Le Caire, 28 Janvier 1940
Cher Monsieur,
J’ai été très heureux d’avoir de vos nouvelles, car voilà bien longtemps que je n’en avais pas eu, sauf pourtant indirectement par M. Vâlsan.
Je vais beaucoup mieux maintenant, sans pourtant être encore tout à fait rétabli, car il me reste une fatigue qui semble ne devoir disparaître qu’assez lentement ; cette crise rhumatismale à été vraiment bien longue cette fois… Enfin, depuis à peu près deux mois, j’ai pu tout de même recommencer à travailler et écrire mes articles pour les prochains n os des “Études Traditionnelles”.
Nous avons de bonnes nouvelles de Suisse ; M. Meyer est venu dernièrement passer ici une dizaine de jours avec sa femme et sa fille aînée ; nous avons été heureux de cette occasion de le revoir. M. Ceresole est venu avec eux et est resté pour quelque temps encore. – Vous savez sans doute que MM. Paterson et Lings sont ici et y ont tous deux des emplois.
M. Schuon s’est arrêté ici en allant dans l’Inde, avec MM. Levy et Mac Iver qui y sont encore ; mais lui-même a dû repartir presqu’aussitôt arrivé et rentrer immédiatement en France. Quoiqu’il soit mobilisé, vous pouvez très bien lui écrire ; il n’y a aucun inconvénient à cela, et je sais qu’il est même très content de recevoir des lettres de chacun ; le mieux est de les lui adresser ainsi :
Aux bons soins du lieutenant BlétryHôpital du Val-de-GrâceService de StomatologieParis (Ve)
Il devait avoir une permission ces temps-ci, et il est sans doute à Paris en ce moment même.
Pour la surate Ya-Sîn
, je pense que vous feriez mieux de lui en parler avant de rien entreprendre, d’autant plus que les circonstances ne sont pas bien favorables en ce moment… (C’est en réalité 41 fois et encore 40.) – M. Lings prépare justement un travail sur cette surate pour les “Études Traditionnelles”.
Pour ce qui est de l’inscription latine dont vous me parlez, je me demande s’il n’y a pas une inexactitude, car je n’arrive pas à comprendre ce que peut vouloir dire là le mot deciderunt
; il me semble que ce devrait être plutôt quelque chose comme dedicaverunt ou dedicarunt
. Je n’ai malheureusement pas le texte latin du passage de l’Apocalypse, auquel cela se rapporte évidemment comme vous l’avez pensé. Quant au mot Majors
, je ne sais s’il peut avoir le sens de “supérieurs” ; ce n’est pas impossible, mais, en tout cas, il signifie plus habituellement “anciens” (ce pourrait même être alors une allusion aux 24 vieillards de l’Apocalypse). S’il s’agit d’“anciens” (ou d’ancêtres spirituels comme vous le dites), cela indiquerait plutôt une chose remontant à un passé plus ou moins lointain, et il serait difficile d’en conclure la continuation jusqu’à une époque récente ; mais assurément tout cela n’est pas très clair…
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 28 января 1940 г.
(перевод на русский язык отсутствует)