Chapitre XIX Les limites de L’histoire et de la géographie
Nous avons dit précédemment que, en raison des différences qualitatives qui existent entre les diverses périodes du temps, par exemple entre les diverses phases d’un cycle tel que notre Manvantara (et il est évident que, au delà des limites de la durée de la présente humanité, les conditions doivent être encore plus différentes), il se produit dans le milieu cosmique en général, et plus spécialement dans le milieu terrestre qui nous concerne d’une façon plus directe, des changements dont la science profane, avec son horizon borné au seul monde moderne où elle a pris naissance, ne peut se faire aucune idée, si bien que, quelque époque qu’elle veuille envisager, elle se représente toujours un monde dont les conditions auraient été semblables à ce qu’elles sont actuellement. Nous avons vu, d’autre part, que les psychologues s’imaginent que l’homme a toujours été mentalement tel qu’il est aujourd’hui ; et ce qui est vrai des psychologues à cet égard l’est tout autant des historiens, qui apprécient les actions des hommes de l’antiquité ou du moyen âge exactement comme ils apprécieraient celles de leurs contemporains, leur attribuant les mêmes motifs et les mêmes intentions ; qu’il s’agisse donc de l’homme ou du milieu, il y a évidemment là une application de ces conceptions simplifiées et « uniformisantes » qui correspondent si bien aux tendances actuelles ; quant à savoir comment cette « uniformisation » du passé peut se concilier par ailleurs avec les théories « progressistes » et « évolutionnistes » admises en même temps par les mêmes individus, c’est là un problème que nous ne nous chargerons certes pas de résoudre, et ce n’est sans doute qu’un exemple de plus des innombrables contradictions de la mentalité moderne.
Quand nous parlons de changements du milieu, nous n’entendons pas faire allusion seulement aux cataclysmes plus ou moins étendus qui marquent en quelque sorte les « points critiques » du cycle ; ce sont là des changements brusques correspondant à de véritables ruptures d’équilibre, et même dans les cas où il ne s’agit, par exemple, que de la disparition d’un seul continent (cas qui sont ceux qui se rencontreraient en fait au cours de l’histoire de la présente humanité), il est facile de concevoir que tout l’ensemble du milieu terrestre n’en doit pas moins être affecté par ses répercussions, et qu’ainsi la « figure du monde », si l’on peut dire, doit en être notablement changée. Mais il y a aussi des modifications continues et insensibles qui, à l’intérieur d’une période où ne se produit aucun cataclysme, finissent cependant peu à peu par avoir des résultats presque aussi considérables ; il va de soi qu’il ne s’agit pas là de simples modifications « géologiques », au sens où l’entend la science profane, et c’est d’ailleurs une erreur de ne considérer les cataclysmes eux-mêmes qu’à ce point de vue exclusif qui, comme toujours, se limite à ce qu’il y a de plus extérieur ; nous avons en vue quelque chose d’un ordre beaucoup plus profond, qui porte sur les conditions mêmes du milieu, si bien que, même si l’on ne prenait pas en considération les phénomènes géologiques qui ne sont plus ici que des détails d’importance secondaire, les êtres et les choses n’en seraient pas moins véritablement changés. Quant aux modifications artificielles produites par l’intervention de l’homme, elles ne sont en somme que des conséquences, en ce sens que, comme nous l’avons déjà expliqué, ce sont précisément les conditions spéciales de telle ou telle époque qui les rendent possibles ; si l’homme peut cependant agir d’une façon plus profonde sur l’ambiance, c’est plutôt psychiquement que corporellement, et ce que nous avons dit des effets de l’attitude matérialiste peut déjà le faire suffisamment comprendre.
