Chapitre XXXV La confusion du psychique et du spirituel
Ce que nous avons dit au sujet de certaines explications psychologiques des doctrines traditionnelles représente un cas particulier d’une confusion très répandue dans le monde moderne, celle des deux domaines psychique et spirituel ; et cette confusion, même quand elle ne va pas jusqu’à une subversion comme celle de la psychanalyse, assimilant le spirituel à ce qu’il y a de plus inférieur dans l’ordre psychique, n’en est pas moins extrêmement grave dans tous les cas. Il y a d’ailleurs là, en quelque sorte, une conséquence naturelle du fait que les Occidentaux, depuis longtemps déjà, ne savent plus distinguer l’« âme » et l’« esprit » (et le dualisme cartésien y est assurément pour beaucoup puisqu’il confond en une seule et même chose tout ce qui n’est pas le corps, et que cette chose vague et mal définie y est désignée indifféremment par l’un et l’autre nom) ; aussi cette confusion se manifeste-t-elle à chaque instant jusque dans le langage courant ; le nom d’« esprits », donné vulgairement à des « entités » psychiques qui n’ont certes rien de « spirituel », et la dénomination même du « spiritisme » qui en est dérivée, sans parler de cette autre erreur qui fait aussi appeler « esprit » ce qui n’est en réalité que le « mental », en seront ici des exemples suffisants. Il n’est que trop facile de voir les conséquences fâcheuses qui peuvent résulter d’un pareil état de choses : propager cette confusion, surtout dans les conditions actuelles, c’est, qu’on le veuille ou non, engager des êtres à se perdre irrémédiablement dans le chaos du « monde intermédiaire », et par là même, c’est faire, souvent inconsciemment d’ailleurs, le jeu des forces « sataniques » qui régissent ce que nous avons appelé la « contre-initiation ».
Ici, il importe de bien préciser afin d’éviter tout malentendu : on ne peut pas dire qu’un développement quelconque des possibilités d’un être, même dans un ordre peu élevé comme celui que représente le domaine psychique, soit essentiellement « maléfique » en lui-même ; mais il ne faut pas oublier que ce domaine est par excellence celui des illusions, et il faut d’ailleurs toujours savoir situer chaque chose à la place qui lui appartient normalement ; en somme, tout dépend de l’usage qui est fait d’un tel développement, et avant tout il est nécessaire de considérer s’il est pris pour une fin en soi, ou au contraire pour un simple moyen en vue d’atteindre un but d’ordre supérieur. En effet, n’importe quoi peut, suivant les circonstances de chaque cas particulier, servir d’occasion ou de « support » à celui qui s’engage dans la voie qui doit le mener à une « réalisation » spirituelle ; cela est vrai surtout au début, en raison de la diversité des natures individuelles dont l’influence est alors à son maximum, mais il en est encore ainsi, jusqu’à un certain point, tant que les limites de l’individualité ne sont pas entièrement dépassées. Mais, d’un autre côté, n’importe quoi peut tout aussi bien être un obstacle qu’un « support » si l’être s’y arrête et se laisse illusionner et égarer par certaines apparences de « réalisation » qui n’ont aucune valeur propre et ne sont que des résultats tout accidentels et contingents, si même on peut les regarder comme des résultats à un point de vue quelconque ; et ce danger d’égarement existe toujours, précisément, tant qu’on n’est encore que dans l’ordre des possibilités individuelles ; c’est d’ailleurs en ce qui concerne les possibilités psychiques qu’il est incontestablement le plus grand, et cela d’autant plus, naturellement que ces possibilités sont d’un ordre plus inférieur.
