Chapitre XVII Solidification du monde
Revenons maintenant à l’explication de la façon dont se réalise effectivement, à l’époque moderne, un monde conforme, dans la mesure du possible, à la conception matérialiste ; pour le comprendre, il faut avant tout se souvenir que, comme nous l’avons déjà dit bien des fois, l’ordre humain et l’ordre cosmique, en réalité, ne sont point séparés comme on se l’imagine trop facilement de nos jours, mais qu’ils sont au contraire étroitement liés, de telle sorte que chacun d’eux réagit constamment sur l’autre et qu’il y a toujours une correspondance entre leurs états respectifs. Cette considération est essentiellement impliquée dans toute la doctrine des cycles et, sans elle, les données traditionnelles qui se rapportent à celle-ci seraient à peu près entièrement inintelligibles ; la relation qui existe entre certaines phases critiques de l’histoire de l’humanité et certains cataclysmes se produisant suivant des périodes astronomiques déterminées en est peut-être l’exemple le plus frappant, mais il va de soi que ce n’est là qu’un cas extrême de ces correspondances, qui existent en réalité d’une façon continue, bien qu’elles soient sans doute moins apparentes tant que les choses ne se modifient que graduellement et presque insensiblement.
Cela étant, il est tout naturel que, dans le cours du développement cyclique, la manifestation cosmique tout entière, et la mentalité humaine, qui d’ailleurs y est nécessairement incluse, suivent à la fois une même marche descendante, dans le sens que nous avons déjà précisé, et qui est celui d’un éloignement graduel du principe, donc de la spiritualité première qui est inhérente au pôle essentiel de la manifestation. Cette marche peut donc être décrite, en acceptant ici les termes du langage courant, qui d’ailleurs font ressortir nettement la corrélation que nous envisageons, comme une sorte de « matérialisation » progressive du milieu cosmique lui-même, et ce n’est que quand cette « matérialisation » a atteint un certain degré, déjà très fortement accentué, que peut apparaître corrélativement, chez l’homme, la conception matérialiste, ainsi que l’attitude générale qui lui correspond pratiquement et qui se conforme, comme nous l’avons dit, à la représentation de ce qu’on appelle la « vie ordinaire » ; d’ailleurs, sans cette « matérialisation » effective, tout cela n’aurait pas même le moindre semblant de justification, car la réalité ambiante lui apporterait à chaque instant des démentis trop manifestes. L’idée même de matière, telle que les modernes l’entendent, ne pouvait véritablement prendre naissance que dans ces conditions ; ce qu’elle exprime plus ou moins confusément n’est d’ailleurs, en tout cas, qu’une limite qui, dans le cours de la descente dont il s’agit, ne peut jamais être atteinte en fait, d’abord parce qu’elle est considérée comme étant, en elle-même, quelque chose de purement quantitatif, et ensuite parce qu’elle est supposée « inerte », et qu’un monde où il y aurait quelque chose de vraiment « inerte » cesserait aussitôt d’exister par là même ; cette idée est donc bien la plus illusoire qui puisse être, puisqu’elle ne répond absolument à aucune réalité, si bas que celle-ci soit située dans la hiérarchie de l’existence manifestée. On pourrait dire encore, en d’autres termes, que la « matérialisation » existe comme tendance, mais que la « matérialité », qui serait l’aboutissement complet de cette tendance, est un état irréalisable ; de là vient, entre autres conséquences, que les lois mécaniques formulées théoriquement par la science moderne ne sont jamais susceptibles d’une application exacte et rigoureuse aux conditions de l’expérience, où il subsiste toujours des éléments qui leur échappent nécessairement, même dans la phase où le rôle de ces éléments se trouve en quelque sorte réduit au minimum. Il ne s’agit donc jamais là que d’une approximation, qui, dans cette phase, et sous la réserve de cas devenus alors exceptionnels, peut être suffisante pour les besoins pratiques immédiats, mais qui n’en implique pas moins une simplification très grossière, ce qui lui enlève non seulement toute prétendue « exactitude », mais même toute valeur de « science » au vrai sens de ce mot ; et c’est aussi avec cette même approximation que le monde sensible peut prendre l’apparence d’un « système clos », tant aux yeux des physiciens que dans le courant des événements qui constituent la « vie ordinaire ».
