monde arabe également, l’alchimie matérielle a toujours été fort peu considérée, parfois même assimilée à une sorte de sorcellerie, tandis qu’on y tenait fort à l’honneur l’alchimie spirituelle, la seule véritable, souvent désignée sous le nom de Kimia es-saâdah ou « alchimie de la félicité ».
Ce n’est pas à dire, d’ailleurs, qu’il faille nier pour cela la possibilité des transmutations métalliques, qui représentent l’alchimie aux yeux du vulgaire ; mais il ne faut pas confondre des choses qui sont d’ordre tout différent, et on ne voit même pas, « a priori », pourquoi de telles transmutations ne pourraient pas être réalisées par des procédés relevant simplement de la chimie profane (et, au fond, l’« hyperchimie » à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure n’est pas autre chose que cela). Il y a pourtant un autre aspect de la question, que M. Evola signale très justement : l’être qui est arrivé à la réalisation de certains états intérieurs peut, en vertu de la relation analogique du « microcosme » avec le « macrocosme », produire extérieurement des effets correspondants ; il est donc admissible que celui qui est parvenu à un certain degré dans la pratique de l’alchimie spirituelle soit capable par là même d’accomplir des transmutations métalliques, mais cela à titre de conséquence tout accidentelle, et sans recourir à aucun des procédés de la pseudo-alchimie matérielle, mais uniquement par une sorte de projection au dehors des énergies qu’il porte en lui-même. Il y a ici une différence comparable à celle qui sépare la « théurgie » ou l’action des « influences spirituelles » de la magie et même de la sorcellerie : si les effets apparents sont parfois les mêmes de part et d’autre, les causes qui les provoquent sont totalement différentes. Nous ajouterons d’ailleurs que ceux qui possèdent réellement de tels pouvoirs n’en font généralement aucun usage, du moins en dehors de certaines circonstances très particulières où leur exercice se trouve légitimé par d’autres considérations. Quoi qu’il en soit, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue, et ce qui est à la base même de tout enseignement véritablement initiatique, c’est que toute réalisation digne de ce nom est d’ordre essentiellement intérieur, même si elle est susceptible d’avoir des répercussions à l’extérieur ; l’homme ne peut en trouver les principes et les moyens qu’en lui-même, et il le peut parce qu’il porte en lui la correspondance de tout ce qui existe : el-insânu ramzul-wujûd, « l’homme est un symbole de l’Existence universelle » ; et, s’il parvient à pénétrer jusqu’au centre de son propre être, il atteint par là même la connaissance totale, avec tout ce qu’elle implique par surcroît : man yaraf nafsahu yaraf Rabbahu, « celui qui connaît son Soi connaît son Seigneur » et il connaît alors toutes choses dans la suprême unité du Principe même, hors duquel il n’est rien qui puisse avoir le moindre degré de réalité.
Раздел IV
Герметическая традиция
Под этим названием: La Tradizione Ermetica nei suoi Simboli, nella sua Dottrina e nella sua «Ars Regia», Ю. Эвола только что опубликовал интересную во многих отношениях работу, которая, раз в этом была надобность, ещё раз демонстрирует своевременность недавно написанного нами об отношениях священнического и царского посвящения. Мы действительно найдем там утверждение о независимости второго типа посвящения, с которым автор как раз хочет связать герметизм, а также идею двух различных традиционных типов, рассматриваемых даже как несводимые, один созерцательный, а другой активный, которые наиболее общим образом характеризовали бы Восток и Запад. Мы должны также сделать некоторые замечания относительно интерпретации, данной герметическому символизму оказавшейся под влиянием такой концепции, хотя с другой стороны, она хорошо показывает, что истинная алхимия представляет собой духовный, а не материальный порядок, что есть совершенная правда, но правда часто не признаваемая или игнорируемая нашими современниками, которые считают себя способными обсуждать эти вопросы.
