Compte rendu de livre1
By-ways of Freemasonry, par le Rév. John T. Lawrence (P. A. G. C., Eng.)2.
L’auteur de la série d’essais réunis sous ce titre a voulu montrer, comme il le déclare dans sa préface (et nous pensons qu’il y a réussi), que la littérature maçonnique peut trouver des sujets dignes d’intérêt en dehors des études purement historiques et archéologiques, qui semblent constituer actuellement sa préoccupation presque exclusive, du moins en Angleterre. Aussi s’est-il proposé de traiter dans ce volume diverses questions qui se posent en quelque sorte journellement, sur ce qu’on peut appeler « les à-côtés de la Franc-Maçonnerie » ; et il aborde, avant toute autre, celle du nombre des degrés, dont nous avons aussi parlé autrefois dans la présente Revue3.
Suivant le Livre des Constitutions, « il n’y a que trois degrés, comprenant la Sainte Royale Arche »4, et ceci est en effet la seule réponse conforme à la plus stricte orthodoxie5. Il en résulte, tout d’abord, que l’« Arch Masonry » n’est point réellement et originellement distincte de la « Craft Masonry », mais que, dans celle-ci même (et sans être aucunement un degré spécial), elle vient se superposer à la « Square Masonry » pour constituer le complément de la Maîtrise6. Une autre conséquence est que l’on ne peut pas considérer comme essentiellement maçonniques, ni même comme faisant effectivement partie de la Maçonnerie, les divers ordres, rites ou systèmes dits de hauts grades ; ce ne sont bien là, en réalité, que des organisations « à côté », qui sont venues se greffer successivement, à des époques plus ou moins éloignées, mais toujours relativement récentes, sur la primitive Fraternité des « Anciens Maçons Libres et Acceptés »7, et qui, le plus souvent, n’ont guère avec celle-ci et entre elles d’autre lien que le fait de recruter leurs membres exclusivement parmi les possesseurs de tel ou tel grade maçonnique8. Telle est, en premier lieu, la « Mark Masonry », que l’on pourrait, en un certain sens, regarder comme une continuation du grade de compagnon (Fellow Craft)9, et qui, à son tour, sert de base à l’organisation des « Royal Ark Mariners »10 ; tels sont aussi les multiples ordres de chevalerie, dont la plupart n’admettent comme membres que des « Royal Arch Masons », et parmi lesquels on peut citer principalement les « Ordres Unis du Temple et de Malte », et l’« Ordre de la Croix Rouge de Rome et de Constantin »11. Parmi les autres systèmes de hauts grades pratiqués en Angleterre (en dehors du « Rite Écossais Ancien et Accepté »), nous mentionnerons seulement l’« Ordre Royal d’Écosse » (comprenant les deux grades de H. R. D. M. et R. S. Y. C. S.)12, le Rite des « Royal and Select Masters » (ou « Cryptic Masonry »), et celui des « Allied Masonic Degrees », sans parler de l’Ordre du « Secret Monitor »13, de celui des « Rosicruciens »14, etc.
Nous ne nous arrêterons pas ici aux chapitres qui ne concernent que certains points tout spéciaux à la Maçonnerie anglaise ; d’un intérêt beaucoup plus général sont ceux où l’auteur (qui, disons-le en passant, se montre quelque peu sévère à l’égard du Grand Orient de France)15 envisage différents sujets d’ordre symbolique et plus proprement spéculatif, et donne notamment des aperçus pouvant contribuer à l’élucidation de diverses questions relatives à la légende des grades symboliques et à sa valeur au point de vue de la réalité historique. Malheureusement, le manque de place ne nous permet guère de faire plus que de traduire ici les titres des principaux de ces chapitres : Le Roi Salomon, La Bible et le Rituel16, Les deux Saints Jean17, Le Tétragramme18, La Pierre Cubique19, L’Échelle de Jacob20, Le Terrain Sacré, Le Rameau d’Acacia. Nous recommandons la lecture de cet intéressant ouvrage à tous ceux qui s’occupent d’études maçonniques, et qui possèdent d’ailleurs une connaissance suffisante de la langue anglaise.
