Extraits non datés de plusieurs lettres
[…] Maintenant, pour la pratique des rites catholiques, il est certain qu’il y a là une difficulté ; on pourrait même soutenir que les représentants d’un exotérisme ont toujours le droit de poser les conditions qu’il leur plaît, quand bien même elles seraient injustifiées ou même absurdes. […]
[…] l’exotérisme et l’ésotérisme, donc entre le point de vue religieux et le point de vue initiatique ; mais c’est précisément cette conscience qui fait généralement défaut, d’un côté aussi bien que de l’autre. Si la Maç∴ s’était toujours tenue strictement sur son véritable terrain, elle n’aurait donné prise à aucune attaque ; mais, d’autre part, Rome a profité de l’« extériorisation » de la Maç∴ pour lui attribuer (et sans faire aucune distinction), pour des fins plus « politiques » que spirituelles, toute sorte de choses dont beaucoup lui étaient étrangères ; il fallait une « entité » responsable, et on a trouvé bon de faire jouer ce rôle à la Maç∴. Actuellement, il semble qu’on fasse preuve de tendances plus conciliantes ; évidemment, on ne veut pas paraître revenir officiellement sur ce qui a été dit et fait, mais on espère probablement que cela finira par tomber dans l’oubli comme il est déjà arrivé pour bien d’autres choses. […]
[…] Il ne faut pas que j’oublie de vous féliciter de votre travail sur la Bible, que j’ai lu dans le Bulletin n° 9 ; naturellement, j’ai bien pensé tout de suite qu’il ne pouvait être que de vous, ce que Maridort m’a du reste confirmé par la suite.
Je pense que vous verrez sans doute Maridort ces jours-ci, car, dans sa dernière lettre, il me disait qu’il comptait faire très prochainement un voyage à Lyon et à Marseille. […] […] dégénérescence (je veux dire au point de vue doctrinal), bien qu’ils puissent tout de même avoir conservé jusqu’à maintenant quelques-uns de leurs anciens rites. Je ne me rappelle plus où j’ai vu émettre l’opinion que les Vaudois auraient dû leur origine à un mouvement d’inspiration franciscaine, dont ils auraient seulement exagéré les tendances ; je ne saurais dire ce qu’il peut y avoir de vrai là-dedans. – En tout cas, je ne pense pas que vos demandes d’informations de ce côté puissent avoir de sérieux inconvénients ; il me semble que vous pourrez trouver, s’il y a lieu, quelque raison plausible à en donner, et qu’on peut toujours parler simplement de recherches historiques (ce qui est d’ailleurs vrai) sans préciser davantage. […] […] ne me paraît vraiment pas très « engageant » ; une chose qui m’étonne, si elle est rattachée au Patriarcat de Moscou, c’est que Mordvinoff puisse l’envisager favorablement. D’un autre côté, les restes d’Église gallicane qu’elle voudrait rallier ne sont sans doute pas non plus de nature à inspirer une bien grande confiance, d’après ce que j’en ai entendu dire autrefois, […] […] jamais rien remarqué dans ses lettres qui puisse me faire supposer une telle attitude chez lui, mais il est sans doute, comme vous le dites, très différent quand il parle, et d’ailleurs il est probable que de toute façon il éviterait plutôt de me faire connaître cette façon de penser. Maintenant, je me demande comme vous quelles peuvent bien en être les raisons ; il se peut malgré tout qu’il y ait là une certaine part d’incompréhension, et même le contraire serait étonnant ; si c’est volontaire, je ne vois pas trop quel avantage il peut y avoir, car cela ne s’expliquerait guère que s’il avait lui-même des idées propres à faire valoir, ce qui ne semble pas être le cas… À part cela, j’ai de lui une impression un peu « mélangée », en ce sens que je n’arrive pas à me rendre compte très exactement de ce qu’il recherche, et je crains qu’il n’y ait peut-être chez lui plus de curiosité « érudite » que de véritables aspirations d’un autre ordre ; mais naturellement, ne l’ayant jamais vu, je ne voudrais pas être trop affirmatif à cet égard. Il me semble aussi qu’il aurait volontiers une tendance à « collectionner » les rites divers, si l’on peut dire, ce qui évidemment ne donne pas lieu à une objection de principe, mais qui ne me paraît pourtant pas présenter une utilité bien directe et risque plutôt d’amener une certaine « dispersion ». […] […] Au G∴ O∴, ce n’est pas précisément de la fondation d’une nouvelle L∴ qu’il s’agit, mais de la transformation d’une L∴ existante, « Akademos », ce qu’on a jugé préférable pour éviter certaines difficultés possibles. Il y a déjà assez longtemps que j’avais entendu parler de ce projet ; j’avais pensé d’abord que c’était seulement une idée particulière du F∴ Corneloup, et je me demandais s’il y serait donné suite ; mais, d’après les dernières nouvelles que j’ai reçues, il paraît que c’est maintenant une chose tout à fait décidée. […] […] l’ancienneté de leur origine, et que ce ne soit qu’après coup qu’un courant franciscain est venu s’y mêler ; d’un autre côté, la question de leurs rapports avec les Albigeois semble loin d’être parfaitement claire.
