Troisième partie. Les doctrines hindoues
Chapitre premier Signification précise du mot « hindou »
Tout ce qui a été dit jusqu'ici pourrait servir d'introduction, d'une façon absolument générale, à l'étude de toutes les doctrines orientales ; ce que nous dirons maintenant concernera plus particulièrement les doctrines hindoues, adaptées spécialement à des modes de pensée qui, tout en ayant les caractères communs à la pensée orientale dans son ensemble, présentent en outre certains traits distinctifs auxquels correspondent des différences dans la forme, même là où le fond est rigoureusement identique à celui des autres traditions, ce qui est toujours le cas, pour les raisons que nous avons indiquées, quand il s'agit de métaphysique pure. Dans cette partie de notre exposé, il importe de préciser, avant toutes choses, la signification exacte du mot « hindou », dont l'emploi plus ou moins vague donne lieu, en Occident, à de fréquentes méprises.
Pour déterminer nettement ce qui est hindou et ce qui ne l’est pas, nous ne pouvons nous dispenser de rappeler brièvement quelques-unes des considérations que nous avons déjà développées : ce mot ne peut désigner une race, puisqu’il s’applique également à des éléments appartenant à des races diverses, ni encore moins une nationalité, puisque rien de tel n’existe en Orient. À envisager l’Inde dans sa totalité, elle serait plutôt comparable à l’ensemble de l’Europe qu’à tel ou tel état européen, et cela non seulement par son étendue ou par l’importance numérique de sa population, mais aussi par les variétés ethniques que présente celle-ci ; du Nord au Sud de l’Inde, les différences sont au moins aussi grandes, sous ce rapport, que d’une extrémité à l’autre de l’Europe. Il n’y a d’ailleurs, entre les diverses régions, aucun lien gouvernemental ou administratif, si ce n’est celui que les Européens y ont établi récemment d’une façon tout artificielle ; cette unité administrative, il est vrai, avait déjà été réalisée avant eux par les empereurs mongols, et peut-être antérieurement encore par d’autres, mais elle n’eut jamais qu’une existence passagère par rapport à la permanence de la civilisation hindoue, et il est à remarquer qu’elle fut presque toujours due à la domination d’éléments étrangers, ou en tout cas non hindous ; de plus, elle n’alla jamais jusqu’à supprimer complètement l’autonomie des États particuliers, mais s’efforça plutôt de les faire entrer dans une organisation fédérative. D’autre part, on ne trouve nullement dans l’Inde quelque chose qui puisse se comparer au genre d’unité que réalise ailleurs la reconnaissance d’une autorité religieuse commune, que cette autorité soit représentée par une individualité unique, comme dans le Catholicisme, ou par une pluralité de fonctions distinctes, comme dans l’Islamisme ; la tradition hindoue, sans être aucunement de nature religieuse, pourrait cependant impliquer une organisation plus ou moins analogue, mais il n’en est rien, en dépit des suppositions gratuites que certains ont pu faire à cet égard parce qu’ils ne comprenaient pas comment l’unité pouvait être réalisée effectivement par la seule puissance inhérente à la doctrine traditionnelle elle-même. Cela est bien différent, en effet, de tout ce qui existe en Occident, et pourtant c’est ainsi : l’unité hindoue, nous y avons déjà insisté, est une unité d’ordre purement et exclusivement traditionnel, qui n’a besoin, pour se maintenir, d’aucune forme d’organisation plus ou moins extérieure, ni de l’appui d’aucune autorité autre que celle de la doctrine même.