- 1. Paru dans La Gnose, janv. 1912. ↑
- 2. Éditeur : A. Lewis, 13, Paternoster Row, London. E. C. ; et chez l’auteur, St. Peters Vicarage, Accrington. – Le même auteur (ancien directeur de The Indian Masonic Review) a publié précédemment divers autres ouvrages sur des sujets maçonniques : Masonic Jurisprudence and Symbolism, Sidelights on Freemasonry, etc. ↑
- 3. La Gnose et la Franc-Maçonnerie, 1re année, n° 5. ↑
- 4. Le degré de « Holy Royal Arch Mason », tel qu’il est pratiqué dans les Chapitres anglais et américains de l’« Arch Masonry », ne doit pas être confondu avec le 13e degré de la hiérarchie écossaise, qui porte également le titre de « Royale Arche ». ↑
- 5. Il faut bien remarquer que les trois « degrés » (degrees) dont il est ici question sont exactement ce que nous avons appelé ailleurs les « grades initiatiques », les distinguant alors des « degrés de l’initiation » proprement dits, « dont la multiplicité est nécessairement indéfinie » (cf. L’Initiation Maçonnique, par le F∴ Oswald Wirth). ↑
- 6. Il faut entendre par « Square Masonry » la Maçonnerie à symbolisme purement rectiligne, et par « Arch Masonry » la Maçonnerie à symbolisme curviligne (ayant le cercle pour forme-mère, comme on le voit en particulier dans le tracé de l’ogive), les figurations géométriques empruntées à l’ancienne Maçonnerie opérative n’ayant plus, naturellement, que le caractère de symboles pour la Maçonnerie spéculative, comme elles l’avaient déjà (ainsi d’ailleurs que les outils de construction) pour les anciens Hermétistes (voir La Hiérarchie Opérative et le Grade de Royale Arche, par le F∴ Oswald Wirth, et aussi Le Livre de l’Apprenti, pp. 24 à 29). – Dans l’ancienne Maçonnerie française, l’expression « passer du triangle au cercle » était aussi employée pour caractériser le passage des « grades symboliques » aux « grades de perfection », comme on le voit notamment dans le Catéchisme des Élus Cohens (à ce sujet, voir encore À propos du Grand Architecte de l’Univers, 2e année, n° 8, p. 215, note 1, et, sur la solution du problème hermétique de la « quadrature du cercle », Remarques sur la production des Nombres, 1re année, n° 8, p. 156). ↑
- 7. Dans la Maçonnerie américaine, « Grand Lodge of Ancient Free and Accepted Masons » est encore le titre distinctif de toute Obédience qui s’en tient rigoureusement à la pratique des trois grades symboliques, et qui n’en reconnaît officiellement aucun autre ; il est vrai que le Rite Écossais, de son côté, se déclare également « Ancien et Accepté », et que l’on a vu tel autre système à degrés multiples, d’origine bien plus récente encore, se proclamer « Ancien et Primitif », voire même « Primitif et Originel », en dépit de toute évidence historique. ↑
- 8. Souvent aussi, leurs rituels ne sont guère que des développements plus ou moins heureux de ceux de la Maçonnerie symbolique (voir Les Hauts Grades Maçonniques, 1re année, n° 7). ↑
- 9. La légende du « Mark Degree » (qui se subdivise en « Mark Man » et « Mark Master ») est fondée sur cette parole de l’Écriture : « La pierre que les constructeurs avaient rejetée est devenue la pierre angulaire » (Psaume CXVIII, v. 22), citée dans l’Évangile (Luc, ch. XX, v. 17). Parmi les emblèmes caractéristiques de ce degré, la « clef de voûte » (keystone) joue un rôle analogue à celui de l’équerre dans la « Craft Masonry ». ↑
- 10. La légende de ce degré additionnel, peu important en lui-même, se rapporte au Déluge biblique, comme l’indique d’ailleurs sa dénomination. ↑
- 11. La croix, sous l’une ou l’autre de ses diverses formes, est l’emblème principal de tous ces ordres de chevalerie, dont le rituel est essentiellement « chrétien et trinitaire ». ↑
- 12. Abréviations de Heredom (ou Harodim, mot dont la dérivation est très controversée), et Rosy Cross. ↑
- 13. La légende sur laquelle repose le rituel de cet ordre (lequel paraît être originaire de Hollande) est l’histoire de l’amitié de David et de Jonathan (I Samuel, ch. XX, vv. 18 et suivants). – À l’Ordre du « Secret Monitor » est superposé celui de la « Scarlet Cord », dont la légende se trouve dans le Livre de Josué (ch. II, v. 18). ↑
- 14. Celui-ci, qui comprend neuf degrés, et dont l’objet est entièrement littéraire et archéologique, n’a rien de commun, malgré son titre, avec le « Rose-Croix », 18e degré de la hiérarchie écossaise. ↑
- 15. À ce propos, voir L’Orthodoxie Maçonnique, 1re année, n° 6, À propos du Grand Architecte de l’Univers, 2e année, nos 7 et 8, et Conceptions scientifiques et Idéal maçonnique, 2e année, n° 10. – Mais nous ne voulons pas aborder, du moins pour le moment, la question si discutée des « Landmarks » de la Franc-Maçonnerie. ↑
- 16. Nous nous permettrons une remarque à ce sujet : pour nous, la Bible hébraïque ne constitue en réalité qu’une partie du « Volume of the Sacred Law », qui, dans son universalité, doit nécessairement comprendre les Écritures Sacrées de tous les peuples. ↑
- 17. Le point de vue de l’auteur, strictement « évangélique », est tout différent de celui sous lequel le F∴ Ragon a traité cette question dans La Messe et ses Mystères, ch. XXI (voir L’Archéomètre, 1re année, n° 11, pp. 244 et 245). ↑
- 18. Il semble y avoir, au début de ce chapitre, quelque confusion entre les deux noms divins אהיה (signifiant « Je suis ») et יהיה, qui sont l’un et l’autre de quatre lettres, et qui sont pareillement dérivés de la racine היה, « être ». ↑
- 19. Il est à regretter, à notre point de vue, que l’auteur s’en soit tenu à l’interprétation exclusivement morale de ce symbole, aussi bien que de plusieurs autres. – La « pierre cubique » est appelée en anglais « perfect ashlar », tandis que « rough ashlar » est la désignation de la « pierre brute ». ↑
- 20. Sur ce symbole, voir L’Archéomètre, 2e année, nº 12, pp. 311 à 315. – L’auteur fait remarquer, avec juste raison, que l’Échelle (à sept échelons, formés respectivement des métaux qui correspondent aux différentes planètes) figurait également dans les Mystères de Mithra (8e grade) ; sur ceux-ci et leurs rapports avec la Maçonnerie, voir Discours sur l’Origine des Initiations, par le F∴ Jules Doinel (1re année, n° 6). ↑
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