Par tout ce que nous avons exposé jusqu’ici, il est facile de se rendre compte maintenant du sens général dans lequel s’effectuent ces changements : ce sens est celui que nous avons caractérisé comme la « solidification » du monde, qui donne à toutes choses un aspect répondant d’une façon toujours plus approchée (quoique pourtant toujours inexacte en réalité) à la manière dont les envisagent les conceptions quantitatives, mécanistes ou matérialistes ; c’est pour cela, avons-nous dit, que la science moderne réussit dans ses applications pratiques, et c’est pour cela aussi que la réalité ambiante ne semble pas lui infliger de démentis trop éclatants. Il n’aurait pas pu en être de même à des époques antérieures où le monde n’était pas aussi « solide » qu’il l’est devenu aujourd’hui, et où la modalité corporelle et les modalités subtiles du domaine individuel n’étaient pas aussi complètement séparées (bien que, comme nous le verrons plus loin, il y ait, même dans l’état présent, certaines réserves à faire en ce qui concerne cette séparation). Non seulement l’homme, parce que ses facultés étaient beaucoup moins étroitement limitées, ne voyait pas le monde avec les mêmes yeux qu’aujourd’hui, et y percevait bien des choses qui lui échappent désormais entièrement ; mais, corrélativement, le monde même, en tant qu’ensemble cosmique, était vraiment différent qualitativement, parce que des possibilités d’un autre ordre se reflétaient dans le domaine corporel et le « transfiguraient » en quelque sorte ; et c’est ainsi que, quand certaines « légendes » disent par exemple qu’il y eut un temps où les pierres précieuses étaient aussi communes que le sont maintenant les cailloux les plus grossiers, cela ne doit peut-être pas être pris seulement en un sens tout symbolique. Bien entendu, ce sens symbolique existe toujours en pareil cas, mais ce n’est pas à dire qu’il soit le seul, car toute chose manifestée est nécessairement elle-même un symbole par rapport à une réalité supérieure ; nous ne pensons d’ailleurs pas avoir besoin d’y insister, car nous avons eu ailleurs assez d’occasions de nous expliquer là-dessus, soit d’une façon générale, soit en ce qui concerne des cas plus particuliers tels que la valeur symbolique des faits historiques et géographiques.
Nous préviendrons sans plus tarder une objection qui pourrait être soulevée au sujet de ces changements qualitatifs dans la « figure du monde » : on dira peut-être que, s’il en était ainsi, les vestiges des époques disparues que l’on découvre à chaque instant devraient en témoigner et que, sans parler des époques « géologiques » et pour s’en tenir à ce qui touche à l’histoire humaine, les archéologues et même les « préhistoriens » ne trouvent jamais rien de tel, si loin que les résultats de leurs fouilles les reportent dans le passé. La réponse est au fond bien simple : d’abord, ces vestiges, dans l’état où ils se présentent aujourd’hui, et en tant qu’ils font par conséquent partie du milieu actuel, ont forcément participé, comme tout le reste, à la « solidification » du monde ; s’ils n’y avaient pas participé, leur existence n’étant plus en accord avec les conditions générales, ils auraient entièrement disparu, et sans doute en a-t-il été ainsi en fait pour beaucoup de choses dont on ne peut plus retrouver la moindre trace. Ensuite, les archéologues examinent ces vestiges mêmes avec des yeux de modernes, qui ne saisissent que la modalité la plus grossière de la manifestation, de sorte que, si même quelque chose de plus subtil y est encore resté attaché malgré tout, ils sont certainement fort incapables de s’en apercevoir, et ils les traitent en somme comme les physiciens mécanistes traitent les choses auxquelles ils ont affaire, parce que leur mentalité est la même et que leurs facultés sont pareillement bornées. On dit que, quand un trésor est cherché par quelqu’un à qui, pour une raison quelconque, il n’est pas destiné, l’or et les pierres précieuses se changent pour lui en charbon et en cailloux vulgaires ; les modernes amateurs de fouilles pourraient faire leur profit de cette autre « légende » !
Quoi qu’il en soit, il est très certain que, du fait même que les historiens entreprennent toutes leurs recherches en se plaçant à un point de vue moderne et profane, ils rencontrent dans le temps certaines « barrières » plus ou moins complètement infranchissables ; et comme nous l’avons dit ailleurs, la première de ces « barrières » se trouve placée vers le VIe siècle avant l’ère chrétienne, où commence ce qu’on peut, avec les conceptions actuelles, appeler l’histoire proprement dite, si bien que l’antiquité que celle-ci envisage n’est, somme toute, qu’une antiquité fort relative. On dira sans doute que les fouilles récentes ont permis de remonter beaucoup plus haut, en mettant au jour des restes d’une antiquité bien plus reculée que celle-là, et cela est vrai jusqu’à un certain point ; seulement, ce qui est assez remarquable, c’est qu’il n’y a plus alors aucune chronologie certaine, si bien que les divergences dans l’estimation des dates des objets et des événements portent sur des siècles et parfois même sur des millénaires entiers ; en outre, on n’arrive à se faire aucune idée tant soit peu nette des civilisations de ces époques plus lointaines, parce qu’on ne peut plus trouver, avec ce qui existe actuellement, les termes de comparaison qui se rencontrent encore quand il ne s’agit que de l’antiquité « classique », ce qui ne veut pas dire que celle-ci, de même que le moyen âge qui est pourtant encore plus proche de nous dans le temps, ne soit pas fort défigurée dans les représentations qu’en donnent les historiens modernes. D’ailleurs, la vérité est que tout ce que les fouilles archéologiques ont fait connaître de plus ancien jusqu’ici ne remonte qu’aux environs du début du Kali-Yuga, où se trouve naturellement placée une seconde « barrière » ; et si l’on pouvait arriver à franchir celle-ci par un moyen quelconque, il y en aurait encore une troisième correspondant à l’époque du dernier grand cataclysme terrestre, c’est-à-dire de celui qui est désigné traditionnellement comme la disparition de l’Atlantide ; il serait évidemment tout à fait inutile de vouloir remonter encore plus loin car, avant que les historiens ne soient parvenus à ce point, le monde moderne aura eu grandement le temps de disparaître à son tour !