Le danger est certainement beaucoup moins grave quand il ne s’agit que de possibilités d’ordre simplement corporel et physiologique ; nous pouvons citer ici comme exemple l’erreur de certains Occidentaux qui, comme nous le disions plus haut, prennent le Yoga, ou du moins le peu qu’ils connaissent de ses procédés préparatoires, pour une sorte de méthode de « culture physique » ; dans un pareil cas, on ne court guère que le risque d’obtenir, par des « pratiques » accomplies inconsidérément et sans contrôle, un résultat tout opposé à celui qu’on recherche, et de ruiner sa santé en croyant l’améliorer. Ceci ne nous intéresse en rien, sinon en ce qu’il y a là une grossière déviation dans l’emploi de ces « pratiques » qui, en réalité, sont faites pour un tout autre usage, aussi éloigné que possible de ce domaine physiologique, et dont les répercussions naturelles dans celui-ci ne constituent qu’un simple « accident » auquel il ne convient pas d’attacher la moindre importance. Cependant, il faut ajouter que ces mêmes « pratiques » peuvent avoir aussi, à l’insu de l’ignorant qui s’y livre comme à une « gymnastique » quelconque, des répercussions dans les modalités subtiles de l’individu, ce qui, en fait, en augmente considérablement le danger : on peut ainsi, sans s’en douter aucunement, ouvrir la porte à des influences de toute sorte (et, bien entendu, ce sont toujours celles de la qualité la plus basse qui en profitent en premier lieu), contre lesquelles on est d’autant moins prémuni que parfois on ne soupçonne même pas leur existence, et qu’à plus forte raison on est incapable de discerner leur véritable nature ; mais il n’y a là, du moins, aucune prétention « spirituelle ».
Il en va tout autrement dans certains cas où entre en jeu la confusion du psychique proprement dit et du spirituel, confusion qui se présente d’ailleurs sous deux formes inverses : dans la première, le spirituel est réduit au psychique, et c’est ce qui arrive notamment dans le genre d’explications psychologiques dont nous avons parlé ; dans la seconde, le psychique est au contraire pris pour le spirituel, et l’exemple le plus vulgaire en est le spiritisme, mais les autres formes plus complexes du « néo-spiritualisme » procèdent toutes également de cette même erreur. Dans les deux cas, c’est toujours, en définitive, le spirituel qui est méconnu ; mais le premier concerne ceux qui le nient purement et simplement, tout au moins en fait, sinon toujours d’une façon explicite, tandis que le second concerne ceux qui se donnent l’illusion d’une fausse spiritualité, et c’est ce dernier cas que nous avons plus particulièrement en vue présentement. La raison pour laquelle tant de gens se laissent égarer par cette illusion est assez simple au fond : certains recherchent avant tout de prétendus « pouvoirs », c’est-à-dire, en somme, sous une forme ou sous une autre, la production de « phénomènes » plus ou moins extraordinaires ; d’autres s’efforcent de « centrer » leur conscience sur des « prolongements » inférieurs de l’individualité humaine, les prenant à tort pour des états supérieurs, simplement parce qu’ils sont en dehors du cadre où s’enferme généralement l’activité de l’homme « moyen », cadre qui, dans l’état qui correspond au point de vue profane de l’époque actuelle, est celui de ce qu’on est convenu d’appeler la « vie ordinaire » dans laquelle n’intervient aucune possibilité d’ordre extra-corporel. Pour ces derniers encore, du reste, c’est l’attrait du « phénomène », c’est-à-dire, au fond, la tendance « expérimentale » inhérente à l’esprit moderne, qui est le plus souvent à la racine de l’erreur : ce qu’ils veulent en effet obtenir ce sont toujours des résultats qui soient en quelque sorte « sensibles », et c’est là ce qu’ils croient être une « réalisation » ; mais cela revient justement à dire que tout ce qui est vraiment d’ordre spirituel leur échappe entièrement, qu’ils ne le conçoivent même pas, si lointainement que ce soit, et que, manquant totalement de « qualification » à cet égard, il vaudrait encore beaucoup mieux pour eux qu’ils se contentent de rester enfermés dans la banale et médiocre sécurité de la « vie ordinaire ». Bien entendu, il ne s’agit aucunement ici de nier la réalité des « phénomènes » en question comme tels ; ils ne sont même que trop réels, pourrions-nous dire, et ils n’en sont que plus dangereux ; ce que nous contestons formellement, c’est leur valeur et leur intérêt, surtout au point de vue d’un développement spirituel, et c’est précisément là-dessus que porte l’illusion. Si encore il n’y avait là qu’une simple perte de temps et d’efforts, le mal ne serait pas très grand après tout ; mais en général, l’être qui s’attache à ces choses devient ensuite incapable de s’en affranchir et d’aller au delà, et il est ainsi irrémédiablement dévié ; on connaît bien, dans toutes les traditions orientales, le cas de ces individus qui, devenus de simples producteurs de « phénomènes », n’atteindront jamais à la moindre spiritualité. Mais il y a plus encore : il peut y avoir là une sorte de développement « à rebours » qui non seulement n’apporte aucune acquisition valable, mais éloigne toujours davantage de la « réalisation » spirituelle, jusqu’à ce que l’être soit définitivement égaré dans ces « prolongements » inférieurs de son individualité auxquels nous faisions allusion tout à l’heure, et par lesquels il ne peut entrer en contact qu’avec l’« infra-humain » ; sa situation est alors sans issue, ou du moins il n’y en a qu’une, qui est une « désintégration » totale de l’être conscient ; et c’est là proprement, pour l’individu, l’équivalent de ce qu’est la dissolution finale pour l’ensemble du « cosmos » manifesté.
On ne saurait trop se méfier, à cet égard plus encore peut-être qu’à tout autre point de vue, de tout appel au « subconscient », à l’« instinct », à l’« intuition » infra-rationnelle, voire même à une « force vitale » plus ou moins mal définie, en un mot à toutes ces choses vagues et obscures que tendent à exalter la philosophie et la psychologie nouvelles et qui conduisent plus ou moins directement à une prise de contact avec les états inférieurs. À plus forte raison doit-on se garder avec une extrême vigilance (car ce dont il s’agit ne sait que trop bien prendre les déguisements les plus insidieux) de tout ce qui induit l’être à « se fondre », nous dirions plus volontiers et plus exactement à « se confondre » ou même à « se dissoudre » dans une sorte de « conscience cosmique » exclusive de toute « transcendance », donc de toute spiritualité effective ; c’est là l’ultime conséquence de toutes les erreurs antimétaphysiques que désignent, sous leur aspect plus spécialement philosophique, des termes comme ceux de « panthéisme », d’« immanentisme » et de « naturalisme », toutes choses d’ailleurs étroitement connexes, conséquence devant laquelle certains reculeraient assurément s’ils pouvaient savoir vraiment de quoi ils parlent. C’est là, en effet, prendre littéralement la spiritualité « à rebours », lui substituer ce qui en est véritablement l’inverse, puisqu’il conduit inévitablement à sa perte définitive, et c’est en quoi consiste le « satanisme » proprement dit ; qu’il soit du reste conscient ou inconscient suivant les cas, cela change assez peu les résultats ; et il ne faut pas oublier que le « satanisme inconscient » de certains, plus nombreux que jamais à notre époque de désordre étendu à tous les domaines, n’est véritablement, au fond, qu’un instrument au service du « satanisme conscient » des représentants de la « contre-initiation ».