La conclusion de tout cela peut être formulée de la manière suivante : sont hindous tous ceux qui adhèrent à une même tradition, à la condition, bien entendu, qu’il soient dûment qualifiés pour pouvoir y adhérer réellement et effectivement, et non pas d’une façon simplement extérieure et illusoire ; au contraire, ne sont pas Hindous ceux qui, pour quelque raison que ce soit, ne participent pas à cette même tradition. Ce cas est notamment celui des Jaïnas et des Bouddhistes ; il est aussi, dans les temps modernes, celui des Sikhs, sur lesquels s’exercèrent d’ailleurs des influences musulmanes dont la marque est très visible dans leur doctrine spéciale. Telle est la véritable distinction, et il ne saurait y en avoir d’autre, encore que celle-là soit assez difficilement saisissable, il faut bien le reconnaître, pour la mentalité occidentale, habituée à se baser sur de tout autres éléments d’appréciation, qui font ici entièrement défaut. Dans ces conditions, c’est un véritable non-sens de parler, par exemple, de « Bouddhisme hindou », comme on le fait pourtant trop souvent en Europe et notamment en France ; lorsqu’on veut désigner le Bouddhisme tel qu’il exista jadis dans l’Inde, il n’y a pas d’autre appellation qui puisse convenir que celle de « Bouddhisme indien », de même que l’on peut parfaitement parler des « Musulmans indiens », c’est-à-dire les Musulmans de l’Inde, qui ne sont aucunement « hindous ». On voit ce qui fait la gravité réelle d’une erreur du genre de celle que nous signalons, et pourquoi elle constitue à nos yeux beaucoup plus qu’une simple inexactitude de détail : c’est qu’elle témoigne d’une profonde méconnaissance du caractère le plus essentiel de la civilisation hindoue ; et le plus étonnant n’est pas que cette ignorance soit commune en Occident, mais qu’elle soit partagée par des orientalistes professionnels.
La tradition dont il s’agit fut apportée dans la contrée qui est l’Inde actuelle, à une époque plus ou moins reculée, et qu’il serait fort difficile de préciser, par des hommes venus du Nord, d’après certaines indications que nous avons déjà rapportées ; il n’est d’ailleurs pas prouvé que ces migrateurs, qui durent s’arrêter successivement en des régions diverses, aient constitué un peuple à proprement parler, du moins à l’origine, ni qu’ils aient primitivement appartenu à une race unique. Quoi qu’il en soit, la tradition hindoue, ou du moins celle qui porte maintenant cette désignation, et qui alors pouvait en avoir une autre ou même n’en avoir aucune, cette tradition, disons-nous, lorsqu’elle se fût établie dans l’Inde, fut adoptée tôt ou tard par la plupart des descendants des populations indigènes ; ceux-ci, les Dravidiens par exemple, devinrent donc hindous en quelque sorte « par adoption », mais alors ils le furent tout aussi véritablement que ceux qui l’avaient toujours été, dès lors qu’ils avaient été admis dans la grande unité de la civilisation traditionnelle, et quand bien même il dût subsister chez eux quelques traces de leur origine, sous la forme de modalités particulières dans la façon de penser et d’agir, pourvu seulement qu’elles fussent compatibles avec l’esprit de la tradition.
Avant son établissement dans l’Inde, cette même tradition était celle d’une civilisation que nous n’appellerons point « âryanisme », ayant déjà expliqué pourquoi ce mot est dépourvu de sens, mais pour laquelle nous pouvons accepter, à défaut d’autre, la dénomination d’« indo-iranienne », bien que son lieu de développement n’ait été vraisemblablement pas plus l’Iran que l’Inde, et simplement pour marquer qu’elle devait par la suite donner naissance aux deux civilisations hindoue et perse, distinctes et même opposées par quelques traits. Il dut donc, à une certaine époque, se produire une scission assez analogue à ce que fut plus tard, dans l’Inde, celle du Bouddhisme ; et la branche séparée, déviée par rapport à la tradition primordiale, fut alors ce qu’on nomma l’« Iranisme », c’est-à-dire ce qui devait devenir la tradition perse, appelée encore « Mazdéisme ». Nous avons déjà signalé cette tendance, générale en Orient, des doctrines qui furent d’abord antitraditionnelles à se poser à leur tour en traditions indépendantes ; celle dont il s’agit avait sans doute pris ce caractère longtemps avant d’être codifiée dans l’Avesta sous le nom de Zarathustra ou Zoroastre, dans lequel il faut voir d’ailleurs, non pas la désignation d’un homme, mais plutôt celle d’une collectivité, ainsi qu’il arrive souvent en pareil cas : les exemples de Fo-hi pour la Chine, de Vyâsa pour l’Inde, de Thoth ou Hermès pour l’Égypte, le montrent suffisamment. D’un autre côté, une trace très nette de la déviation est demeurée dans la langue même des Perses, où certains mots eurent un sens directement opposé à celui qu’ils avaient primitivement et qu’ils conservèrent en sanskrit ; le cas du mot dêva est ici le plus connu, mais on pourrait en citer d’autres, celui du nom d’Indra par exemple, et cela ne peut être accidentel. Le caractère dualiste qu’on attribue d’ordinaire à la tradition perse, s’il était réel, serait aussi une preuve manifeste d’altération de la doctrine ; mais il faut dire pourtant que ce caractère semble bien n’être que le fait d’une interprétation fausse ou incomplète, tandis qu’il y a une autre preuve plus sérieuse, constituée par la présence de certains éléments sentimentaux ; du reste, nous n’avons pas à insister ici sur cette question.