Clavelle m’a envoyé le texte de son travail sur Elie, et j’y ai vu sa remarque à propos de la valeur numérique de « Om », qui est vraiment curieuse. D’un autre côté, il me faisait remarquer dans sa dernière lettre que, outre « Amen », il y a aussi, comme mot hébreu conservé dans la liturgie chrétienne, « Alleluia » ( hallêlu-Jah ), ce qui est exact en effet.
L’impression que vous avez actuellement de « stationner » n’est pas forcément quelque chose de défavorable, car il se peut qu’il s’agisse simplement d’une période d’assimilation de ce que vous avez acquis précédemment.
J’espère que vous allez être enfin fixé ces temps-ci au sujet de votre départ pour Paris, et que, s’il doit avoir lieu, vous pourrez résoudre sans trop de difficulté l’ennuyeuse question du logement. […] […] côté de qualités incontestables, a aussi des défauts qui ne permettent guère de compter sur lui, non seulement cet orgueil individuel dont vous parlez, mais aussi une sorte d’« instabilité » telle qu’on ne sait jamais trop à quoi s’attendre de sa part. Quant aux autres fondateurs, il y en a un certain nombre qui paraissent décidemment bien peu compréhensifs, et il est douteux qu’ils arrivent même à se rendre compte des buts qu’on se propose réellement ; je crois bien que Coën notamment est de ceux-là…
Il faut espérer malgré tout que la G∴ T∴ réussira à se maintenir, mais il est sûr que ce n’est pas suffisant pour faire un travail vraiment sérieux, et qu’il faudra sans doute en venir à envisager la constitution de quelque chose d’autre, à quoi elle pourra d’ailleurs toujours servir comme milieu de recrutement.
[...] Au sujet des FF∴ syriens et libanais appartenant à des rites orientaux rattachés à Rome, je dois dire que la situation est loin d’être claire ; pratiquement, ils font comme s’ils ignoraient l’interdiction de la Maç∴, et certains pensaient même que cela devait être compris parmi les « exemptions » dont ils jouissent ; mais, renseignement pris, il paraît qu’il n’en est rien. – En nous occupant précisément de cette question, nous avons constaté quelque chose de beaucoup plus extraordinaire : c’est que les privilèges qui avaient été accordés à ces Églises lors de leur rattachement à Rome, et que, d’après ce qu’on leur avait fait croire, elles considéraient comme acquis définitivement, leur ont été, en fait, retirés peu à peu en grande partie ; et, à ceux qui protestaient, on a déclaré tranquillement qu’on ne les avait jamais considérés que comme des tolérances provisoires, de sorte qu’en définitive ces Églises ont été indignement trompées ! Il en est ainsi, en particulier, pour le mariage des prêtres, ou, pour parler plus exactement, l’ordination des hommes mariés (car, comme dans l’Église orthodoxe, il fallait qu’ils le soient avant) ; mais alors il est arrivé qu’on ne trouvait presque plus de candidats pour la prêtrise séculière (les célibataires se font presque tous moines), si bien que, depuis quelque temps, on s’est résigné à « fermer les yeux » et à recommencer à admettre des hommes mariés à l’ordination ; je viens d’apprendre cela par le F∴ Rijk de Beyrouth, qui est lui-même melkite, et qui est venu dernièrement passer quelques jours ici.