Мы воспользуемся этим случаем, чтобы ещё раз уточнить некоторые важные понятия, и прежде всего значение, которое следует придавать самому слову «герметизм», которое многие наши современники используют несколько произвольно. Это слово означает, что речь идёт, по существу, о традиции египетского происхождения, облеченной затем эллинизированной формой, несомненно, в александрийскую эпоху и дошедшей в этой форме до средних веков, одновременно в исламском и христианском мире, и добавим, во втором по большей части через посредство первого, как это доказывают многочисленные арабские или арабизированные термины, принятые европейскими герметистами, начиная с самого слова «алхимия» (el-kimia). Таким образом, было бы совершенно незаконно распространять это обозначение на другие традиционные формы, настолько же, насколько было бы незаконно, если называть «Каббалой» что-либо другое, нежели древнееврейский эзотеризм; это, разумеется, не означает, что там не существует её эквивалента, и её эквиваленты существуют, раз традиционная наука, каковой является алхимия, имеет своё точное соответствие в таких учениях, как учения Индии, Тибета и Китая, хотя в способах выражения и в методах реализации, разумеется, есть различия; Но как только произносят слово «герметизм», то сразу специфицируют чётко определённую форму, происхождение которой может быть только греко-египетским. Действительно, обозначаемое так учение тем самым соотнесено с Гермесом, и в качестве такового он рассматривался греками как тождественный египетскому Тоту; мы должны сразу же отметить, что это расходится с тезисом г-на Эволы, поскольку он представляет эту доктрину как, по существу, производную от священнического учения, так как Тот (в его роли охранителя и передатчика традиции) есть не что иное как само представительство древнего египетского священства, или говоря более точно, принципа вдохновения, от которого оно получало свой авторитет и от имени которого формулировало и передавало познания посвящения.
Теперь возникает вопрос: составляет ли полное традиционное учение то, что понимается под этим именем «герметизм»? Ответ может быть только отрицательным, так как речь идёт, строго говоря, только о знании не метафизического порядка, а только космологического (понимая его, впрочем, в его двойном применении, «макрокосмическом» и «микрокосмическом»). Таким образом, нельзя принять, чтобы герметизм в том смысле, какой это слово приняло, начиная с александрийской эпохи, и постоянно сохраняло с тех пор, представляло бы полноту египетской традиции; хотя в ней космологическая точка зрения была, как представляется, особенно развита и в любом случае она была самой явной во всех следах, которые от неё сохранились, идёт ли речь о текстах или о монументах, всё же не следует забывать, что она не могла быть никогда ничем другим, как только вторичной и несущественной точкой зрения, приложением учения к познанию того, что мы можем назвать «промежуточным миром». Было бы интересно, но, несомненно, достаточно трудно исследовать, каким образом эта часть египетской традиции могла оказаться в некотором роде изолированной и сохраняться, по-видимому, независимым образом, затем внедриться в исламский эзотеризм и средневековый христианский эзотеризм (что не могло бы сделать полное учение, до такой степени, чтобы стать поистине интегральной частью и того и другого, и снабдить их всем символизмом, который при соответствующем переносе мог даже иногда служить там средством перехода к истинам более высокого порядка. Здесь не место входить в эти весьма сложные исторические исследования; но как бы то ни было, мы должны сказать, что собственно космологический характер герметизма, если он и не подтверждает концепции г-на Эволы, то в некоторой мере её всё же разъясняет, так как такого рода науки во всех традиционных цивилизациях были прежде всего достоянием кшатриев или их эквивалентов, тогда как чистая метафизика была достоянием брахманов. Вот почему (как следствие восстания кшатриев против духовного авторитета брахманов) можно иногда увидеть образование неполных традиционных течений, сведенных к одним только этим наукам, отделенным от принципа и отклоняющимся даже в «натуралистическом» направлении через отрицание метафизики и непризнание подчиненного характера «физической» науки, и не только всякого инициатического учения (две вещи тесно связаны), но даже специально предназначенного для кшатриев, как мы это объясняли по различным поводам. Это, конечно, не означает, что герметизм в самом себе образует такое отклонение или что он заключает в себе что-то незаконное (что делало бы невозможным его включение в традиционные ортодоксальные формы); но всё же следует признать, что по самой своей природе он легко может этому поддаваться, и в этом состоит, в целом, опасность для всех традиционных наук, когда они культивируются в некотором роде ради них самих, что провоцирует потерю из виду их связи с порядком изначальных принципов. Алхимия, которую можно было бы определить как «технику», так сказать, герметизма, действительно является «царским искусством», если под этим понимают тип посвящения, более специально приспособленный к природе кшатриев; но именно это отмечает их точное место во всем ансамбле правильно установленной традиции, и кроме всего прочего, не следует смешивать средства инициатической реализации, какими бы они ни являлись, с конечной целью, которая всегда есть чистое познание.