Au lieu de parler de « matérialisation » comme nous venons de le faire, on pourrait aussi, en un sens qui est au fond le même, et d’une façon peut-être plus précise et même plus « réelle », parler de « solidification » ; les corps solides, en effet, sont bien, par leur densité et leur impénétrabilité, ce qui donne plus que toute autre chose l’illusion de la « matérialité ». En même temps, ceci nous rappelle la manière dont Bergson, ainsi que nous l’avons signalé plus haut, parle du « solide » comme constituant en quelque sorte le domaine propre de la raison, en quoi il est d’ailleurs évident que, consciemment ou non (et sans doute peu consciemment, puisque non seulement il généralise et n’apporte aucune restriction, mais que même il croit pouvoir parler en cela d’« intelligence », comme il le fait toujours alors que ce qu’il dit ne peut s’appliquer réellement qu’à la raison), il se réfère plus spécialement à ce qu’il voit autour de lui, c’est-à-dire à l’usage « scientifique » qui est fait actuellement de cette raison. Nous ajouterons que cette « solidification » effective est précisément la véritable cause pour laquelle la science moderne « réussit », non pas certes dans ses théories qui n’en sont pas moins fausses pour cela, et qui d’ailleurs changent à chaque instant, mais dans ses applications pratiques ; en d’autres époques où cette « solidification » n’était pas encore aussi accentuée, non seulement l’homme n’aurait pas pu songer à l’industrie telle qu’on l’entend aujourd’hui, mais encore cette industrie aurait été réellement tout à fait impossible, aussi bien que tout l’ensemble de la « vie ordinaire » où elle tient une place si importante. Ceci, notons-le incidemment, suffit pour couper court à toutes les rêveries de soi-disant « clairvoyants » qui, imaginant le passé sur le modèle du présent, attribuent à certaines civilisations « préhistoriques » et de date fort reculée quelque chose de tout à fait semblable au « machinisme » contemporain ; ce n’est là qu’une des formes de l’erreur qui fait dire vulgairement que « l’histoire se répète », et qui implique une complète ignorance de ce que nous avons appelé les déterminations qualitatives du temps.
Pour en arriver au point que nous avons décrit, il faut que l’homme, du fait même de cette « matérialisation » ou de cette « solidification » qui s’opère naturellement en lui tout aussi bien que dans le reste de la manifestation cosmique dont il fait partie, et qui modifie notablement sa constitution « psychophysiologique », ait perdu l’usage des facultés qui lui permettraient normalement de dépasser les limites du monde sensible car, même si celui-ci est très réellement entouré de cloisons plus épaisses, pourrait-on dire, qu’il ne l’était dans ses états antérieurs, il n’en est pas moins vrai qu’il ne saurait jamais y avoir nulle part une séparation absolue entre différents ordres d’existence ; une telle séparation aurait pour effet de retrancher de la réalité même le domaine qu’elle enfermerait, si bien que, là encore, l’existence de ce domaine, c’est-à-dire du monde sensible dans le cas dont il s’agit, s’évanouirait immédiatement. On pourrait d’ailleurs légitimement se demander comment une atrophie aussi complète et aussi générale de certaines facultés a bien pu se produire effectivement ; il a fallu pour cela que l’homme soit tout d’abord amené à porter toute son attention sur les choses sensibles exclusivement, et c’est par là qu’a dû nécessairement commencer cette œuvre de déviation qu’on pourrait appeler la « fabrication » du monde moderne, et qui, bien entendu, ne pouvait « réussir », elle aussi, que précisement à cette phase du cycle et en utilisant, en mode « diabolique », les conditions présentes du milieu lui-même. Quoi qu’il en soit de ce dernier point, sur lequel nous ne voulons pas insister davantage pour le moment, on ne saurait trop admirer la solennelle niaiserie de certaines déclamations chères aux « vulgarisateurs » scientifiques (nous devrions dire plutôt « scientistes »), qui se plaisent à affirmer à tout propos que la science moderne recule sans cesse les limites du monde connu, ce qui, en fait, est exactement le contraire de la vérité : jamais ces limites n’ont été aussi étroites qu’elles le sont dans les conceptions admises par cette prétendue science profane, et jamais le monde ni l’homme ne s’étaient trouvés ainsi rapetissés, au point d’être réduits à de simples entités corporelles, privées, par hypothèse, de la moindre possibilité de communication avec tout autre ordre de réalité !