Ces quelques indications suffisent pour faire comprendre combien sont vaines toutes les discussions auxquelles les profanes (et par ce mot nous devons entendre ici tous ceux qui sont affectés de l’esprit moderne) peuvent essayer de se livrer sur ce qui se rapporte aux premières périodes du Manvantara, aux temps de l’« âge d’or » et de la « tradition primordiale », et même à des faits beaucoup moins reculés comme le « déluge » biblique, si l’on ne prend celui-ci que dans le sens le plus immédiatement littéral où il se réfère au cataclysme de l’Atlantide ; ces choses sont de celles qui sont et seront toujours entièrement hors de leur portée. C’est d’ailleurs pourquoi ils les nient, comme ils nient indistinctement tout ce qui les dépasse d’une façon quelconque, car toutes leurs études et toutes leurs recherches, entreprises en partant d’un point de vue faux et borné, ne peuvent aboutir en définitive qu’à la négation de tout ce qui n’est pas inclus dans ce point de vue ; et au surplus, ces gens sont tellement persuadés de leur « supériorité » qu’ils ne peuvent admettre l’existence ou la possibilité de quoi que ce soit qui échappe à leurs investigations ; assurément, des aveugles seraient tout aussi bien fondés à nier l’existence de la lumière et à en tirer prétexte pour se vanter d’être supérieurs aux hommes normaux !
Ce que nous venons de dire des limites de l’histoire, envisagée suivant la conception profane, peut s’appliquer également à celles de la géographie car, là aussi, il y a bien des choses qui ont complètement disparu de l’horizon des modernes ; que l’on compare les descriptions des géographes anciens à celles des géographes modernes, et l’on sera souvent amené à se demander s’il est vraiment possible que les unes et les autres se rapportent à un même pays. Pourtant, les anciens dont il s’agit ne le sont qu’en un sens très relatif, et même, pour constater des choses de ce genre, il n’y a pas besoin de remonter au delà du moyen âge ; il n’y a donc certainement eu, dans l’intervalle qui les sépare de nous, aucun cataclysme notable ; le monde, malgré cela, a-t-il pu changer de figure à un tel point et aussi rapidement ? Nous savons bien que les modernes diront que les anciens ont mal vu, ou qu’ils ont mal rapporté ce qu’ils ont vu ; mais cette explication, qui reviendrait en somme à supposer que, avant notre époque, tous les hommes étaient atteints de troubles sensoriels ou mentaux, est vraiment par trop « simpliste » et négative ; et si l’on veut examiner la question en toute impartialité, pourquoi, au contraire, ne seraient-ce pas les modernes qui voient mal, et qui même ne voient pas du tout certaines choses ? Ils proclament triomphalement que « la terre est maintenant entièrement découverte », ce qui n’est peut-être pas aussi vrai qu’ils le croient, et ils s’imaginent que, par contre, elle était inconnue aux anciens dans sa plus grande partie, en quoi on peut se demander de quels anciens ils veulent parler au juste, et s’ils pensent que, avant eux, il n’y eut pas d’autres hommes que les Occidentaux de l’époque « classique », et que le monde habité se réduisait à une petite portion de l’Europe et de l’Asie Mineure ; ils ajoutent que « cet inconnu, parce qu’inconnu, ne pouvait être que mystérieux » ; mais où ont-ils vu que les anciens aient dit qu’il y avait là des choses « mystérieuses », et n’est-ce pas tout simplement eux qui les déclarent telles parce qu’ils ne les comprennent plus ? Au début, disent-ils encore, on vit des « merveilles », puis, plus tard, il y eut seulement des « curiosités » ou des « singularités », et enfin « on s’aperçut que ces singularités se pliaient à des lois générales, que les savants cherchaient à fixer » ; mais ce qu’ils décrivent ainsi tant bien que mal, n’est-ce pas précisément la succession des étapes de la limitation des facultés humaines, étapes dont la dernière correspond à ce qu’on peut appeler proprement la manie des explications rationnelles, avec tout ce qu’elles ont de grossièrement insuffisant ? En fait, cette dernière façon de voir les choses, d’où procède la géographie moderne, ne date véritablement que des XVIIe et XVIIIe siècles, c’est-à-dire de l’époque même qui vit la naissance et la diffusion de la mentalité spécialement rationaliste, ce qui confirme bien notre interprétation ; à partir de ce moment, les facultés de conception et de perception qui permettaient à l’homme d’atteindre autre chose que le mode le plus grossier et le plus inférieur de la réalité étaient totalement atrophiées, en même temps que le monde lui-même était irrémédiablement « solidifié ».