Другим сомнительным моментом в работе г-на Эволы нам представляется уподобление, которое он старается почти постоянно устанавливать, между герметизмом и «магией»; правда, он, кажется, понимает её в смысле, довольно сильно отличающемся от смысла, придаваемого обычно этому слову, но мы очень опасаемся, что это также может спровоцировать весьма досадные ошибки. Действительно, как только говорят о магии, неизбежно думают о науке, предназначенной производить более или менее экстраординарные феномены, именно (но не исключительно) в чувственном порядке вещей; каково бы ни было происхождение этого слова, это значение настолько тесно стало с ним связано, что его следует за ним сохранить. В таком случает это самое низшее из всех приложений традиционного знания, мы можем даже сказать, самое презираемое, упражнение в котором оставляют тем, кто из-за своих индивидуальных ограничений остаются неспособными развивать другие возможности; мы не видим никакого преимущества вспоминать об этой идее, когда в реальности речь идёт о вещах, пусть даже отчасти случайных, но всё же более благородных, и даже если это всего лишь вопрос терминологии, то надо заметить, что и он имеет определённое значение. В конце концов, здесь может быть есть ещё кое-что: на некоторых это слово «магия» производит в наше время действие странного очарования, и как мы уже отмечали в предыдущей статье, о которой мы упоминали вначале, преимущество, отдаваемое такой точке зрения, пусть даже только в интенции, все равно связано с искажением традиционных наук, отделенных от их метафизического принципа, и в этом состоит препятствие, на которое наталкивается всякая попытка реконструкции таких наук, если не начинают с того, что является истинным началом во всех отношениях, то есть с самого принципа, который представляет собою цель, по отношению к которой все остальное должно быть поистине подчиненным.
Напротив, мы целиком согласны с г-ном Эволой и даже видим самую большую заслугу его книги в том, что он настаивает на чисто духовной и «внутренней» природе истинной алхимии, которая абсолютно не имеет ничего общего с материальными операциями какой-нибудь «химии» в естественном смысле этого слова; почти все наши современники заблуждаются относительно этого, как те, кто хочет посвятить себя защите алхимии, так и хулители. Тем не менее легко видеть, в каких терминах древние герметисты говорили о «стеклодувах» и «сжигателях угля», в которых надо признать настоящих предшественников современных химиков, хотя это может для них звучать нелестно; и ещё в XVIII веке такой алхимик как Пернети не перестает подчеркивать различие «герметической философии» и «вульгарной химии». Таким образом, вовсе не алхимия дала рождение современной химии, к которой она не имеет никакого отношения (не более, впрочем, чем и воображаемая «гиперхимия» некоторых современных оккультистов); в этом есть только деформация или отклонение, происходящие от непонимания тех, кто, будучи неспособным проникнуть в истинный смысл символов, все понимают буквально и, полагая, что речь идёт во всем этом лишь о материальных операциях, бросаются в более или менее беспорядочное экспериментирование. В арабском мире также материальная алхимия всегда была мало почитаемой, и даже иногда сравнивалась с некоторого рода колдовством, тогда как здесь очень уважали духовную алхимию, единственно истинную, часто обозначаемую именем Кимийа-и са'адат или (Kimia es-saâdah) «алхимия блаженства».
Однако это не означает, что следует по этой причине отрицать возможность превращения металлов, чем является алхимия в глазах обывателей; не надо смешивать вещи совершенно разных порядков; но «априори» непонятно, почему такие превращения не могут быть реализованы процедурами, относящимися только к профанной химии (и, по сути, «гиперхимия», о которой мы только что упоминали, есть как раз такая химия). Есть, тем не менее и другой аспект вопроса, который г-н Эвола обозначил очень правильно: существо, которое достигло реализации определённых внутренних состояний, может в силу отношения по аналогии «микрокосма» с «макрокосмом» и вовне производить соответствующие эффекты; следовательно, можно допустить, что тот, кто достиг определённой ступени в практике духовной алхимии, будет тем самым способен выполнить и превращение металлов, но это будет совершенно побочным следствием и без обращения к каким-либо процедурам материальной псевдоалхимии, а лишь чем-то вроде проекции вовне энергий, которые он носит в себе самом. Здесь есть отличие, сравнимое с тем, которое разделяет «теургию» или воздействие «духовных влияний» от магии или даже колдовства: если видимые эффекты иногда в том и ином случае те же самые, то причины, которые их производят, совершенно различны. Впрочем, добавим, что те, кто реально обладает такими силами, вообще никак их не используют, по крайней мере вне и помимо определённых, очень специфических обстоятельств, где упражнение в них оказывается ограниченным другими соображениями. Никогда нельзя забывать, и это лежит в основе любого подлинно инициатического обучения, что любое достижение, достойное называться реализацией, сущностно относится ко внутреннему порядку даже если имеет внешние следствия; человек может найти её принципы и средства только внутри себя, и это возможно потому, что он содержит в себе соответствие всему, имеющему бытие: el-insanu ramzul-wujud, «человек есть символ универсального Бытия»; и, сумев проникнуть в центр своего существа он достигнет тотального знания и со всеми прилагающимися следствиями: man yaraf nafsahu yaraf Rabbahu, «познавший своё «высшее я» познал своего Господа», и тогда он познает все вещи в высшем единстве самого Принципа, вне которого нет ничего, что обладало бы малейшей степенью реальности.