Il y a d’ailleurs encore un autre aspect de la question, réciproque et complémentaire de celui que nous avons envisagé jusqu’ici : l’homme n’est pas réduit, en tout cela, au rôle passif d’un simple spectateur, qui devrait se borner à se faire une idée plus ou moins vraie, ou plus ou moins fausse, de ce qui se passe autour de lui ; il est lui-même un des facteurs qui interviennent activement dans les modifications du monde où il vit ; et nous devons ajouter qu’il en est même un facteur particulièrement important, en raison de la position proprement « centrale » qu’il se trouve occuper dans ce monde. En parlant de cette intervention humaine, nous n’entendons pas faire allusion simplement aux modifications artificielles que l’industrie fait subir au milieu terrestre, et qui sont d’ailleurs trop évidentes pour qu’il y ait lieu de s’y étendre ; c’est là une chose dont il convient assurément de tenir compte, mais ce n’est pas tout, et ce dont il s’agit surtout, au point de vue où nous nous plaçons en ce moment, est quelque chose de tout autre, qui n’est pas voulu par l’homme, du moins expressément et consciemment, mais qui va cependant beaucoup plus loin en réalité. En effet, la vérité est que la conception matérialiste, une fois qu’elle a été formée et répandue d’une façon quelconque, ne peut que concourir à renforcer encore cette « solidification » du monde qui l’a tout d’abord rendue possible, et toutes les conséquences qui dérivent directement ou indirectement de cette conception, y compris la notion courante de la « vie ordinaire », ne font que tendre à cette même fin, car les réactions générales du milieu cosmique lui-même changent effectivement suivant l’attitude adoptée par l’homme à son égard. On peut dire véritablement que certains aspects de la réalité se cachent à quiconque l’envisage en profane et en matérialiste, et se rendent inaccessibles à son observation ; ce n’est pas là une simple façon de parler plus ou moins « imagée », comme certains pourraient être tentés de le croire, mais bien l’expression pure et simple d’un fait, de même que c’est un fait que les animaux fuient spontanément et instinctivement devant quelqu’un qui leur témoigne une attitude hostile. C’est pourquoi il est des choses qui ne pourront jamais être constatées par des « savants » matérialistes ou positivistes, ce qui, naturellement, les confirme encore dans leur croyance à la validité de leurs conceptions, en paraissant leur en donner comme une sorte de preuve négative, alors que ce n’est pourtant rien de plus ni d’autre qu’un simple effet de ces conceptions elles-mêmes ; ce n’est pas, bien entendu, que ces choses aient aucunement cessé d’exister pour cela depuis la naissance du matérialisme et du positivisme, mais elles se « retranchent » véritablement hors du domaine qui est à la portée de l’expérience des savants profanes, s’abstenant d’y pénétrer en aucune façon qui puisse laisser soupçonner leur action ou leur existence même, tout comme, dans un autre ordre qui n’est d’ailleurs pas sans rapport avec celui-là, le dépôt des connaissances traditionnelles se dérobe et se ferme de plus en plus strictement devant l’envahissement de l’esprit moderne. C’est là, en quelque sorte, la « contrepartie » de la limitation des facultés de l’être humain à celles qui se rapportent proprement à la seule modalité corporelle : par cette limitation, il devient, disions-nous, incapable de sortir du monde sensible ; par ce dont il s’agit maintenant, il perd en outre toute occasion de constater une intervention manifeste d’éléments suprasensibles dans le monde sensible lui-même. Ainsi se trouve complétée pour lui, autant qu’il est possible, la « clôture » de ce monde, devenu ainsi d’autant plus « solide » qu’il est plus isolé de tout autre ordre de réalité, même de ceux qui sont le plus proches de lui et qui constituent simplement des modalités différentes d’un même domaine individuel ; à l’intérieur d’un tel monde, il peut sembler que la « vie ordinaire » n’ait plus désormais qu’à se dérouler sans trouble et sans accidents imprévus, à la façon des mouvements d’une « mécanique » parfaitement réglée ; l’homme moderne, après avoir « mécanisé » le monde qui l’entoure, ne vise-t-il pas à se « mécaniser » lui-même de son mieux, dans tous les modes d’activité qui restent encore ouverts à sa nature étroitement bornée ?