Nous avons eu ailleurs l’occasion de signaler le symbolisme initiatique d’une « navigation » s’accomplissant à travers l’Océan qui représente le domaine psychique, et qu’il s’agit de franchir en évitant tous ses dangers pour parvenir au but ; mais que dire de celui qui se jetterait en plein milieu de cet Océan et n’aurait d’autre aspiration que de s’y noyer ? C’est là, très exactement, ce que signifie cette soi-disant « fusion » avec une « conscience cosmique » qui n’est en réalité rien d’autre que l’ensemble confus et indistinct de toutes les influences psychiques, lesquelles, quoi que certains puissent s’imaginer, n’ont certes absolument rien de commun avec les influences spirituelles, même s’il arrive qu’elles les imitent plus ou moins dans quelques-unes de leurs manifestations extérieures (car c’est là le domaine où la « contrefaçon » s’exerce dans toute son ampleur, et c’est pourquoi ces manifestations « phénoméniques » ne prouvent jamais rien par elles-mêmes, pouvant être tout à fait semblables chez un saint et chez un sorcier). Ceux qui commettent cette fatale méprise oublient ou ignorent tout simplement la distinction des « Eaux supérieures » et des « Eaux inférieures » ; au lieu de s’élever vers l’Océan d’en haut, ils s’enfoncent dans les abîmes de l’Océan d’en bas ; au lieu de concentrer toutes leurs puissances pour les diriger vers le monde informel, qui seul peut être dit « spirituel », ils les dispersent dans la diversité indéfiniment changeante et fuyante des formes de la manifestation subtile (qui est bien ce qui correspond aussi exactement qu’il est possible à la conception de la « réalité » bergsonienne), sans se douter que ce qu’ils prennent pour une plénitude de « vie » n’est effectivement que le royaume de la mort et de la dissolution sans retour.
Глава XXXV Смешение психического и духовного
То, что мы сказали по поводу некоторых психологических объяснений традиционных учений, представляет собою частный случай очень распространенного в современном мире смешения двух областей: психической и духовной; и это смешение, даже если оно не доходит до извращения, как это происходит в психоанализе, отождествляющем духовное с тем, что есть самого низшего в психическом порядке, не становится от этого менее опасным. Впрочем, это является в некотором роде естественным следствием того факта, что европейцы уже давно не умеют различать «душу» и «дух» (и, конечно, для этого много сделал картезианский дуализм, поскольку он смешивает в одном всё то, что не есть тело, и это нечто смутное и плохо определённое без различия называет то одним, то другим именем); это смешение обнаруживается ежеминутно также и в повседневной речи; то, что имя «духи» дается обычно тем психическим «индивидуальностям», которые, конечно, ничего общего с «духовным» не имеют, и само наименование «спиритизм», которое из него следует, не говоря уже о другой ошибке, согласно которой «духом» называют то, что реально является лишь «умственным», служит достаточным примером этого. Слишком очевидны досадные последствия, которые могут проистекать из подобного состояния вещей: распространение этого смешения, в особенности в современных условиях, означает, хотят того или нет, вовлечение человеческих существ в безвозвратное погружение в хаос «промежуточного мира» и в действия в интересах, впрочем, часто неосознанно, «сатанинских» сил, управляющих тем, что мы назвали «контринициацией».
Но здесь следует внести некоторое уточнение, чтобы избежать непонимания: нельзя сказать, что любое развитие способностей человеческого существа, даже в таком невысоком порядке, который представляет собою область психического, является само по себе «губительным»; но не надо забывать, что эта область является преимущественно областью иллюзий, и что, к тому же, всегда надо уметь расположить каждую вещь в том месте, которое ей нормальным образом принадлежит; в конце концов, все зависит от того употребления, которое придают этому развитию, и прежде всего, необходимо рассматривать, принимается ли оно как цель в себе или, напротив, как простое средство, для достижения цели высшего порядка. В действительности, все что угодно может, смотря по обстоятельствам в каждом особом случае, послужить поводом или «поддержкой» для того, кто становится на путь, должный привести его к духовной «реализации»; особенно это верно вначале, по причине разнообразия индивидуальной природы, влияние которой тогда является максимальным, и так обстоит дело до определённого пункта, пока границы индивидуальности полностью не будут превзойдены. Но с другой стороны, все может быть в той же мере препятствием, как и «поддержкой», если человек останавливается и предается иллюзиям и заблуждениям относительно неких видимостей «реализации», которые не обладают никакой истинной ценностью и суть лишь совершенно случайные и несущественные результаты, если только можно их рассматривать с какой бы то ни было точки зрения в качестве результатов; и эта опасность заблуждения существует всегда, пока ещё остаются в порядке индивидуальных способностей; однако, что касается психических способностей, то несомненно, опасность очень велика, и тем более велика, чем к более низкому порядку относятся эти способности.