[…] Au sujet des rapports entre l’Arche et le Temple, il me semble bien me rappeler qu’il doit y avoir quelque chose dans les instructions des Élus Coens, mais je ne sais plus trop où retrouver cela ; en tout cas la question serait sûrement intéressante à étudier d’un peu près. […] […] Quant à ce F∴ qui a fini par tourner au spiritisme, c’est vraiment assez triste en effet ; et malheureusement il est à craindre que ce ne soit pas un cas unique. Il est certain aussi qu’il y a toujours eu de tout à Lyon, du meilleur et du pire, et qu’il en résulte une atmosphère psychique assez trouble dont il convient de se méfier. […] […] Il faut espérer que vous pourrez trouver à la Bibliothèque de Lyon des renseignements concernant « l’Homme de la Roche », car, d’après ce que m’en a dit Clavelle (et Maugy m’en a parlé aussi dernièrement), ce sujet paraît réellement très intéressant. Je suis intrigué à propos de ce que vous dites à propos des Allemands : comment avaient-ils bien pu en entendre parler d’une façon qui leur ait fait supposer qu’il s’agissait d’un personnage actuellement vivant ? Je serais assez curieux d’avoir quelques précisions là-dessus aussi si vous pouvez en obtenir ; en tous cas, si c’est exact, la méprise est vraiment amusante ! […] […] moins accentué à certains égards dans les Églises d’Orient, mais cela y existe pourtant bien aussi en ce qui concerne l’accomplissement des rites ; et n’est-ce pas parce que les protestants ont voulu supprimer cette « coupure » que, à la seule exception du baptême, ils ne peuvent plus avoir de rites valables ?
Le plan du travail que vous préparez sur l’Étoile à 5 branches me paraît très bien ; il est à souhaiter que vous puissiez le mener à bien, et aussi qu’il vous serve pour le 4e degré […] […] Maugy m’a en effet parlé des résultats de vos recherches concernant « l’Homme de la Roche » dans une nouvelle lettre plus récente que la vôtre et qui vient de m’arriver, il me dit en outre que vous avez deux médailles de lui, portant l’une et l’autre la mention du même âge et de la même date que son portrait par Dürer, ce qui semble assez singulier… D’autre part, comment pensez-vous qu’on puisse expliquer le fait qu’il fut enterré de nuit et que sa mort fut tenue cachée pendant plusieurs jours ? Il n’est pas étonnant qu’on ne trouve dans les documents rien qui se rapporte directement à une activité initiatique ; il ne peut y avoir là que certains indices, notamment d’après ses relations ; celles qu’il entretenait avec les Réformés préoccupent particulièrement Maugy, mais je dois dire que Clavelle en paraît beaucoup moins étonné ; il se peut qu’il y ait eu, à l’origine de la Réforme, des influences bien différentes de ce que donnerait à penser ce qu’elle est devenue par la suite. – La farce faite aux Allemands est vraiment amusante ; mais existe-t-il donc réellement une statue de J. K. à Lyon ?
Je sais qu’il existe encore des Vaudois dans le Piémont (le F∴ Saverio Fira, qui fut G∴ Comm∴ du Sup∴ Conseil d’Italie, était un pasteur de l’Église Vaudoise) ; mais le fait qu’ils se sont en quelque sorte ralliés au Protestantisme paraît indiquer qu’il a dû y avoir chez eux une certaine […] […] ainsi, parmi les récents affiliés de la « Grande Triade », il y en a un qui vient du G∴ O∴ et qui est catholique pratiquant ; et ce qui est le plus curieux dans son cas, c’est qu’il s’est fait baptiser à l’âge de 34 ans alors qu’il était déjà Maçon… D’autre part, pour ceux qui éprouveraient des scrupules à agir ainsi et qui tiennent pourtant à pratiquer un exotérisme chrétien, il y a l’Église orthodoxe qui ne fait aucune difficulté ; vous savez sans doute que, même au point de vue catholique le plus strict, ses rites sont reconnus comme parfaitement valables, ainsi que le prouve notamment le fait qu’un prêtre orthodoxe qui passe à l’Église romaine n’est pas ordonné de nouveau. Je crois bon de vous signaler cela, en réponse […] […] Votre interprétation de la parole de Maître est bien exacte ; la forme correcte est « Mah ha-bênah », ce dont la forme anglaise ne s’éloigne en somme pas trop, puisqu’elle n’en diffère qu’en ce que la finale y est devenue muette (ce qui peut d’ailleurs s’expliquer par une intention de réduire l’ensemble à 3 syllabes) ; les autres formes sont beaucoup plus dénaturées, et celle du Rite français est même presque méconnaissable, puisqu’on a parfois mis en doute qu’il puisse s’agir d’un mot hébreu ! – Je