Cependant, la « solidification » du monde, si loin qu’elle soit poussée effectivement, ne peut jamais être complète, et il y a des limites au delà desquelles elle ne saurait aller, puisque, comme nous l’avons dit, son extrême aboutissement serait incompatible avec toute existence réelle, fût-elle du degré le plus bas ; et même, à mesure que cette « solidification » avance, elle n’en devient toujours que plus précaire, car la réalité la plus inférieure est aussi la plus instable ; la rapidité sans cesse croissante des changements du monde actuel n’en témoigne d’ailleurs que d’une façon trop éloquente. Rien ne peut faire qu’il n’y ait des « fissures » dans ce prétendu « système clos », qui a du reste, par son caractère « mécanique », quelque chose d’artificiel (il va de soi que nous prenons ici ce mot en un sens beaucoup plus large que celui où il ne s’applique proprement qu’aux simples productions industrielles) qui n’est guère de nature à inspirer confiance en sa durée ; et, actuellement même, il y a déjà de multiples indices qui montrent précisément que son équilibre instable est en quelque sorte sur le point d’être rompu. Il en est si bien ainsi que ce que nous disons du matérialisme et du mécanisme de l’époque moderne pourrait presque, en un certain sens, être mis déjà au passé ; cela ne veut certes pas dire que ses conséquences pratiques ne peuvent pas continuer à se développer pendant quelque temps encore, ou que son influence sur la mentalité générale ne persistera pas plus ou moins longtemps, ne serait-ce que du fait de la « vulgarisation » sous ses formes diverses, y compris l’enseignement scolaire à tous ses degrés, où traînent toujours de nombreuses « survivances » de ce genre (et nous allons tout à l’heure y revenir plus amplement) ; mais il n’en est pas moins vrai que, au moment où nous en sommes, la notion même de la « matière », si péniblement constituée à travers tant de théories diverses, semble être en train de s’évanouir ; seulement, il n’y a peut-être pas lieu de s’en féliciter outre mesure, car, ainsi qu’on le verra plus clairement par la suite, ce ne peut être là, en fait, qu’un pas de plus vers la dissolution finale.
Глава XVII Отвердение мира
Теперь вернемся к объяснению того способа, которым действительно реализуется в современную эпоху мир, соответствующий, насколько это возможно, материалистической концепции; чтобы понять это, надо вспомнить, как мы уже много раз говорили, что человеческий и космический порядки в реальности вовсе не отделены, как это слишком легко представляют в наши дни, но что они, напротив, тесно связаны таким образом, что каждый из них постоянно реагирует на другой и что всегда есть соответствие между их взаимными состояниями. Это положение, по существу, заключается во всех учениях о циклах, и без него традиционные данные, относящиеся к нему, почти полностью оказываются непостижимыми; связь, которая существует между некоторыми критическими фазами человеческой истории и некоторыми катаклизмами, происходящими согласно определённым астрономическим периодам, является, может быть, самым поразительным тому примером, но само собою разумеется, что это только лишь предельный случай соответствий, которые существуют постоянно в реальности, хотя они, несомненно, и менее явны, поскольку вещи меняются постепенно и почти незаметно.
