Juillet 1936
– Dans le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (numéro d’avril), suite de l’examen des principales divergences entre les « Anciens » et les « Modernes » ; en dehors des différences d’ordre plutôt « administratif », notons l’emploi par les « Anciens » d’un alphabet maçonnique d’origine « opérative », et aussi la controverse concernant la place du grade de Royal Arch dans la Maçonnerie. – Dans le numéro de mai, il est encore question de quelques autres Grandes Loges dissidentes, peu importantes d’ailleurs et dont la durée ne fut qu’éphémère. Un point assez curieux, c’est l’existence en Angleterre, au XVIIIe siècle, d’une Scotts Masonry, qui semble avoir constitué un sorte de degré spécial, mais sur laquelle on ne possède aucun renseignement précis ; s’agirait-il de quelque chose de similaire au grade de « Maître Écossais » qui était pratiqué en France à la même époque ?
– Les Archives de Trans-en-Provence publient, depuis 1931 (mais nous n’en avons eu connaissance que tout récemment), de très intéressantes études sur les origines de la Maçonnerie moderne, dues à leur directeur, M. J. Barles ; celui-ci a entrepris ces recherches d’une façon entièrement indépendante et sans aucun parti pris, et c’est sans doute pour cela que, sur bien des points, il approche de la vérité beaucoup plus que tous les historiens plus ou moins « officiels ». Pour lui, la véritable Maçonnerie n’est certes pas, comme le disent certains, « l’institution née en 1717 » ; il voit bien plutôt cette dernière comme le schisme qu’elle fut en réalité. Quant aux raisons de ce schisme, nous trouvons qu’il a une tendance (d’ailleurs explicable par le fait que ce fut là le point de départ de ses recherches) à s’exagérer le rôle qu’ont pu y jouer les protestants français réfugiés en Angleterre à la suite de la révocation de l’Édit de Nantes ; en fait, à la seule exception de Desaguliers, on ne voit pas qu’ils aient pris une part active à l’organisation de la Grande Loge. Cela ne change d’ailleurs peut-être rien au fond des choses : les fondateurs de la Grande Loge, quelle qu’ait été leur origine, étaient en tout cas incontestablement des « Orangistes » ; et il y avait là une intrusion de la politique à laquelle les Maçons fidèles à l’ancien esprit initiatique de leur Ordre n’étaient pas moins opposés qu’aux diverses innovations qui s’ensuivirent. M. Barles fait remarquer très justement que les Loges qui s’unirent en 1717 étaient toutes de formation très récente, et aussi que, d’autre part, il y avait encore à cette époque beaucoup plus de Loges opératives en activité qu’on ne le dit d’ordinaire. Un point sur lequel nous nous permettrons de n’être pas de son avis, cependant, c’est celui qui concerne l’incendie des archives de la Loge de Saint-Paul : selon toute vraisemblance, les responsables n’en furent point des Maçons traditionnels craignant qu’on ne publiât les Old Charges, ce dont personne n’eut jamais sérieusement l’intention, mais, bien au contraire, les novateurs eux-mêmes, qui précisément n’avaient rassemblés ces anciens documents que pour les faire disparaître après en avoir utilisé ce qui leur convenait, afin qu’on ne pût faire la preuve des changements qu’ils y avaient introduits. Il est fâcheux aussi que l’auteur ait cru que « spéculatif », voulait dire simplement « non professionnel » ; là-dessus, nous renverrons à l’article qu’on pourra lire d’autre part, et dans lequel nous expliquons le véritable sens des mots « opératif », et « spéculatif ». Dans ce même article, nous donnons aussi l’explication des termes « Maçons libres et acceptés » sur lesquels il s’est mépris également, faute d’en connaître l’interprétation traditionnelle, qui, du reste, n’a jamais donné lieu à aucune divergence. Il ne semble pas connaître non plus les relations symboliques par lesquelles s’explique le rôle des deux saints Jean dans la Maçonnerie, ni l’origine antique des « fêtes solsticiales » ; mais, après tout, ces diverses lacunes sont bien excusables chez quelqu’un qui, visiblement, n’a jamais fait de ces questions une étude spéciale. Signalons d’autre part que M. Barles a retrouvé par lui-même quelque chose qui se rapporte à un secret « opératif » bien oublié aujourd’hui : il s’agit de la correspondance « psychique » des signes et attouchements, c’est-à-dire, en somme, de leur correspondance avec la « localisation » des centres subtils de l’être humain, à laquelle il nous est arrivé de faire nous-même quelques allusions ; et il en conclut, avec beaucoup de raison, qu’il y a là l’indication d’un lien direct avec les grandes initiations de l’antiquité. Nous aurons certainement, par la suite, et à mesure de leur publication, à revenir sur ces travaux, dont nous tenons à redire encore tout le mérite et l’intérêt.
Июль 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)