Конечно, опасность гораздо меньше, когда речь идёт только о способностях телесного и физиологического порядка; в качестве примера мы можем привести ошибку, которую делают некоторые западные люди, считающие йогу, как мы уже говорили выше, или, по крайней мере, то немногое, что им известно из её подготовительных процедур, чем-то вроде метода «физической культуры»; в подобном случае лишь подвергаются риску достичь через «практику», исполняемую необдуманно и без контроля, результата, совершенно противоположного тому, к которому стремятся, и разрушают своё здоровье, намереваясь его улучшить. Это ничем бы нас не заинтересовало, кроме того факта, что здесь есть грубое отклонение в использовании этой «практики», которая на самом деле создана совершенно для другого использования, далекого, насколько это только возможно, от этой области физиологии, и естественное отражение которого в этой области составляет лишь простой «случай», которому не следует придавать ни малейшего значения. Однако надо добавить, что эта же самая «практика» также может иметь, помимо воли невежды, который предается ей, как какой-нибудь «гимнастике», отражение в тонких качествах индивида, что, в действительности, значительно увеличивает её опасность: так можно, вовсе не подозревая этого, открыть дверь для влияний различного рода (и, разумеется, влияния самого низкого качества выигрывают от этого в первую очередь), от которых так мало защищены, что иногда даже и не подозревают об их существовании, и потому совершенно неспособны различить их истинную природу; но по крайней мере, здесь нет никакой «духовной» претензии.
Совершенно иначе обстоит дело, когда в игру вступает смешение психического и духовного, смешение, которое предстаёт в двух противоположных формах: в первой – духовное сводится к психическому, и именно это происходит в том виде объяснений, о которых мы говорили; во второй – психическое, напротив, принимается в качестве духовного, и самым тривиальным примером этого является спиритизм, но и другие, более сложные формы «неоспиритуализма» происходят совершенно таким же образом из этой же ошибки. В обоих случаях, в конечном счёте, недооценивается всегда именно духовное; но первый случай относится к тем, кто его просто отрицает, если не всегда явным образом, то по крайней мере фактически, а второй – к тем, кто создает себе иллюзию ложной духовности, и именно второй случай мы сейчас намереваемся рассмотреть. Причина, по которой столько людей позволяют себе обманываться этой иллюзией, по сути, очень проста: одни ищут прежде всего так называемые «силы», то есть, в конечном счёте, в той или иной форме, производство более или менее экстраординарных «феноменов»; другие стараются «концентрировать» своё внимание на низших «ответвлениях» человеческой индивидуальности, ошибочно принимая их за высшие состояния просто потому, что находятся вне тех рамок, в которых обычно заключена деятельность «среднего» человека, и которые, в соответствии с профанной точкой зрения современной эпохи, принято называть «обычной жизнью», не заключающей в себе никакой возможности внетелесного порядка. А для них, в результате, привлекательность «феномена», то есть, по сути, «экспериментальная» тенденция, присущая современному духу, чаще всего как раз и является источником ошибки: в действительности, они всегда хотят достичь в определённом роде «чувственных» результатов, они думают, что в этом и состоит «реализация»; но именно это вынуждает утверждать, что все, поистине относящееся к духовному порядку, на каком бы удалении он ни находился, от них полностью ускользает, чего они даже и не понимают, и что, при полном отсутствии всякой «квалификации» в этом отношении, для них было бы гораздо лучше оставаться в посредственной и банальной безопасности «обычной жизни». Разумеется, речь здесь вовсе не идёт об отрицании подобных «феноменов» как таковых; мы бы сказали, они даже слишком реальны, и от этого они ещё более опасны; мы категорически возражаем именно против их ценности и интереса, в особенности, с точки зрения духовного развития, а к этому как раз и относится иллюзия. Если бы это было лишь простой тратой времени и усилий, то, в конце концов, зло не было бы столь велико; но вообще, человек, привязывающийся к этим вещам, становится потом неспособным им противостоять и от них отойти, и таким образом непоправимо сбивается с пути; хорошо известен во всех восточных традициях случай индивидов, которые, став простыми производителями таких «феноменов», никогда уже не достигнут никакой духовности. Но более того: в этом может быть нечто вроде развития «наоборот», которое не приносит никакого ценного приобретения, но все больше и больше удаляется от духовной «реализации», вплоть до полного погружения в эти низшие «ответвления» своей индивидуальности, о которых речь шла выше и через которые индивид может вступить в контакт лишь с «инфрачеловеческим»; его ситуация оказывается тогда безвыходной или, по крайней мере, из неё есть только один выход, а именно, полная «дезинтеграция» сознательного бытия; а для индивида это, собственно, является эквивалентом окончательного растворения всего проявленного «космоса».