En envisageant ainsi les choses, on en arrive finalement à ceci : ou bien on voyait autrefois ce qu’on ne voit plus maintenant, parce qu’il y a eu des changements considérables dans le milieu terrestre ou dans les facultés humaines, ou plutôt dans les deux à la fois, ces changements étant d’ailleurs d’autant plus rapides qu’on s’approche davantage de notre époque ; ou bien ce qu’on appelle la « géographie » avait anciennement une tout autre signification que celle qu’elle a aujourd’hui. En fait, les deux termes de cette alternative ne s’excluent point, et chacun d’eux exprime un côté de la vérité, la conception qu’on se fait d’une science dépendant naturellement à la fois du point de vue où l’on considère son objet et de la mesure dans laquelle on est capable de saisir effectivement les réalités qui y sont impliquées : par ces deux côtés à la fois, une science traditionnelle et une science profane, même si elles portent le même nom (ce qui indique généralement que la seconde est comme un « résidu » de la première), sont si profondément différentes qu’elles sont réellement séparées par un abîme. Or il y a bien réellement une « géographie sacrée » ou traditionnelle, que les modernes ignorent aussi complètement que toutes les autres connaissances du même genre ; il y a un symbolisme géographique aussi bien qu’un symbolisme historique, et c’est la valeur symbolique des choses qui leur donne leur signification profonde, parce que c’est par là qu’est établie leur correspondance avec des réalités d’ordre supérieur ; mais pour déterminer effectivement cette correspondance il faut être capable, d’une façon ou d’une autre, de percevoir dans les choses mêmes le reflet de ces réalités. C’est ainsi qu’il y a des lieux qui sont plus particulièrement aptes à servir de « support » à l’action des « influences spirituelles », et c’est là-dessus qu’a toujours reposé l’établissement de certains « centres » traditionnels principaux ou secondaires, dont les « oracles » de l’antiquité et les lieux de pèlerinage fournissent les exemples les plus apparents extérieurement ; il y a aussi d’autres lieux qui sont non moins particulièrement favorables à la manifestation d’« influences » d’un caractère tout opposé, appartenant aux plus basses régions du domaine subtil ; mais que peut bien faire à un Occidental moderne qu’il y ait par exemple en tel lieu une « porte des Cieux » ou en tel autre une « bouche des Enfers », puisque l’« épaisseur » de sa constitution « psycho-physiologique » est telle que, ni dans l’un ni dans l’autre, il ne peut éprouver absolument rien de spécial ? Ces choses sont donc littéralement inexistantes pour lui, ce qui, bien entendu, ne veut point dire qu’elles aient réellement cessé d’exister ; mais il est d’ailleurs vrai que, les communications du domaine corporel avec le domaine subtil s’étant réduites en quelque sorte au minimum, il faut, pour pouvoir les constater, un plus grand développement des mêmes facultés qu’autrefois, et ce sont justement ces facultés qui, bien loin de se développer, ont été au contraire en s’affaiblissant généralement et ont fini par disparaître chez la « moyenne » des individus humains, si bien que la difficulté et la rareté des perceptions de cet ordre en ont été doublement accrues, et c’est ce qui permet aux modernes de tourner en dérision les récits des anciens.