pense que vous avez très bien fait de vous mettre à l’étude de l’hébreu ; pour ce qui est de Fable d’Olivet, vous pourrez sûrement y trouver bien des choses intéressantes, mais il faut le lire avec précaution, car tout n’y est pas à accepter sans réserves. Quant à l’arabe, il a beaucoup de ressemblance avec l’hébreu pour les racines, mais il est vrai que la grammaire est beaucoup plus difficile et plus compliquée. – Vous parliez de Vulliaud, mais connaissez-vous sa « kabbale juive » ? C’est sans doute le livre le plus sérieux sur ce sujet, bien qu’il soit un peu trop encombré dar des discussions qui noient l’essentiel ; il a eu l’intention d’en faire une autre édition en élaguant tous ces « à-côtés », et il est regrettable que, jusqu’ici du moins, il ne l’ait pas réalisée. Je n’ai pas vu l’ouvrage récent d’H. Sérouya, mais ce qu’on m’en a dit, et aussi un article du même auteur dont j’ai eu connaissance, m’en donne une opinion tout à fait défavorable. – Pour ce qui est de l’initiation kabbalistique elle-même, on peut dire qu’elle est pratiquement inaccessible… […] […] Il y a eu certainement un centre spirituel en Éthiopie, mais je me demande ce qui peut en subsister encore dans les circonstances actuelles ; s’il reste quelque chose, cela doit être plus caché que jamais, comme il en est partout devant l’invasion des idées occidentales. J’ai entendu dire que des Dominicains cherchaient à se mettre en rapport avec un monastère éthiopien où ils espéraient obtenir une certaine transmission initiatique ; mais je ne sais pas exactement ce qu’il y a de vrai dans cette histoire, que je ne vous donne que sous toutes réserves, car je n’ai pas pu en avoir une confirmation suffisamment nette ni savoir ce qui en serait résulté. Le clergé éthiopien est rattaché administrativement à l’Église copte ; il y avait sûrement dans celle-ci aussi une tradition ésotérique, mais il paraît qu’elle n’est plus en la possession que de quelques vieux moines qui vivent dans un couvent voisin de la Mer Rouge et qui se refusent absolument à admettre qui que ce soit parmi eux, de sorte qu’elle s’éteindra avec le dernier d’entre eux… […] […] d’emprunts beaucoup plus récents : ainsi l’arabe burj et l’allemand burg sont évidemment le même mot et ont la même signification (celle-ci a changé dans le français bourg qui vient cependant directement du mot germanique) ; mais il est très probable que le mot arabe a été tiré du grec purgâ , dont la ressemblance avec l’allemand est beaucoup moins étonnante. À ce propos, j’ai toujours pensé que le nom de la ville de Bourg devait être d’origine arabe, comme d’ailleurs celui de la rivière Ain ; cette région a été en effet occupée par les Arabes jusque vers le XIIe siècle.
La racine de Schwein (ou swine en anglais) est la même que celle du latin sus ; mais quel rapport ces mots ont-ils avec le sanscrit varâha (dont la consonance tout au moins se retrouve plutôt dans le français verrat
) ? D’autre part, Schwein ou swine a un rapport assez évident avec Schwann ou swan , mais j’avoue que je ne vois pas bien quelle peut en être la raison. – On considère généralement le mot sanglier comme une déformation de singulier, pris au sens de solitaire (un vieux sanglier est d’ailleurs appelé aussi un solitaire) ; mais la forme italienne cinghiale me paraît rendre la valeur de cette explication assez douteuse.
J’ai naturellement vu votre étude parue dans le bulletin n°12, mais j’ai dû oublier de vous en parler, n’ayant probablement pas […] […] Je viens de recevoir votre bonne lettre du 9 octobre ; je vous remercie bien vivement de tous les vœux que vous y exprimez pour notre fils, et je vous adresse aussi à mon tour tous les miens, non moins sincères et nombreux, pour le vôtre ; je vois qu’ils ont presque exactement un mois de différence à un jour près. Cette alternance des filles et des garçons, chez vous, est vraiment curieuse, ainsi que la régularité des jours de naissance ; il n’en est pas de même chez nous, puisque nous avions d’abord deux filles ; nous sommes d’autant plus heureux que ce soit un fils cette fois. Pour le moment, il se porte à merveille ; souhaitons que tous les vœux que vous formulez pour lui se réalisent dans l’avenir ! […] […] Je crois qu’ils doivent provenir, en partie tout au moins, du schisme du P. Hyacinthe Loyson, qui, chose assez curieuse, avait cherché avant cela à se rattacher à l’Église copte mais n’avait pas pu y réussir.