À partir du moment où se fut produite la séparation dont nous venons de parler, la tradition régulière peut être dite proprement « hindoue », quelle que soit la région où elle se conserva tout d’abord, et qu’elle ait ou non reçu dès lors en fait cette désignation, dont l’emploi, d’ailleurs, ne doit aucunement donner à penser qu’il y ait eu dans la tradition quelque changement profond et essentiel ; il n’a pu y avoir alors, aussi bien que dans la suite, qu’un développement naturel et normal de ce qui avait été la tradition primordiale. Ceci nous amène directement à signaler encore une erreur des orientalistes, qui, ne comprenant rien à l’immutabilité essentielle de la doctrine, ont cru pouvoir envisager, postérieurement à l’époque « indo-iranienne », trois doctrines successives supposées différentes, auxquelles ils ont donné les noms respectifs de « Vêdisme », de « Brâhmanisme » et d’« Hindouïsme ». Si l’on ne voulait entendre par là que trois périodes de l’histoire de la civilisation hindoue, cela serait sans doute acceptable, encore que les dénominations soient fort impropres, et que de telles périodes soient extrêmement difficiles à délimiter et à situer chronologiquement. Si même on voulait dire que la doctrine traditionnelle, tout en demeurant la même au fond, a pu recevoir successivement plusieurs expressions plus ou moins différentes pour s’adapter aux conditions particulières, mentales et sociales, de telle ou telle époque, cela pourrait encore être admis, avec des réserves analogues aux précédentes. Mais ce n’est pas là simplement ce que soutiennent les orientalistes : en employant une pluralité de dénominations, ils supposent expressément qu’il s’agit d’une suite de déviations ou d’altérations, qui sont incompatibles avec la régularité traditionnelle, et qui n’ont jamais existé que dans leur imagination. En réalité, la tradition hindoue tout entière est essentiellement fondée sur le Vêda, elle l’a toujours été et n’a jamais cessé de l’être ; on pourrait donc l’appeler « Vêdisme », et le nom de « Brâhmanisme » aussi lui convient également à toutes les époques ; peu importe au fond la désignation qu’on préférera lui donner, mais pourvu qu’on se rende bien compte que, sous un ou plusieurs noms, c’est toujours de la même chose qu’il s’agit ; ce n’est que le développement de la doctrine contenue en principe dans le Vêda, mot qui signifie d’ailleurs proprement la connaissance traditionnelle par excellence. Il n’y a donc pas d’« Hindouïsme » au sens d’une déviation de la pensée traditionnelle, puisque ce qui est vraiment et purement hindou, c’est justement ce qui, par définition, n’admet aucune déviation de cette sorte ; et, si malgré cela il s’est produit parfois certaines anomalies plus ou moins graves, le sens de la tradition les a toujours maintenues dans certaines limites, ou bien les a rejetées entièrement en dehors de l’unité hindoue, et, en tout cas, les a empêchées d’acquérir jamais une autorité réelle ; mais ceci, pour être bien compris, exige encore quelques autres considérations.
Раздел III. Индусские учения
Глава 1 О значении понятия «индусский»
Всё сказанное до сего момента может стать введением в изучение всех восточных учений; сказанное далее будет относиться в основном к учениям индусским, приспособленным к таким способам мышления, которые, сохраняя всё свойственное восточному мышлению как таковому, также проявляют и некоторое своеобразие с соответствующими отличиями в способах выражения. Эти отличия видны даже несмотря на полное тождество с другими традициями, как требует того основа учения, которая по уже объяснённым причинам всегда должна оставаться одной и той же, если речь идёт о чистой метафизике. Именно поэтому для всего нашего изложения, перед тем как продвинуться дальше, важно определить точное значение слова «индусский», так как его беспорядочное использование на Западе часто становится причиной неверного понимания.