À ce propos, nous ajouterons encore une remarque concernant certaines descriptions d’êtres étranges qui se rencontrent dans ces récits : comme ces descriptions datent naturellement tout au plus de l’antiquité « classique », dans laquelle il s’était déjà produit une incontestable dégénérescence au point de vue traditionnel, il est fort possible qu’il s’y soit introduit des confusions de plus d’une sorte ; ainsi, une partie de ces descriptions peut en réalité provenir des « survivances » d’un symbolisme qui n’était plus compris, tandis qu’une autre peut se référer aux apparences revêtues par les manifestations de certaines « entités » ou « influences » appartenant au domaine subtil, et qu’une autre encore, mais qui n’est sans doute pas la plus importante, peut être réellement la description d’êtres ayant eu une existence corporelle en des temps plus ou moins éloignés, mais appartenant à des espèces disparues depuis lors ou n’ayant subsisté que dans des conditions exceptionnelles et par de très rares représentants, ce qui peut même encore se rencontrer aujourd’hui, quoi qu’en pensent ceux qui s’imaginent qu’il n’y a plus en ce monde rien d’inconnu pour eux. On voit que, pour discerner ce qu’il y a au fond de tout cela, il faudrait un travail assez long et difficile, et d’autant plus que les « sources » dont on dispose sont plus loin de représenter de pures données traditionnelles ; il est évidemment plus simple et plus commode de tout rejeter en bloc comme le font les modernes, qui d’ailleurs ne comprendraient pas mieux les véritables données traditionnelles elles-mêmes et n’y verraient encore que d’indéchiffrables énigmes, et qui persisteront naturellement dans cette attitude négative jusqu’à ce que de nouveaux changements dans la « figure du monde » viennent finalement détruire leur trompeuse sécurité.
Глава XIX Пределы истории и географии
Выше мы сказали, что вследствие качественных отличий между различными периодами времени, например, между различными фазами такого цикла, как наша манвантара (очевидно, что за пределами длительности нашего человечества условия должны ещё сильнее отличаться), в космической среде вообще, и в частности, в земной среде, более непосредственным образом касающейся нас, происходят изменения, о которых профанная наука, ограниченная горизонтом одного только современного мира, в котором она возникла, не может составить никакой идеи, так что какую бы эпоху она ни рассматривала, она всегда представляет её миром, условия которого будут похожи на современные условия. С другой стороны как мы видели, психологи полагают, что человек психологически был всегда таким же, как и теперь; то, что верно для психологов, также истинно и для историков, которые оценивают действия людей античности или средних веков так же точно, как и действия своих современников, приписывая им одинаковые мотивы и намерения; идёт ли речь о человеке или о среде, и там и тут очевидно применение упрощенческих и «приводящих к единообразию» концепций, которые так хорошо соответствуют актуальным тенденциям; разумеется, мы не беремся разрешать здесь проблему определения, каким образом это «сведение к единству» прошлого согласуется с «прогрессистскими» и «эволюционистскими» теориями в одно и то же время у одних и тех же индивидов, но несомненно, это лишь один из примеров многочисленных противоречий современного состояния сознания.
Когда мы говорим об изменениях среды, то имеем в виду не только более или менее обширные катаклизмы, которыми отмечены каким-то образом «критические точки» цикла; это внезапные изменения, соответствующие настоящим нарушениям равновесия, и даже в тех случаях, когда речь не идёт об исчезновении целого континента (случаи, которые действительно встречаются в истории настоящего человечества), легко понять, что весь ансамбль земной среды должен быть не в меньшей мере задет его отзвуками и что таким образом «лицо мира», если можно так сказать, должно значительно измениться. Но существуют ещё постоянные и незаметные модификации, которые в течение периода, когда не происходит никаких катаклизмов, приводят, тем не менее, мало-помалу к такому же значительному результату; само собою разумеется, что речь здесь идёт не о простых «геологических» модификациях в том смысле, в котором это понимают профанные геологи, к тому же ошибочно рассматривать сами катаклизмы исключительно с этой точки зрения, которая как всегда ограничивается наиболее внешним; мы имеем в виду нечто гораздо более глубокое, относящееся к самим условиям среды, так что существа и вещи от этого не в меньшей степени претерпели бы подлинное изменение, даже если и не принимать во внимание геологические явления, которые здесь не более чем детали второстепенной важности. Что касается искусственных модификаций, произведенных вмешательством человека, то они вообще суть лишь следствия в том смысле, в каком, как мы уже объяснили, условия именно той или иной эпохи делают их возможными; однако, если человек и может действовать более глубоким образом на среду, то это скорее психически, чем телесно, и то, что мы уже сказали об эффектах материалистической установки, делает это достаточно понятным.