Поскольку это так, что совершенно естественно, то в ходе циклического развития космическое проявление в целом и человеческая ментальность, которая, впрочем, включена необходимым образом в него, следуют одновременно одному и тому же нисходящему движению, в направлении, которое мы уже назвали и которое является постепенным удалением от принципа, следовательно, от изначальной духовности, которая присуща сущностному полюсу проявления. Следовательно, это движение может быть описано, применяя здесь понятия обыденного языка, которые чётко выделяют соответствие, рассматриваемое нами как нечто вроде прогрессирующей «материализации» самой космической среды, и только когда эта «материализация» достигла определённой степени, уже очень сильно выявленной, может, соответственно, у человека появится материалистическая концепция, так же, как и общая установка, практически ей соответствующая и согласующаяся, как мы сказали, с идеей того, что называют «обычной жизнью»; однако, без этой действительной «материализации» все это не имело бы даже малейшего оправдания, так как окружающая реальность каждое мгновение приносила бы слишком явные опровержения. Сама идея материи, как понимают её современные люди, на самом деле могла родиться только при этих условиях; то, что она более или менее смутно выражает, есть во всяком случае только лишь предел, который по ходу нисхождения, о котором идёт речь, никогда не может быть достигнут фактически, прежде всего потому, что она рассматривается как нечто само по себе чисто количественное, и затем потому, что она предполагается «инертной», а мир, в котором есть что-либо поистине «инертное», тем самым тотчас же перестаёт существовать; следовательно, эта идея есть самое иллюзорное из всего, что только может быть, потому что она не отвечает абсолютно никакой реальности, сколь низко не помещалась бы она в иерархии проявленного существования. Другими словами, можно сказать, что «материализация» существует как тенденция, но «материализация», которая была бы полным завершением этой тенденции, есть состояние нереализуемое; отсюда следует, среди других последствий, что теоретически сформулированные современной наукой механические законы никогда не подлежат точному и строгому применению в условиях опыта, где всегда существуют элементы, которые с необходимостью от них ускользают, даже в той фазе, где роль этих элементов оказывается, в некотором роде, сведенной до минимума. Следовательно, здесь речь всегда идёт только о приближении, которое в этой фазе с оговоркой, что случай исключительный, может быть достаточным для непосредственных практических нужд, но что, тем не менее, предполагает очень грубое упрощение, что лишает его не только всякой предполагаемой «точности», но и всякой «научной» ценности в подлинном смысле этого слова; и так же обстоит дело с тем самым приближением, по которому чувственный мир может принять вид «замкнутой системы», как в глазах физиков, так и в потоке событий, составляющих «обычную жизнь».
Вместо того, чтобы говорить о «проявлении», как мы это только что делали, можно было бы в том же, по существу, смысле и, может быть, даже более точным и «реальным» образом говорить об «отвердении»; твердые тела, действительно, по своей плотности и непроницаемости суть то, что более чем что-нибудь другое дает иллюзию «материальности». В то же время, если мы вспомним манеру, с которой Бергсон, как мы выше отмечали, говорил о «твердом» как в некотором роде конституирующем собственную область разума, из чего становится очевидным, что сознательно или нет (несомненно, не слишком сознательно, не только потому что он обобщает, не внося никакого ограничения, но он даже верит, что может говорить об этом как об «интеллекте», как он всегда и делает в этих случаях, тогда как то, что он говорит, можно реально отнести только к разуму), он преимущественно соотносится с тем, что видит вокруг себя, то есть имеет место «научное» употребление, которое сделали в настоящее время из этого разума. Добавим, что это действительное «отвердение» как раз и есть истинная причина, по которой современная наука «преуспевает», но, конечно, не в своих теориях, которые не становятся из-за этого менее ошибочными и которые к тому же ежеминутно меняются, но в своих практических приложениях; в другие эпохи, в которые это «отвердение» не было ещё достаточно выражено, не только человек не мог мечтать о промышленности, как её сегодня понимают, но и сама эта промышленность ещё была совершенно невозможна, так же, как и вся «обычная жизнь», в которой она занимает столь важное место. По ходу дела отметим, что этого достаточно, чтобы покончить со всеми мечтаниями так называемых «ясновидящих», которые, воображая прошлое по модели настоящего, приписывают некоторым «доисторическим» и давно прошедшим цивилизациям что-либо очень сходное с современной «машинностью»; это одна из форм заблуждения, которую на популярном языке можно назвать «история повторяется» и которая предполагает полное незнание того, что мы назвали качественным определением времени.