Ce que vous dites de l’Église arménienne donne l’impression d’être beaucoup plus intéressant ; naturellement, il faudrait avant tout savoir si ce que vous a dit ce diacre avec qui vous avez parlé exprime bien réellement le point de vue de son Église, et non pas de simples opinions personnelles, mais cela mérite certainement d’être examiné avec soin et je souhaite que cela aboutisse pour vous à un meilleur résultat que ce que vous avez rencontré jusqu’ici par ailleurs… – Pour les divers points concernant l’Arménie et son histoire, il semble qu’il y ait là en effet des choses curieuses, mais je serais bien en peine de vous indiquer des renseignements précis à ce sujet. De Garimond, qui aurait été apparemment un des 1 ers Patriarches latins de Jérusalem, je sais naturellement la même chose que vous, mais rien de plus, de sorte que je ne saurais dire si c’est un personnage historique ou seulement légendaire. Pour votre remarque au sujet de « Suget », j’avoue que je n’y avais jamais pensé ; il est […] […] pourrait s’expliquer en dehors d’une connexion avec les Ordres de chevalerie. L’auteur de la notice que vous avez jointe à votre lettre semble avoir voulu s’attacher surtout à prouver que les Templiers n’ont pu y être pour rien, mais son argumentation n’est pas très convaincante, ni même très cohérente au point de vue chronologique ; peu importe en effet que l’enceinte fortifiée ne date que de la 2e moitié du XIVe siècle et doive par conséquent être attribuée aux Hospitaliers, dès lors que l’église elle-même, qui est ce qui importe, fut consacrée en 1240, ce qui est bien l’époque des Templiers.
Au sujet du tableau du « Saint Devoir de Dieu », il y a une chose très curieuse : c’est qu’il en existe dans l’Église orthodoxe de tout à fait semblables (sauf naturellement que les inscriptions y sont en grec au lieu d’être en latin), qui servent aux moines comme support de contemplation, et il paraît que ces tableaux viennent du mont Athos. Cela serait de nature à confirmer que, comme vous le dites, les Compagnons auraient eu autrefois des relations avec celui-ci ; mais malheureusement je n’en sais pas davantage là-dessus, et je n’ai jamais trouvé aucune indication sur la façon dont ces relations avaient pu s’établir. […] […] dont le sens premier est celui de progression ou de marche en avant, auquel se rattachent évidemment les 2 autres.
Votre remarque au sujet des mots formant le nombre 314 est curieuse, bien que ceux dont les initiales ont été considérées autrefois dans la Maç∴ anglaise comme formant le mot « God » soient autres que ceux-là, ainsi que vous le verrez dans mon article ; du reste, Maugy vous en a peut-être déjà parlé, car je lui avais demandé de vérifier l’orthographe de l’un d’eux (Gamel, que j’avais trouvé jadis écrit fautivement Gomer, ce qui m’avait toujours paru impossible). – Mais je ne vois pas du tout comment vous trouvez la valeur 26 pour « God » lui-même en lettres latines, et d’autant moins que celles-ci n’ont pas de valeur numérique comme telles ; en tout cas, leurs correspondantes en hébreu ne donneraient pas ce nombre. Dans les anciens « chronogrammes » en latin, il n’est tenu compte que des seules lettres I, V, X, L, C, D, M avec les valeurs qu’elles ont comme signes de numération et qui n’ont aucun rapport réel avec leur rôle comme caractères alphabétiques ; aucune valeur n’est jamais attribuée à toutes les autres.
La figuration de la Grande Ourse comme formant la partie recourbée des branches du swastika (l’Étoile polaire correspondant naturellement au centre de celui-ci) a été indiquée dans le « Speculative Mason » ; je l’ai signalée également dans mon article.