Из всего представленного нами выше легко понять теперь общее направление, в котором осуществляются эти изменения: это то направление, которое мы охарактеризовали как «отвердение» мира, придающее всем вещам вид, соответствующий все более близким образом (хотя, тем не менее, всегда на самом деле неточным) той манере, в какой их рассматривают количественные, механистические или материалистические концепции; именно поэтому, говорили мы, современная профанная наука преуспевает в своих практических приложениях и также поэтому окружающая реальность не представляет ей слишком очевидных опровержений. Этого не могло быть в предшествующие эпохи, когда мир не был таким «твердым», каким он стал сегодня, и когда телесная модальность и тонкие модальности индивидуальной сферы ещё не были столь полно разделены (хотя, как мы далее увидим, даже в настоящем состоянии следует сделать некоторые оговорки относительно этого разделения). Не только человек видел мир не такими глазами, как сегодня, и воспринимал многие вещи, которые с тех пор полностью от него ускользают, поскольку тогда его способности были гораздо тесно ограничены; но соответственно, сам мир как космический ансамбль поистине был качественно иным, потому что возможности другого порядка отражались в телесной сфере и «преображали» её в некотором роде; и когда, например, некоторые «легенды» говорят, что некогда было время, в котором драгоценные камни были так же распространены, как сегодня самые грубые булыжники, это не надо понимать в одном лишь символическом смысле. Разумеется, символический смысл всегда присутствует в подобных случаях, но это не значит, что он единственный, так как всякая проявленная вещь сама необходимо является символом по отношению к высшей реальности; мы полагаем, что больше на этом не следует останавливаться, так как мы уже имели выше достаточно возможностей это объяснить, будь то в общей форме, или же в более частных случаях, таких, как символическое значение исторических и географических фактов.
Мы предупредим, не откладывая далее, возражение, которое может быть выдвинуто по поводу этих качественных изменений в «лице мира»: возможно, скажут, что если бы это было так, то следы исчезнувших эпох, которые каждое мгновение открывают, должны об этом свидетельствовать и что, не говоря уже о «геологических» эпохах и придерживаясь только того, что относится к человеческой истории, археологи и специалисты по «первобытной истории» никогда ничего не находят такого, как бы далеко в прошлое не простирались бы результаты их раскопок. Ответ, на деле, очень прост: прежде всего эти следы в том состоянии, в каком они сегодня предстают и, следовательно, составляют часть современной среды, с необходимостью причастны, как и все остальное, к «отвердению» мира; если бы они не были ему причастны, то их существование не было бы в согласии с общими условиями, и они бы полностью исчезли, и, несомненно, так оно и есть в действительности для многих вещей, от которых теперь нельзя найти ни малейшего следа. Кроме того, археологи изучают сами эти остатки современными глазами, которые охватывают лишь самую грубую модальность проявления, так что даже если что-нибудь более тонкое и сохранилось ещё несмотря ни на что, они, конечно же, совершенно не в состоянии этого заметить; они вообще их рассматривают так, как механики рассматривают вещи, с которыми имеют дело, потому что сознание у них такое же и способности их так же ограничены. Говорят, что когда драгоценности ищут те, для кого они по каким-то причинам не предназначены, то золото и драгоценные камни для них превращаются в уголь и обычные камни; современные любители раскопок могли бы извлечь пользу и из этой «легенды»!