Чтобы дойти до того, что мы описали, надо, чтобы человек вследствие самой этой «материализации» или «отвердения», которое совершенно естественно в нем так же осуществляется, как и во всей остальной сфере космического проявления, часть которого он составляет и которое именно и изменяет его «психофизиологическую» конституцию, утратил опыт употребления способностей, которые позволяли бы ему нормальным образом превосходить границы чувственного мира, так как, даже если он весьма реально и окружен непроницаемыми ограждениями, то можно было бы сказать, что он таким не был в предшествующих состояниях; не в меньшей степени также верно, что в нем никогда не было никакого абсолютного разделения между различными порядками существования; такое разделение имело бы следствием отсечение от самой реальности той области, которая бы в ней заключалась, так что существование этой области, то есть, в данном случае, чувственного мира, немедленно бы испарилось. Впрочем, было бы законно спросить, как столь полная, столь всеобщая атрофия определённых способностей действительно могла произойти; для этого нужно было, чтобы человек сначала пришел к тому, чтобы все своё внимание направлять исключительно на вещи чувственного мира, и с этого должна была необходимо начаться работа по отклонению, которую можно было бы назвать «изготовлением» современного мира и которая, разумеется, может быть удачной только на этой фазе цикла, «дьявольским» образом используя условия, предоставляемые самой средой. Мы не будем больше останавливаться сейчас на этом. Как бы то ни было, не следует слишком обольщаться торжественной глупостью некоторых заявлений, дорогих для научных «популяризаторов» (мы должны были бы сказать, скорее, «саентистов»), которые с удовольствием утверждают по любому поводу, что современная наука отодвигает без конца границы познанного мира, что, на самом деле, в точности противоположно истине: никогда эти границы не были столь узкими, каковыми они являются в концепциях, предлагаемых этой профанной мнимой наукой, и никогда ни мир, ни человек не оказывались столь уменьшенными до такой степени, что стали сведенными к простым телесным единствам, гипотетически лишённым малейшей возможности связи с любым другим порядком реальности!
Впрочем, существует другой аспект проблемы, дополнительный к тому, который мы до этого рассматривали: во всем этом человек не сведен к пассивной роли простого созерцателя, который должен ограничиваться созданием более или менее истинных или более или менее ложных идей относительно того, что происходит вокруг него; он сам является одним из факторов, которые активно внедряются в изменение мира, в котором он живет; мы должны добавить, что и сам он является особенно важным фактором из-за его, собственно говоря, «центральной» позиции, которую он занимает в этом мире. Говоря об этом человеческом внедрении, мы не имеем в виду просто искусственные изменения, которые промышленность заставляет претерпеть земную среду и которые, к тому же, слишком очевидны, чтобы стоило об этом распространяться; конечно, это следует учитывать, но это не все, и то, о чем речь идёт с точки зрения, на которой мы теперь находимся, представляет собою нечто совершенно иное, чего человек не желал, по крайней мере, сознательно и специально, но что в реальности зашло ещё гораздо дальше. Действительно, истина состоит в том, что материалистическая концепция, будучи однажды сформулирована и распространена каким-то образом, может только лишь содействовать этому «отвердению» мира, которое сначала было возможным, и все последствия, которые прямо или опосредованно выводились из этой концепции, включая распространенное понятие «обычной жизни», заставляли двигаться к той же самой цели, так как общие реакции самой космической среды действительно менялись согласно установке, принятой человеком по отношению к ней. Поистине, можно сказать, что некоторые аспекты реальности скрываются от того, кто рассматривает её как профан и материалист, и становятся недоступными для его наблюдения; и это не просто «образный» способ выражения, как некоторые предпочли бы думать, но как раз чистое и простое выражение факта, так же