Чтобы чётко обозначить, что является индусским, а что нет, мы не можем не вспомнить кое-что из уже сказанного. Во-первых, это слово не может обозначать расу, так как применяется к людям разных рас; ещё менее оно обозначает национальность, так как ничего подобного на Востоке вообще не существует. Индию, взятую в целом, уместнее сравнить скорее со всем европейским континентом, нежели с отдельной страной, и это так совсем не только из-за площади и населённости, но также из-за разнообразия народонаселения; различия в этом отношении между севером и югом Индии не меньше, чем между любыми двумя крайними точками в Европе. Более того, между этими областями не существует политических или административных связей, кроме тех, что недавно искусственно установили европейцы. Действительно, это административное единство уже было достигнуто прежде, во времена императорской династии Великих Моголов, а возможно и ещё раньше, но, тем не менее, оно является чем-то мимолётным, по сравнению с постоянством индусской цивилизации. Примечательно также, что оно почти всегда было итогом внешнего управления, или, по крайней мере, результатом неиндусского влияния; к тому же, оно никогда не доходило до подавления самоуправления отдельных областей, скорее стремясь включить их в большее союзное государство. С другой стороны, в Индии нет ничего сопоставимого с единством, которое достигается признанием общего религиозного владычества, даже представленного одним человеком, как в католицизме, или множеством разделимых функций, как в исламе. Хотя индусская традиция вовсе не является религиозной, это ещё не причина чтобы не обладать схожей организацией, но на деле это именно так, несмотря на все неуместные предположения, которые в этом отношении уже были сделаны теми, кто не в силах понять, как единство может быть эффективно достигнуто внутренней силой самого учения. Конечно, это весьма отлично от всего, что можно обнаружить на Западе, однако это так: индусское единство, как мы уже подчёркивали, есть единство чисто и исключительно традиционного порядка, и оно не зависит от более или менее внешних организационных форм или даже от поддержки какой-либо власти, кроме авторитета самого учения.
Из всего этого можно сделать следующие выводы: индусами являются те, кто принадлежит к индусской традиции на основе того, что они готовы должным образом осуществлять это действительно, а не просто внешним и иллюзорным образом; неиндусы же есть те, кто по какой-либо причине не принимает участия в данной традиции. Таков, к примеру, случай джайнов и буддистов; а также, в более современных условиях, случай сикхов, которые к тому же испытали влияние ислама, отпечаток которого явно заметен на их учении. Таков истинный критерий, и нет никакого другого, хотя это, надо сказать, представляет сложность для понимания западным человеком, привыкшим судить по иным меркам, которые здесь совершенно неприменимы. С учётом всего этого, нелепо говорить, например, о «индусских буддистах», как это иногда случалось; при желании сказать о буддизме, существовавшем в Индии прежде, уместно будет выразиться «индийские буддисты», как говорят, например, о «индийских мусульманах», которые просто проживают в Индии, нисколько не являясь индусами. Серьёзность такого рода ошибки описана выше, и причина, по которой мы относимся к ней не как к простой оплошности, состоит в том, что она подразумевает глубокое непонимание сущности индусской цивилизации; но примечательно здесь не то, что подобное невежество широко распространено на Западе, а то, что оно встречается даже среди профессиональных ориенталистов.
Определённые свидетельства, о которых мы уже упоминали, говорят о том, что данная традиция была принесена в страну, известную ныне как Индия, в относительно отдалённые времена, определить которые точно было бы крайне затруднительно, пришедшими с севера людьми; хотя ничто не доказывает, что эти люди, успешно расселившиеся в разных областях, по крайней мере в начале составляли народ, в точном смысле этого слова, или принадлежали к одной расе. Как бы то ни было, индусская традиция, или традиция, носящая сейчас такое имя, так как тогда она могла называться иначе или вовсе не иметь имени, после установления в Индии была в итоге принята большинством потомков местного населения; дравиды, например, стали индусами вследствие «принятия» в эту традицию, и будучи в традиционной цивилизации, они стали такими же индусами, как и те, кто был ими всегда, даже с сохранением некоторых следов их происхождения в образе мысли и действиях, в случае совместимости их с общим духом традиции.