Je suis content de savoir que vous vous proposez de donner au « Symbolisme » quelque chose sur « Maçonnerie et exotérisme », car il y a là bien des choses qui ont grand besoin d’être mises au point. L’article de Corneloup dans le dernier n° est particulièrement fâcheux (ce n’est d’ailleurs que le développement de ce qu’il avait déjà esquissé l’an dernier […] […] d’ailleurs que trop bien ; avez-vous eu une réponse de ce Père grec que vous avez rencontré à Paris ? Je n’ai jamais eu de renseignements très précis sur « l’orthodoxie française » ; pourriez-vous m’en dire quelque chose ? – Tout ce que vous exposez en ce qui vous concerne me paraît en somme très juste ; il semble qu’il y ait à retenir […] […] J’ai lu votre article dans le « Symbolisme » de janvier, et je trouve cette mise au point très bien et très opportune ; naturellement, j’en parlerai dans mes comptes rendus, mais il y a tant de choses tous ces temps-ci qu’ils vont se trouver bien en retard… – À ce propos, il faut que je vous dise que Marius Lepage, dans la dernière lettre que j’ai reçue de lui, m’a dit qu’il se rendait compte maintenant que c’était une erreur de qualifier l’Église d’« organisation initiatique » comme il l’avait fait, et qu’il aurait soin de ne plus commettre à l’avenir cette confusion entre les deux domaines exotérique et ésotérique ; je crois que ladite confusion était pour beaucoup dans l’attitude que vous […] […] jour me paraît aussi assez étrange, car, si cela arrive parfois pour des souverains, pour des raisons dynastiques ou politiques, c’est plus difficilement explicable pour un particulier ; il est vrai que je n’avais pas pensé à des raisons financières possibles, mais ne se pourrait-il pas qu’il y ait eu là encore autre chose ? – Je vous remercie de vos explications sur la statue, qui m’ont d’ailleurs fait comprendre ce nom d’« homme de la Roche » dont je n’avais jamais su la raison jusqu’ici (il faut vous dire que je ne connais pas Lyon). Il est vraiment curieux qu’elle ait pris ainsi (peut-être avec des intermédiaires dont il est dommage qu’on ne sache rien de précis) la place d’un Hermès gaulois ; il semble, d’après ce que vous dites, que les attributs de celui-ci aient été ceux de Toutatis, mais il est bien possible que, à l’époque gallo-romaine, il se soit produit une certaine confusion entre plusieurs divinités assimilées par les Romains à Mercure, car il serait plus logique qu’il se soit agit primitivement de Lug, puisque c’est celui-ci qui a donné son nom à Lug-dunum (colline de Lug). – Je vous remercie aussi à l’avance pour la copie de la réponse des Vaudois que vous me promettez, car, même si elle n’a pas un grand intérêt (ce qui ne m’étonne pas trop), je serai tout de même curieux de voir cela. Il se peut que vous ayez raison quant à […] […] l’occasion de vous écrire à ce moment-là. Cette confusion dont vous parlez est fâcheuse en effet, mais, comme bien peu s’en seront aperçus, il vaut peut-être mieux la passer sous silence, à moins que vous ne trouviez par la suite le moyen de la rectifier au cours d’une autre étude.
J’ai appris avec plaisir que, malgré les oppositions qu’on craignait pour le 4e degré, le résultat a été favorable par vous tous ; il reste à souhaiter que vous ne soyez pas trop ennuyés par les travaux philosophiques qui, paraît-il, sont de mode au « Parthénon ».
Je ne vois pas trop ce qu’on pourrait tirer de la représentation du temps par 3 et de l’espace par 4 par rapport au triangle rectangle ; celle du temps par le cercle et de l’espace par la croix me paraît beaucoup plus compréhensible, et elle indiquerait d’ailleurs une certaine relation du temps avec le Ciel et de l’espace avec Terre qu’il pourrait être intéressant d’examiner de plus près. – Le passage « from Square to Arch » serait plutôt l’inverse de la quadrature du cercle, ou ce qu’on appelle quelquefois la circulature du quadrant ; mais, si l’une des 2 est résolue, l’autre doit l’être aussi par là même. – Quant au chandelier à 7 branches, votre remarque est juste, puisqu’une des branches a effectivement la position « axiale ». […] […] La « Cène des Compagnons » me paraît avoir plus de rapport avec celle du 18e degré écossais qu’avec celle des protestants ; il y avait d’ailleurs aussi quelque chose du même genre dans certaines organisations d’hermétisme chrétien.