как фактом является то, что животные спонтанно и инстинктивно убегают от того, в ком они замечают враждебную установку. Вот почему есть вещи, которые никогда не могут констатировать «ученые» материалисты или позитивисты, что, естественно, ещё больше утверждает их в их вере в ценность своих концепций, представляясь им как бы негативным доказательством, в то время как это есть ни больше ни меньше, как только простое следствие самих этих концепций. Разумеется, эти вещи не перестают существовать ни в коей мере из-за этого, начиная с рождения материализма и позитивизма, но они поистине «врываются» из той области, которая не доступна опыту профанных ученых, воздерживаясь от проникновения в него каким бы то ни было образом, который мог бы позволить заподозрить об их воздействии или о самом их существовании, совершенно так же, как в другом порядке, который, впрочем, не лишен связи с этим. После чего хранилище традиционных познаний закрывается и исчезает из виду все более и более строгим образом перед распространением современного духа. Это в некотором роде «копия» ограничения способностей человеческого существа теми, которые относятся собственно к одной телесной модальности: из-за этого ограничения оно становится, как мы сказали, неспособным выйти из чувственного мира; из-за того, о чем сейчас идёт речь, она утрачивает всякую возможность констатировать явное проникновение сверхчувственных элементов в самый чувственный мир. Так оказывается завершённым для него, насколько это возможно, «ограждение» этого мира, ставшего настолько более «твёрдым», что он ещё больше изолируется от всякого иного порядка реальности, даже от тех порядков, которые для него являются самыми близкими и которые просто констатируют различные модальности самой индивидуальной сферы; внутри такого мира может казаться, что «обычная жизнь» отныне может протекать без волнений и без непредвиденных случайностей, наподобие движений «механизма», налаженного совершенным образом; механизировав окружающий мир, не собирается ли современный человек «механизировать» самого себя, насколько это в его силах во всех видах деятельности, которые ещё остались открытыми для его узко ограниченной природы?
Тем не менее, «отвердение» мира, как бы далеко оно в действительности не зашло, никогда не может быть полным, и есть пределы, которые оно никогда не перейдет, потому что, как мы сказали, его предельное завершение было бы несовместимым со всем реальным существованием даже на его самой низшей ступени; по мере того, как это «отвердение» продвигается вперёд, оно даже становится все более шатким, потому что самая низшая реальность есть также и самая нестабильная; без конца растущая скорость изменений актуального мира доказывает это весьма красноречиво. Ничего нельзя было бы сделать, если бы не было «трещин» в этой так называемой «закрытой системе», в которой по её «механическому» характеру есть что-то искусственное (разумеется, что мы берем здесь это слово в смысле гораздо более широком, чем тот, который приложим собственно к простым промышленным продуктам), природа которого не внушает доверия в смысле её длительности; и даже теперь уже есть много знаков, точно показывающих, что её непрочное равновесие находится в точке его нарушения. Если это так, то сказанное нами о материализме и механицизме современной эпохи может быть уже в определённом смысле отнесено к прошлому; это, конечно, не означает, что её практические следствия не могут продолжать развиваться ещё в течение какого-то времени или что её влияние на общее состояние умов не будет продолжаться более или менее долго, пусть это будет вследствие «популяризации» в её различных формах, включая школьное обучение всех степеней, куда всегда тащат многочисленные «пережитки» такого рода (мы вскоре вернемся к этому более подробно); но не менее верно в тот момент, в котором мы живем, что само понятие «материи», с таким трудом конституированное во множестве различных теорий, кажется, постепенно испаряется; но только, может быть, не стоит радоваться этому сверх меры, так как это может быть только ещё одним шагом к окончательному распаду, как это с большей ясностью мы увидим дальше.