До обоснования в Индии эта традиция принадлежала цивилизации, которую мы бы избегали называть арийской, объяснив выше, почему такое наименование было бы лишено смысла, но которую, за неимением лучшего термина, можно назвать индоиранской, однако не потому, что место развития этой традиции принадлежало Ирану хоть сколько-либо больше, чем Индии, но просто чтобы обозначить, что она позже породила две цивилизации, различные и в некотором отношении даже противоположные, а именно индусскую и персидскую. Таким образом, в некоторый период произошёл раскол, не лишённый сходства с тем, который позже был совершён буддистами, и отделившаяся ветвь, составляя отклонение от изначальной традиции, позже стала тем, что известно как «иранизм», которому было суждено со временем положить основу персидской традиции, известной также под именем маздеизма. Мы уже уделяли внимание этому обычному для Востока явлению, когда учения, изначально противопоставляемые общепринятой традиции, сами становились независимыми традициями; и несомненно, это и имело место задолго до того, как традиция была сведена в Авесту пророком по имени Заратустра или Зороастр, который, к тому же не должен приниматься как отдельный человек, но как обозначение общности, как это часто бывает в подобных случаях: примеры Фу Си в Китае, Вьясы в Индии и Тота или Гермеса в Египте очень наглядно это показывают. С другой стороны, сам персидский язык сохранил явные следы отклонения, при котором некоторые слова приняли в точности противоположное всё ещё сохраняемому в санскрите значению; наиболее известный пример – слово дева, хотя можно вспомнить и другие (как, например, имя Индра), что не может быть простой случайностью. Дуалистический характер, придаваемый обычно персидской традиции, также является, если он и правда имел место, явным доказательством изменения учения, хотя надо сказать, что это свойство, похоже, придаётся традиции только ввиду неверных толкований; другое важное свидетельство составляет присутствие некоторых сентиментальных составляющих, но сейчас нет нужды более на этом останавливаться.
Начиная с момента разрыва, о котором мы только что говорили, основную традицию можно со всем основанием называть индусской, невзирая на то, в какой области она впервые появилась, и называлась ли она тогда так или нет. Использование этого наименования, так или иначе, совершенно не должно свидетельствовать о том, что традиция претерпела какие-то глубокие изменения: все видоизменения, которые могли иметь место в то или иное время, должны пониматься как простое развитие изначальной традиции. Это заставляет нас указать на ещё одну ошибку ориенталистов, которые, не имея представления о сущностной неизменности учения, вообразили существование в послеиндоиранский период трёх последовательных и отличных учений, которые они назвали соответственно ведизмом, брахманизмом и индуизмом. Если бы эта классификация предназначалась только для описания трёх периодов развития индусской цивилизации, она была бы несомненно приемлема, даже несмотря на весьма неуместные наименования и то, что крайне трудно разграничить их пределы и длительности. И даже если бы она предназначалась для утверждения, что традиционное учение, оставаясь всегда одним и тем же, успешно обрело несколько более или менее отличимых форм выражения с тем, чтобы приспособить себя к соответствующим умственным и общественным условиям той или иной эпохи, то и это было приемлемо с некоторыми оговорками. Но и это не то, что имеется ориенталистами ввиду: используя множество обозначений, они настаивают на последовательных отклонениях и изменениях, которые не только несовместимы с постоянством традиции, но и решительно не существовали нигде, кроме их собственного воображения. В действительности, вся индусская традиция основана на Ведах; она всегда была и никогда не переставала быть таковой; и может, следовательно, вполне обоснованно в любую эпоху быть названа ведизмом или брахманизмом. В действительности, выбранное наименование не имеет особого значения, если при этом сохраняется возможность понять, что за одним или несколькими именами стоит одно и то же; и только таким может быть развитие учения, имеющего начало в Ведах, которые и являются самим традиционным знанием безо всякой специализации. Таким образом, не существует никакого индуизма, понимаемого как отклонение от традиционной мысли, так как то, что действительно является индусским, по определению не относится к отклонениям; и если всё же они в какой-то степени имели место, сила традиции всегда держала их в положенных рамках или полностью выбрасывала из единства цивилизации, в любом случае не позволяя приобрести никакой действительной власти, хотя для полного понимания этого требуются дальнейшие пояснения.