La réponse de l’Église vaudoise ne contient en somme aucune information susceptible d’éclaircir des points vraiment intéressants ; tout cela est manifestement très « protestantisé », comme je le pensais d’ailleurs, et, s’il y a eu autre chose jadis, il est bien probable qu’eux-mêmes n’en savent plus […] […] J’avais reçu un peu plus tôt votre lettre du 26 septembre ; merci pour tous les renseignements qu’elle contient au sujet de S t Jean de Luz, et qui me donne l’impression qu’il doit y avoir là quelque chose de réellement intéressant. Le site lui-même est sûrement assez significatif ; je me suis toujours demandé si le nom de « Luz » pouvait avoir ici quelque rapport avec l’hébreu, ou si c’est le mot espagnol signifiant « lumière », ce qui est peut-être plus vraisemblable. Le fait que l’église est dédiée à S t André d’Écosse est assez étrange, et je ne vois pas comment […] […] promis de m’envoyer prochainement une copie. D’après ce qu’il m’a dit, il m’a paru qu’il envisageait de poser l’équerre sur la poitrine du récipiendaire de façon à ce qu’elle la touche par les 2 pointes seulement ; je lui ai fait remarquer que cela était sûrement incorrect et qu’il fallait en réalité qu’elle soit posée à plat, comme l’indique d’ailleurs votre figure. Sur celle-ci, la partie supérieure du cercle circonscrit passe bien par la gorge, mais je ne comprends pas que vous paraissiez dire d’autre part que ce cercle atteint l’œil frontal, qui se trouve certainement beaucoup […] […] pas dit nettement s’il m’avait écrit ou non ; en tous cas, je n’ai toujours rien reçu de lui, et pourtant je ne pense pas avoir dit quoi que ce soit qui ait pu le contrarier ; il est vrai qu’une lettre peut s’être perdue… Mais, à vrai dire, je ne crois pas qu’il soit de ceux sur qui on peut beaucoup compter, malgré l’intérêt qu’il paraît éprouver pour tout ce qui concerne la Maç∴ opérative. […] […] à la consécration des actes dans le Christianisme, il y avait le « benedicite » au début, comme vous le dites, et aussi l’action de grâces à la fin (comme dans l’Islam « Bismillah » et « El-hamdu lillah ») ; je ne sais pas s’il y a jamais eu autre chose. En tout cas, dans le Christianisme actuel, la négligence à l’égard de beaucoup des rites, qu’on semble avoir voulu réduire au minimum, donne bien l’impression de quelque chose d’incomplet et qui n’est pas normal ; vos réflexions à ce sujet me paraissent tout à fait justes. – Pour ce qui est de la Maç∴ du moyen âge, il est regrettable qu’on n’ait aucun renseignement concernant la « ritualisation » des actes individuels en dehors du métier et il est bien douteux qu’on puisse jamais en découvrir. Votre idée sur l’« encadrement » des prières par l’ouverture et la fermeture (dans la mesure où celles-ci ne nécessitent pas la participation de plusieurs personnes) serait à examiner de plus près ; pour le moment, je serais plutôt embarrassé pour vous donner un avis, ne connaissant aucun « précédent » qui permettrait de justifier la chose ; la principale objection porterait peut-être sur l’étroite association (on pourrait presque dire la combinaison) de rites d’ordre différent (exotérique et ésotérique). Quoi qu’il en soit, ce que vous faites vous-même est certainement bien, et je crois que vous pouvez vous en contenter jusqu’à nouvel ordre. – L’ancienne position des « orants » n’était pas précisément les bras en croix, mais les bras écartés de façon à former le schéma de l’Étoile à 5 branches.
Je connais le livre du P. Camelot sur Clément d’Alexandrie, et j’en pense exactement la même chose que vous ; du reste, c’est un de ceux que j’avais en vue en faisant allusion […] […] Il y a déjà un certain temps que j’ai reçu votre lettre, puis votre carte de Luz S t Sauveur, dont je vous remercie. J’espère que vous voudrez bien m’excuser d’avoir quelque peu tardé à vous répondre, surtout quand vous saurez que la cause principale de ce retard a été la naissance d’un fils ; nous en sommes d’autant plus heureux que nous n’avions encore que deux filles.
J’avais naturellement su que vous aviez pu passer quelques temps avec Maridort quand il a été à Lyon ; la suite de son voyage a eu, comme vous le savez, les meilleurs résultats pour lui, et j’en ai été fort heureux, l’idée que je lui avais suggérée à cet égard ayant réussi au-delà de ce que j’espérais.
Pour les renseignements que vous avez pu trouver concernant J. K., il est certain que bien des points restent obscurs, et sans doute surtout ceux-là mêmes qu’il serait le plus intéressant d’arriver à élucider ; je ne crois d’ailleurs pas qu’on puisse s’attendre à trouver dans des documents écrits quelque chose qui se rapporte d’une façon directe à son activité ésotérique. Je vois que l’enterrement de nuit vous laisse aussi perplexe que moi ; le fait que sa mort ait été cachée pendant plusieurs […] […] dans une note de mon article de septembre, à la façon dont on interprète aujourd’hui les Pères grecs.