Как бы то ни было, но совершенно очевидно, что в виду того, что они предпринимают любое своё исследование, исходя из современной и профанной точки зрения, они во времени встречают некоторые «барьеры», более или менее непроницаемые, и, как мы уже говорили в другом месте, первый из этих «барьеров» находится в VI веке до начала христианской эры, где начинается то, что, в согласии с современными концепциями, можно назвать историей в собственном смысле слова, так что рассматриваемая ею античность в конечном счёте является античностью в очень относительном смысле. Без сомнения скажут, что недавние раскопки позволяют восходить гораздо дальше, находя остатки гораздо более древней античности, чем эта, и до некоторой степени это правда; но только особенно замечательно то, что здесь больше нет никакой надежной хронологии, так что расхождения в предполагаемых датах объектов и событий иногда доходят до веков и даже до целых тысячелетий; кроме того, не удалось создать никакой сколько-нибудь ясной идеи о цивилизациях этих столь удаленных эпох, потому что там уже не могут найти понятия, сравнимые с теми, что существуют сегодня, которые ещё встречаются тогда, когда речь идёт только о «классической» античности, что не означает, что они не были бы сильно искажены в представлениях современных историков, так же, как и Средние века, ещё более близкие к нашему времени. К тому же все самые древние сведения, которые могут предоставить археологические раскопки, восходят приблизительно только до начала кали-юги, где располагается, естественно, второй «барьер»; и если бы каким-нибудь образом его удалось пересечь, то был бы ещё третий, соответствующий эпохе последнего большого земного катаклизма, то есть той, которая традиционно обозначается как исчезновение Атлантиды; очевидно, что было бы совершенно бесполезно желать подняться ещё дальше, так как прежде чем историкам удастся дойти до этой точки, современный мир будет иметь достаточно времени, чтобы самому в свою очередь исчезнуть!
Этих нескольких указаний достаточно, чтобы понять, сколь пусты все те дискуссии, в которых профаны (под этим словом мы здесь должны понимать всех тех, кто заражен современным духом) могут выступать по поводу того, что касается первых периодов манвантары, времен «золотого века» и «первоначальной традиции» и даже таких гораздо менее удаленных от нас фактов, как библейский «потоп», если принимать его лишь в самом непосредственном, буквальном смысле, относя к катаклизму Атлантиды; эти вещи были и всегда будут недоступными. Впрочем, именно поэтому их и отрицают, как без разбора отрицают всё то, что превосходит их каким-то образом, так как все работы, все исследования и предприятия, исходящие из ложной и ограниченной точки зрения, могут в конце концов привести лишь к отрицанию всего того, что не подпадает под эту точку зрения; сверх того, эти люди настолько убеждены в своем «превосходстве», что они не могут предположить существование того света и извлекать из этого повод для того, чтобы с гордостью считать себя выше нормальных людей!
То, что мы сказали о пределах истории, рассматриваемой в согласии с профанной концепцией, может быть также применено к географии, так как и здесь много такого, что полностью исчезло с горизонта современных людей; когда сравнивают описания древних и современных географов, то нередко спрашивают себя, возможно ли, чтобы и те и другие говорили об одной и той же стране. Однако, это «древние» в очень относительном смысле, и чтобы констатировать подобные вещи, даже не надо подниматься далее средних веков; не было, следовательно, в интервале, разделяющем нас от них, никакого значительного катаклизма; и несмотря на это, мог ли мир изменить своё лицо до такой степени и так быстро? Мы прекрасно знаем, что современники скажут: древние плохо видели или они плохо сообщали то, что видели; но это объяснение, которое снова нас как бы возвращает к предположению, что до нашего времени все люди были поражены умственным расстройством и расстройством чувств, поистине, является слишком «упрощенческим» и негативным; если же хотят изучить вопрос со всей непредвзятостью, то почему не предположить, напротив, что плохо видят наши современники и что они даже вообще не видят некоторых вещей? Они победоносно заявляют, что «земля теперь полностью открыта», что, может быть, не так уж верно, как они думают, и они воображают, что, напротив, она была древним неизвестна в своей большей части, но можно спросить, о каких древних они на самом деле говорят и не думают ли они, что до них не было других людей, кроме западных людей «классической» эпохи и что обитаемый мир сводился к маленькой части Европы и Малой Азии; они добавляют, что это «неизвестное, поскольку оно неизвестное, может быть лишь таинственным»; но где они видели, чтобы древние говорили, что там есть «таинственные» вещи, и не они ли сами их объявляют таковыми, потому что больше уже их не понимают? Добавим к этому, что вначале видят «чудеса», потом находят только «достопримечательности» или «странности», и, наконец, «замечают, что эти странности подчиняются общим законам, которые стремятся определить ученые»; но не является ли то, что они кое-как описывают, как раз последовательностью этапов ограничения человеческих способностей, этапов, последний из которых соответствует тому, что можно назвать собственно манией рациональных объяснений со всем присущим им грубым несовершенством? Действительно, этот последний способ видения вещей, из которого происходит современная география, датируется на самом деле XVII–XVIII веками, то есть той самой эпохой, которая была свидетельницей рождения и распространения особой рационалистической ментальности, что хорошо подтверждает нашу интерпретацию; начиная с этого времени, способности понимания и восприятия, которые позволяли человеку проникать в нечто иное, чем наиболее грубый и низший модус реальности, были полностью атрофированы в то же самое время, как мир сам непоправимо «отвердел».