Нелишне было бы в этом отношении ещё больше, может быть, чем в каком-нибудь другом, остерегаться всякого призыва к «подсознательному», «инстинкту», «интуиции», инфрарациональному, даже к «витальной силе», более или менее плохо определённой, одним словом, ко всем тем темным и смутным вещам, которые так возбуждают современных философов и психологов и которые более или менее непосредственно ведут к установлению контакта с низшими состояниями. С ещё большим основанием следует остерегаться с максимальной бдительностью (так как здесь речь идёт о слишком коварном притворстве) всего того, что толкает существо «расплавиться» (se fondre), мы охотнее сказали бы «смешаться» (se confondre) или даже «раствориться» (se dissoudre) в чем-то вроде «космического сознания», исключающего всякую «трансценденцию», следовательно, всякую действительную духовность; таково крайнее следствие всех антиметафизических ошибок, которые в их более специальном философском аспекте обозначаются такими терминами, как «пантеизм», «имманентизм» и «натурализм»; все это, впрочем, тесно связано друг с другом. Таково следствие, от которого многие, конечно, отшатнулись бы, если бы на самом деле могли знать, о чем они говорят. Действительно, это буквально духовность «наизнанку», замена её на то, что поистине ей противоположно, поскольку неизбежно ведет к её окончательной утрате, в чем и состоит, собственно говоря, «сатанизм»; будет ли он сознательным или бессознательным, смотря по обстоятельствам, это довольно мало влияет на результат; не надо забывать, что «бессознательный сатанизм» некоторых людей, в нашу эпоху более многочисленных, чем в какую-либо иную, эпоху беспорядка, расширяющегося во все сферы, на самом деле есть лишь инструмент на службе «сознательного сатанизма» представителей «контринициации».
У нас уже был случай говорить о символизме посвящения «мореплавания», осуществляющегося через Океан, который представляет собою психическую область, когда речь идёт о её пересечении, избегая всех её опасностей ради достижения цели; но что можно сказать о том, кто бросается в этот Океан, не имея другого стремления, кроме как утонуть в нем? Именно это, и очень точно, означает так называемое «слияние» с «космическим сознанием», которое на самом деле есть не что иное, как ансамбль, спутанный и не поддающийся различению, всех психических влияний, которые, хотя некоторые могут воображать себе иное, абсолютно ничего общего, конечно, не имеют с духовными влияниями, даже если и случается, что они более или менее сходны с некоторыми из их внешних проявлений (так как это область, где «подделка» осуществляется во всей своей полноте, и именно потому эти «феноменальные» проявления сами по себе никогда ничего не доказывают и могут быть совершенно похожими как у святого, так и у колдуна). Совершающие эту фатальную ошибку просто забывают или игнорируют различие между «высшими Водами» и «низшими Водами»; вместо того, чтобы возвыситься к Океану наверху, они низвергаются в бездны Океана внизу; вместо того, чтобы сконцентрировать все свои усилия, направив их к лишённому форм миру, который лишь один может быть назван «духовным», они рассеивают их в неопределённом, меняющемся и текучем разнообразии форм тонкого проявления (что как раз в точности, насколько это возможно, соответствует бергсоновской концепции «реальности»), не подозревая того, что принимаемое ими за полноту «жизни» в действительности есть только царство смерти и безвозвратного распада.