J’ai reçu la « Théodicée de la Kabbale » de Warrain, mais je n’ai pas encore eu le temps de la lire ; il n’y a d’ailleurs qu’une partie (sur les Noms divins) qui est nouvelle, et le reste me paraît n’être que la reproduction de ce qu’il avait publié il y a une vingtaine d’années dans le « Voile d’Isis ».
Il paraît que ce D r Nuveld dont vous a parlé Derain, et qui est un juif roumain, est un ami intime de Vulliaud ; ces 2 personnages sont probablement à peu près les seuls à être du côté de Frank-Duquesne !
La lettre que vous avez reçue d’un admirateur de Guaita est plutôt bizarre, mais il ne faut s’étonner de rien en ce genre ; vous avez sûrement bien fait de lui répondre, mais, si vous voyez que cela ne donne aucun résultat utile, il vaudra tout de même mieux que vous ne perdiez pas trop de temps avec lui…
Votre remarque au sujet de la devise « De mediatate Lunae » est vraiment très curieuse (« mediate » n’existe pas en latin et est un barbarisme dû à Piab), et il se peut en effet qu’il y ait là quelque chose, bien qu’elle ne se rapporte pas tout à fait à la fin du cycle, puisque, si je me souviens bien, il doit y avoir encore 3 Papes après celui qu’elle désigne. – À propos du croissant, il n’est pas exact qu’il y ait […] […] Votre lettre du 8 juillet a mis presque un mois à me parvenir, car je l’ai reçue il y a 3 ou 4 jours seulement. – Vous n’êtes pas le seul à être stupéfait de la lettre du sieur Frank-Duquesne ; tout le monde m’en dit la même chose, et je viens d’apprendre d’un de nos FF∴ de Belgique que cet exploit lui a fait le plus grand tort auprès de ceux qu’il appelait « ses amis » : dans le milieu du « Symbolisme Chrétien », on en est consterné et on voudrait se débarrasser de cet individu compromettant… Il a eu aussi des histoires avec les religieux qui éditent les « Études Carmélitaines » ; chose assez signification à cet égard, j’ai reçu ces jours derniers 2 nouveaux volumes de celles-ci ; avec « hommage du Père Bruno », lequel n’avait jamais mis aucune mention aux précédents envois ; sans doute a-t-il voulu montrer par là qu’il ne se solidarisait nullement avec son étrange collaborateur. – Il paraît (mais ceci ne m’est pas donné comme tout à fait sûr) que ledit Frank-Duquesne aurait été successivement diacre de l’Église orthodoxe, puis diacre de l’Église catholique libérale théosophiste !
Quant à l’article du P. Daniélou, il y a sûrement chez lui de l’incompréhension, mais il doit y avoir aussi une autre raison toute « personnelle » : mauvaise humeur causée par le rattachement de son frère Alain Daniélou à l’Hindouisme ! […] […] Je ne sais pas trop ce qu’il faut penser du prétendu projet d’encyclique pontificale dont vous parlez, mais à vrai dire je n’y crois guère ; il n’y aurait rien d’étonnant à ce que cette nouvelle ait été répandue avec des intentions comme celles que vous supposez […] […] réellement différentes. La question des « énergies incréées », dont vous parlez, est loin d’être une des plus claires ; l’assimilation à « Élohim » que vous envisagez me paraît justifiée, mais je n’oserais pas être trop affirmatif, n’ayant jamais eu l’occasion d’examiner cela suffisamment. Le Tétragramme exprime un aspect divin plus « central » qu’Élohim, que, pourrait-on dire, il contient en quelque sorte synthétiquement ; et je ne pense pas qu’il soit inexact d’assimiler le G∴ A∴ au Tétragramme. – Je vous signalerai, pour le cas où vous ne le connaitriez pas, le livre de W. Lossky, « Théologie mystique de l’Église d’Orient », que je trouve très intéressant et qui précise bien certaines différences avec le point de vue du Christianisme occidental ; le mot « mystique » lui-même n’a pas le même sens de part et d’autre.
Un recueil d’écrits soufiques comme celui dont vous parlez serait sûrement très utile, mais je ne sais si ce serait très facile à réaliser ; en tous cas, l’idée est bonne à noter pour y réfléchir et voir ce qu’il sera possible de faire en ce sens…
Bien frat∴ à vous.
René Guénon
Выдержки из писем без дат
(перевод на русский язык отсутствует)