Рассматривая вещи таким образом, в конце концов пришли к следующему: или тогда видели то, что не видят теперь, потому что произошли значительные изменения либо в земной среде, либо в способностях человека, или же, скорее, эти изменения и в том и в другом шли тем более быстро, чем ближе мы подходим к нашей эпохе; или же то, что называют «географией», имело в древности совершенно иное значение, нежели сегодня. Действительно, оба термина этой противоположности вовсе не исключают друг друга, и каждый из них выражает одну сторону истины, концепцию, которую себе составляют относительно науки, зависящей, естественно, одновременно и от точки зрения, с которой рассматривают её предмет, и от меры, в которой действительно способны схватить присущие ему реальности: по этим двум параметрам одновременно традиционная наука и профанная, даже если они носят одно и то же имя (вообще говоря, это указывает на то, что вторая есть «остаток» от первой), столь глубоко различны, что реально они разделены пропастью. Итак, вполне реально существует традиционная или «священная география», которую наши современники полностью игнорируют, как и все другие познания того же рода; равно как и исторический, существует географический символизм, и именно символическая ценность вещей придает им глубокое значение, потому что через это устанавливается их соответствие с реальностями высшего порядка; но чтобы действительно установить это соответствие, надо быть способным тем или иным образом воспринимать в самих вещах отражение их реальностей. Так, есть места, которые в особенности пригодны для того, чтобы служить «опорой» для воздействий «духовных влияний», и именно на них всегда основываются определённые главные и второстепенные традиционные «центры», из которых «оракулы» античности и места паломничества представляют собою наиболее явные внешние примеры; существуют также и другие места, которые тоже особо благоприятны для проявления «влияний» совершенно противоположного характера, принадлежащих к самым низким областям тонкой сферы; но что современному западному человеку до того, если в таком-то месте находится «дверь на небеса», а в другом «пасть ада», раз «плотность» его «психофизиологической» конституции такова, что ни в том, ни в другом случае он не может испытать абсолютно ничего особого? Для него эти вещи буквально не существуют, что вовсе не означает, что они действительно перестали существовать; но, впрочем, правда и то, что связь между тонкой сферой и телесной сведена до минимума, и чтобы иметь возможность её констатировать, нужно большее развитие тех же способностей, чем когда-то, и как раз эти способности, вместо того, чтобы развиться, напротив, были вообще ослаблены и, в конце концов, у «среднего» человеческого индивида совсем исчезли, так что трудность и редкость восприятий этого порядка вдвое возросли, что позволяет современным людям обращать в насмешку рассказы древних.
В связи с этим добавим ещё одно замечание, касающееся некоторых описаний странных существ, встречающихся в этих рассказах: поскольку эти рассказы датируются самое большее «классической» античностью, в которой уже произошло несомненное вырождение с традиционной точкой зрения, очень возможно, что здесь были произведены смешения разного рода; так, часть из этих описаний на самом деле могла происходить от «пережитков» символизма, который больше не был понятен, тогда как другая могла относиться к видимостям, облеченным проявлениями некоторых «сущностей» или «влияний», принадлежащих тонкой сфере, а другая часть, хотя она, может быть, несомненно, не самая важная, представляла собою реальное описание существ, имевших телесное существование в более или менее удаленные времена, но принадлежавшие к уже давно исчезнувшим видам и продолжавшим существовать лишь в исключительных условиях и в очень редких представителях, что может даже ещё и сегодня встречаться, не зависимо от того, что об этом думают те, кто воображает, что в этом мире больше нет ничего неизвестного для них. Ясно, что для описания всего этого по существу нужна довольно долгая и трудная работа, тем более, что имеющиеся «источники» далеки от того, чтобы доставлять чистые традиционные данные; очевидно, что легче и удобнее отбросить все сразу, как это и делают современные люди, которые при всем том не будут лучше понимать подлинные традиционные данные и увидят в них лишь не поддающиеся расшифровке загадки и, естественно, настаивать на этой негативной установке до тех пор, пока новое изменение в «лице мира» окончательно не разрушит их обманчивую безопасность.